L’épidémie du sac à dos Eastpak… ou Herschel

Popping all around Paris like zits on a teenager’s face

Quand j’étais au collège, c’était la mode du sac Eastpak : pas de sac de cette marque et le coefficient ‘cool’ en prenait un sacré coup. Alors que j’étais très timide et que j’avais du mal à comprendre les codes de cette société pré-pubère, le sac Eastpak fut un réconfort parmi toute cette misère. Il ne m’a pas vraiment sauvé ma pauvre vie de collégienne, — j’ai quand même été une paria — sans beaucoup d’amis dans mes jeunes années, mais il m’a réconforté que j’étais dans le droit chemin pendant toutes ces années. Si j’avais réussi à avoir du goût pour ce sac noir basique tant chéri de mes camarades, c’est que j’avais fait un premier pas vers ma rédemption (oui j’utilise des mots aussi puissants que la déferlante d’hormones dans mon cerveau à l’époque).

Aujourd’hui, je me suis débarrassée de ce sac, je ne porte même plus de sac à dos, cela me renvoi trop en enfance. Je suis une parisienne accrochée à son sac à main, petit, moyen, gros, de marque connue ou inconnue d’ailleurs.

Je pensais sincèrement que le règne du sac Eastpak durerait éternellement : ‘et ils vécurent heureux et eurent beaucoup de sacs’. Pour preuve, toutes les déclinaisons et collections temporaires, qui affolent les lycéens et étudiants pour acheter un sac à 60€ mais qui rassurent les parents pour leur ‘qualité’ — mais la poche avant pète toujours tôt ou tard.

Ma soeur a un Eastpak je crois. Mon petit frère en a un aussi mais lui n’a pas choisi le modèle ‘habituel/classique’ avec la poche avant. Il en a choisi un plus plat, avec des sangles, idéal pour transporter un ordinateur portable. Je crois que là j’aurais dû déceler l’arrivée du sac Herschel. J’aurai du sentir le vent tourner, la mode reprendre son court.

Comme tout phénomène, c’est arrivé tout doucement, sans vraiment prévenir et tout à coup, c’était partout, un sac à dos sur deux avait la même tête, souvent bleu foncé, avec deux lanières en cuir marron pour le refermer et de forme assez plate.

Je me suis vraiment rendue compte que ça avait envahi mon subconscient lorsque ma meilleure amie m’a demandé conseil pour s’acheter un sac à dos. Demande qui m’a paru si absurde — je vous l’ai dit, j’ai enterré le sac à dos au même endroit que mes pires souvenirs adolescents — jusqu’à ce qu’elle m’explique pourquoi : elle allait retourner à l’école, en tant que prof cette fois, et ne voulait pas se casser le dos avec un sac à main. Pour ma part, jamais je n’aurai acheté un sac à dos si j’avais été à sa place, pour ne pas ressasser le passé mais surtout pour me différencier des étudiants. Mais d’un autre côté, je ne deviendrai jamais prof! Passons, je diverge.

Imaginez vous que la première marque qui m’est venu à l’esprit, une nanoseconde après Eastpak, était Herschel. Le génie du marketing avait fait son travail et était retourné dans sa lampe faire une sieste pendant que la graine qu’il avait planté, avait lentement mais sûrement poussé au chaud dans mon cerveau. How convenient right?! Pire, la graine a tellement poussé qu’un peu plus tard, je me suis dis : ‘peut être qu’il faudrait que je m’en achète un aussi? Après tout un sac à dos ça sert toujours et celui que j’ai est trop petit si j’en avais besoin un jour…’

La mode est comme ça, cyclique. Quand j’étais encore plus jeune, au primaire je crois, c’était la mode des colliers en plastique ras du coup. On ne les achetait même pas, ils étaient offerts avec nos magasines ‘de filles’. Déjà à l’époque, je me rappelle en avoir essayé, sans jamais passer le pas et en porter. J’ai tout de même succombé au bracelet et à la bague — toujours cette volonté d’appartenir un peu quand même à une société que je ne comprenais pas. Aujourd’hui, quand j’en parle autour de moi, les femmes qui en ont porté dans leur jeunesse ont honte de cette vieille frénésie. Aujourd’hui, j’ai honte de cette époque et j’aspire à une nouvelle génération qui fera mieux. Aujourd’hui, les jeunes filles payent une fortune pour porter ces colliers…

Et pour mon sac à dos? J’ai résisté à l’appel. Est-ce que j’en suis fière ? Peut-être autant que toutes ces ados avec leur collier en plastique autour du cou.

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