Ma pote de vacances

On a un jour de différence. On aurait voulu inventer un truc pour nous différencier des autres, on n’y aurait pas pensé à celle là. C’est ma pote de vacances, celle que je retrouve tous les ans, celle avec qui quand j’étais adolescente : j’ai pris mes premières cuites, j’ai appris à danser, un cocktail dans une main, une clope dans l’autre, j’ai appris à danser même si personne d’autre ne dansait, sans se soucier des autres. “Dance like no one else is watching”. Et quand on n’était pas fourrées l’une avec l’autre l’été, le reste de l’année on s’envoyait des lettres où on se racontait nos vies d’adolescentes trépidantes.

Venant d’un petit village, c’était l’avant gardiste. Celle qui ne rentrait pas dans le moule. Et c’est ça qui me plaisait.

Elle s’est troué les oreilles et la langue toute seule. Elle est allée se faire percer le nombril sans le dire à ses parents. Elle rêvait d’ailleurs, d’une autre vie, de partir, de pas être là. Elle a eut des mecs tôt, des mecs plus vieux qu’elle. Ils lui ont beaucoup appris. Elle écoutait de la trance et elle me faisait des mixtapes. Vers 15 ans, elle s’était coupé les cheveux à la garçonne, signe ostensible de sa rébellion contre cette micro société et ses valeurs anciennes.

Pour ses études, elle est partie à la ville. C’était enfin la libération pour elle. On s’est un peu perdues de vue. Mais j’étais contente pour elle.

Puis pour nos 25 ans, j’ai appris qu’elle était enceinte et qu’elle allait se marier.

Puis un jour, j’ai appris qu’elle attendait un deuxième enfant.

Elle a la vie dont elle ne voulait pas. Comment on en est arrivé là?

On se revoit chaque été pour aller boire un café. On se promet monts et merveilles. Qu’on va garder contact. Que cette fois-ci, on va pas laisser passer une année sans se donner de nouvelles. Pis l’année prochaine on recommencera. On se dit jamais au revoir. On s’est jamais dit au revoir. On se dit qu’on se reverra avant que je parte. On sait qu’on ment.

On joue toujours le même jeu. Pourquoi on recommence? Je ne sais pas trop. Nos vies ont tellement dévié l’une de l’autre. Je suppose qu’on se raccroche à cette nostalgie du temps d’avant. De ce qu’on a perdu. De quand on était jeunes, libres et ivres. Maintenant il faut rentrer, le petit a besoin de prendre le bain.

Moi je vais rentrer à Paris, je vais mettre la musique à fond chez moi et je vais danser pour oublier. Sans cocktail, sans clope. Et appliquer ma devise à moi : “Don’t dance like nobody’s watching, dance like a five year old”. C’est vachement plus marrant comme ça.