[Phase 5] Présérie et mise en place de l’outil de production

Cet article fait partie d’une série concernant la méthodologie de développement de produits dite méthode 5P, mise en place dans l’encadrement des projets au sein d’Usine IO.

1/Description

Si la phase 4 vous a permis de concevoir l’intégralité de votre produit, de choisir tous vos sous-traitants et de passer vos commandes, vous allez maintenant, en phase 5, vous retrouver au centre même de la production de votre produit. Celle-ci va donc démarrer à une cadence plus lente pour vous permettre d’examiner les premiers exemplaires qui sortiront de l’usine afin de déceler d’éventuels défauts, de les corriger et d’apporter toutes les modifications nécessaires.

Ce sont ces premiers exemplaires que l’on appelle « présérie ». Ils sont construits avec les « bonnes matières » mais également avec les bons procédés de fabrication. Vos exemplaires de présérie sont donc à 99% identiques à votre produit final. Ils vous permettent de vous assurer de sa fiabilité et de celle des outillages utilisés avant de « monter en charge », c’est-à-dire avant d’accélérer la cadence de production pour que celle-ci trouve son rythme de croisière et respecte les délais prévus.

Le déroulé de cette phase 5 et les activités que vous devez y mener peuvent différer selon le volume de production, le secteur et le type de produit que vous allez mettre sur le marché. Il est donc difficile d’établir sur le sujet de grandes règles générales applicables à tous. Dans ces conditions, un traitement au cas par cas reste le plus adapté pour répondre aux spécificités de chaque produit. Conscient de cette difficulté, nous nous efforcerons ici de vous donner différents exemples de produits (secteur médical, mobilier urbain, grand public, etc.) pour balayer le champ des possibles et vous donner ainsi les indications les plus ajustées au vôtre.

Transfert de connaissances à vos partenaires

En phase 4, vous avez commencé à faire appel à des prestataires extérieurs afin de peaufiner la conception de votre produit et fabriquer les pièces vous permettant d’assembler vos prototypes « bonne matière ». En phase 5, vous avez passé commandes et votre produit est entièrement pris en charge par l’ensemble de vos sous-traitants : fournisseurs, fabricants, intégrateurs, distributeurs, etc. Concernant la fabrication ou l’assemblage de votre produit, vous n’avez plus rien à faire vous-même. Tout se fait à l’extérieur. Votre rôle va donc être celui d’un coordinateur qui veille au bon déroulé de ce début de production. Vous vérifiez avec vos sous-traitants que les outillages de productions sont au point et donnent les résultats escomptés, que les pièces s’assemblent bien entre elles, que votre marquage et packaging ne comportent pas de défauts, etc.

Le nombre d’exemplaires de votre présérie dépend de votre volume de production. Si celui-ci est faible, quelques exemplaires peuvent suffire. S’il est important, vous pouvez en faire fabriquer cinquante, cent ou plus.

Même si ce sont vos sous-traitants qui travaillent, vous êtes sur le terrain, à collaborer avec chacun d’eux et à suivre les différentes étapes de construction de votre produit.

2/ Activités préliminaires

Vous avez passé vos commandes en fin de phase 4. Si votre produit est destiné au grand public, avec des procédés de fabrication qui nécessitent des outillages de production complexes (injection plastique, tôlerie, fonderie, etc.), il vous faudra attendre trois ou quatre semaines avant que ces derniers ne soient construits par votre sous-traitant et prêts à être utilisés.

Si vous êtes dans un secteur plus spécialisé, comme le médical — avec par exemple trois cents produits à faire construire dans l’année -, ou encore dans le mobilier urbain — avec par exemple seulement vingt produits à livrer à vos clients -, vous n’avez pas d’outillage de production à commander.

Dans tous les cas de figure, vous devez débuter cette phase 5 en préparant un certain nombre de documents et faire des tests-clients.

Documents à préparer

Vos sous-traitants ont votre dossier de production en main et vont pouvoir vous faire un retour. Vous allez donc organiser des rendez-vous avec eux pour recueillir leurs remarques. Si précédemment vous avez déjà eu l’occasion de discuter avec leur service commercial et leur bureau d’étude, cette fois-ci, vous allez échanger avec le « bureau des méthodes », c’est-à-dire avec les opérateurs qui lancent les machines pour la production. Ils vont pouvoir vous dire : « D’après vos dessins techniques, telle pièce doit être modifiée pour être produite en série. » Ils vous aideront également à préparer votre documentation.

Il vous faut établir un « référentiel qualité ». C’est un document qui répertorie tous les tests à réaliser pour contrôler la fiabilité de vos pièces et composants avant de les envoyer sur la chaîne d’assemblage. Vous devez prévoir quel type de test vous semble le plus adapté pour votre produit. En fonction des pièces, de leur complexité et de leur importance, vous pouvez prévoir des tests unitaires (chaque pièce sera contrôlée) et/ou décider de faire un échantillonnage (par exemple : à chaque fois que cent pièces sont produites, il faut en contrôler cinq au hasard), etc.

Il faut prévoir un contrôle sur les composants électroniques pour vous assurer de leur bon état de fonctionnement. Il peut y avoir également un contrôle visuel : vérifier par exemple que les pièces peintes, ou qui ont reçu un traitement chimique, ne sont pas rayées. Pour un contrôle plus technique, ces tests peuvent nécessiter la mise en place d’outils spécifiques : outil de métrologie, calibre, rugosimètre, etc. Les outils de contrôle doivent être prévus et inscrits dans votre document.

Le référentiel qualité prévoit donc tous les tests à faire sur l’ensemble de votre production. La présérie est l’occasion pour vous de vérifier que ces tests sont bien adaptés et suffisants pour la suite. Si ce n’est pas le cas, corrigez votre référentiel qualité pour vous assurer que les types de contrôle et leur fréquence sont les plus adaptés pour vous éviter de mauvaises surprises pendant le reste de la production.

Si vous allez vendre votre produit en direct (en ligne, sur votre site internet), vous devez obligatoirement rédiger vos « conditions générales de vente » (CGV). Ce document a pour but d’informer vos clients sur le prix de votre produit, les conditions de paiement, les modalités et délais de livraison, la maintenance de votre produit, etc.

Vous devez rédiger vos « mentions légales » : raison sociale, forme juridique de votre société, montant du capital, responsabilité, informations de l’utilisateur sur l’utilisation des cookies du site internet, etc.

Ce n’est pas obligatoire mais il est conseillé également de rédiger vos « conditions générales d’utilisation » (CGU). Celles-ci encadrent l’utilisation de votre site internet : modalités, droits et utilisation du site, propriété intellectuelle de son contenu, encadrement des données personnelles fournies par les utilisateurs, etc.

Si vos clients sont des entreprises, vous mettez toutes les garanties et informations nécessaires dans le « contrat de vente » et/ou le « contrat de service » que vous signez avec eux.

Les tests-clients

Avec vos prototypes « bonne matière », vous allez tester les clients qui suivent votre projet pour savoir s’ils sont prêts à acheter votre produit.

Vous allez discuter avec eux, voir quelles sont les questions les plus fréquentes qu’ils se posent et ainsi mettre à jour le manuel d’utilisation de votre produit pour y intégrer vos réponses. Si vous faites de la vente en ligne, cela vous permet de compléter votre rubrique « Foire aux questions ».

Vous pouvez prévoir avec eux également l’organisation du « Service Après Vente ». En cas de dysfonctionnement de votre produit, le client se tournera-t-il vers vous ou vers votre distributeur ? Si pour un produit grand public, il est courant que l’utilisateur se rende au S.A.V. de votre distributeur, cela est moins systématique pour des produits dans des secteurs spécialisés et plus confidentiels. Pour ces derniers, c’est à voir au cas par cas.

Si vous avez fait un financement participatif, vous pouvez prévoir avec vos premiers et fidèles financeurs (les « early birds », en anglais) de leur vendre à un prix modéré des exemplaires de votre présérie. En échange, ils s’engagent à répondre à vos questions et à vous donner les informations que vous jugerez utiles sur votre produit.

Marquage

Le marquage de votre produit est en lien avec les normes applicables dans la zone géographique où il sera vendu.

Par exemple, s’il est vendu en Europe, il faut ajouter le logo « CE » ; si certains de ses composants doivent être éliminés dans une structure de récupération et de recyclage appropriée, il devra être marqué par le logo représentant une poubelle barrée, etc.

Il est de votre responsabilité de vous occuper du marquage de votre produit. N’hésitez pas cependant à prendre conseil auprès de vos organismes de certifications. Vous pouvez également vous renseigner auprès de votre intégrateur.

Selon votre secteur et les pays concernés, ce marquage doit être présent sur l’emballage de votre produit. Assurez-vous d’intégrer ce marquage dans la commande pour votre packaging si nécessaire.

Compléter vos outillages « simples » de production

Si vos outillages les plus complexes (moules pour injection plastique, etc.) ont déjà été commandés, il faut également vous occuper des outillages de production plus « simples ». Ceux-ci sont surtout utilisés par votre intégrateur et concernent les outils pour le montage final d’une pièce, les gabarits qui permettent de caler et positionner une pièce pour poser une étiquette, percer des trous, etc.

Dans la mesure du possible, essayez d’avoir une idée précise de la manière avec laquelle ces outils doivent être conçus avant d’en parler à votre sous-traitant. Ces outillages peuvent en effet vous permettre d’améliorer le rendement de la production des pièces concernées, ce qui est contraire à l’intérêt de votre sous-traitant qui vous vend des heures de main d’œuvre. À vous donc d’apporter toutes les améliorations possibles.

Pour les fabriquer, il y a plusieurs possibilités. Si cela entre dans ses compétences, vous pouvez payer votre sous-traitant pour qu’il les fabrique lui-même. S’il n’a pas l’habitude et qu’il préfère que vous vous en occupiez, faites appel à un autre sous-traitant. Vous pouvez également les fabriquer vous-même dans une boîte de développement de produits comme Usine IO.

Distribution

Vous devez être en discussion avancée avec tous vos distributeurs pendant cette phase 5 et connaître la marge que chacun se fera sur la vente de votre produit. L’idée est de faire des partenariats avec les magasins et les sites internet qui le vendront, de multiplier vos points de vente, dans différentes villes ou pays. Vous augmenterez ainsi votre chiffre d’affaire de manière significative.

Pendant votre négociation, il peut arriver que certains distributeurs vous demandent d’avoir l’exclusivité sur la vente de votre produit pendant une période donnée. Si vous acceptez, votre produit ne pourra être vendu par d’autres distributeurs qu’à la fin de cette période.

Alors que pour un produit grand public, vous pouvez à la fois avoir un distributeur et faire de la vente en direct — sans intermédiaires, sur votre propre site internet, par exemple -, certains secteurs, comme dans le médical, vous obligent à vendre votre produit en passant par un distributeur spécialisé qui vous demandera sans doute l’exclusivité.

Après avoir convaincu vos distributeurs, vous pouvez signer vos contrats et les former sur la bonne utilisation de votre produit.

3/ Activités principales

Auprès de votre fabricant; vérification des outillages « complexes » de production

Si vous avez commandé des outillages « complexes » de production, dès que ceux-ci sont prêts à être utilisés pour la fabrication des pièces sur-mesure de votre présérie, vous devez vous rendre chez votre sous-traitant pour vous assurer qu’elles sont conformes.

Exemple de l’injection plastique qui est un des procédés les plus complexes à mettre en œuvre :

Pour l’injection plastique, vous avez deux sous-traitants qui travaillent ensemble : un mouliste et un injecteur. Le mouliste est celui qui conçoit et fabrique le moule. Il va faire les premières moulées et procéder à des vérifications dimensionnelles et géométriques. Puis le moule est envoyé chez l’injecteur pour validation avant de réaliser les finitions. Si ce deuxième de moule est valide, le moule servira pour la production de la pièce. S’il n’est pas encore conforme, l’injecteur fera des retouches sur un nouvel échantillon. Au final, c’est l’injecteur qui sortira les pièces et vous les livrera.

En tant que porteur du projet, vous devez vous rendre chez le mouliste puis chez l’injecteur pour suivre les finitions et les retouches. Ainsi, vous vous assurez avec eux que le moule est adapté. Si, dans un deuxième temps, des problèmes au niveau de l’assemblage sont signalés par votre intégrateur, vous retournerez chez eux pour discuter des corrections nécessaires à apporter au moule.

Auprès de votre intégrateur — Contrôle qualité

À mesure qu’il réceptionne les pièces et les composants de votre produit, votre intégrateur va effectuer un contrôle qualité avant de procéder à l’assemblage de l’ensemble.

Pour ce faire, il va suivre le protocole de tests inscrits dans votre référentiel qualité. C’est lui qui assure le contrôle qualité des pièces et des composants avant de les assembler.

Ce contrôle qualité concerne également votre packaging. Il reçoit et contrôle tous les matériaux nécessaires (blister, carton, etc.) pour l’emballage final de votre produit.

Normalement, s’il y a un défaut de qualité, c’est au sous-traitant qui vous a fourni les pièces ou les composants défaillants de vous en fournir de nouveaux, à ses frais, qui soient conformes.

Gamme finale

C’est votre gamme d’assemblage validée par votre intégrateur. Après réception des pièces et des composants puis, après avoir fini son contrôle qualité, il va faire ses premiers essais d’assemblage de votre produit : c’est votre présérie.

Pendant qu’il assemble votre présérie, vous pouvez voir avec lui toutes les modifications nécessaires à apporter à votre gamme d’assemblage.

N’oubliez pas de la mettre à jour et de la conserver. Elle est la garantie de votre indépendance si jamais, dans les années à venir, vous deviez faire appel à d’autres sous-traitants pour fabriquer votre produit.

Il peut être intéressant de filmer l’assemblage de votre produit chez votre intégrateur. Vous pouvez ensuite utiliser la vidéo pour chronométrer les différents postes de travail et connaître précisément le temps d’assemblage que nécessite chacune de vos pièces. Cela peut vous aider à compléter votre gamme.

Pendant l’assemblage, votre intégrateur va pouvoir vous dire avec précision s’il rencontre des difficultés. Il peut s’agir d’un problème de tolérance de certaines pièces, de retouches à faire sur un outillage de production (sur le moule qui a permis de faire vos pièces sur-mesure en injection plastique par exemple, sur un mauvais positionnement d’un gabarit, etc.) Dans tous les cas, il faut essayer de traiter les problèmes sur place, chez le sous-traitant en question, pour trouver les solutions adaptées.

Toute l’utilité de la présérie réside dans ces ajustements : il vaut mieux se rendre compte des possibles problèmes maintenant que de devoir arrêter votre production après votre montée en charge, parce que vous n’avez pas pris le temps de vérifier l’assemblage de vos pièces au préalable ou de vous assurer que le contrôle qualité a bien été fait. Sans cette phase de présérie, vous pouvez vous retrouver avec des pièces en production qui ne s’assemblent pas — au-delà de 15% des produits qui rencontrent un problème d’assemblage, la ligne de production s’arrête pour éviter que le défaut de fabrication ne se répercute sur l’ensemble -, et pendant le temps qu’il vous faudra pour trouver une solution, vous serez dans l’obligation de payer votre sous-traitant et sa main d’œuvre.

Packaging

De manière générale, c’est votre intégrateur qui va assurer l’emballage final de votre produit. (Il peut arriver toutefois que cela soit fait par un autre sous-traitant, un « conditionneur à façon ».) Avec votre présérie, celui-ci va faire ses essais pour emballer votre produit et dépister d’éventuels problèmes (rayure, faux pli, etc.). Cela vous permettra de mettre à jour votre référentiel qualité en ajoutant des photos, une description des problèmes rencontrés et les explications permettant de les éviter.

Cette phase 5 vous permet donc de valider définitivement votre packaging puisqu’il sera fait avec les bons outils de découpe, les bons procédés d’impression, etc.

Planification — Validation de la livraison et de la taille des lots

Entre le moment où vous passez commande et celui où vos sous-traitants vous renvoient l’accusé de réception de la commande pour vous dire quand est-ce que vous serez livré, il peut se passer quelques jours pendant lesquels ils peuvent vous contacter pour modifier leur dates de livraison. Dans ce cas, mettez-vous d’accord avec eux pour trouver les plus adéquates pour tous et mettez à jour votre rétroplanning.

Le rôle de votre intégrateur est important sur cette question car c’est lui qui va réceptionner toutes les pièces de vos différents sous-traiteurs et grossistes pour les assembler. En fonction de vos exigences, de votre produit, sa capacité de stockage et de son organisation, il peut être amené à définir les tailles de lots et passer les commandes pour vous. Si votre produit est destiné au grand public et que vous avez prévu un volume de production important, vous devez planifier avec lui les différentes dates pour passer les commandes et être livré. « Nous avons 12 000 produits à assembler, nous en commanderons 6000 à telle date et 6000 à telle autre. » Ou il vous dira : « Par rapport à ma capacité de stockage, je préfère en commander 3000 tous les trois mois. »

Vous pouvez aussi avoir un produit saisonnier et lui dire : « Il me faut plus de produits disponibles pendant l’été car c’est surtout à ce moment-là que je vais en vendre, comment découpe-t-on l’année ? »

C’est à voir au cas par cas mais il est important de tout planifier avec l’ensemble de vos sous-traitants.

Organisation des postes de travail

Vérifiez avec votre intégrateur que vous avez pensé à tous les postes de travail sur la chaîne d’assemblage. Par exemple, si cela est nécessaire veillez à ce qu’un poste de travail soit bien prévu pour les actions en lien avec l’utilisation de vos outillages « simples » de production (gabarits, etc.). Prévoyez également un poste — et comptabilisez le temps que cela prend — s’il faut déballer une par une certaines pièces livrées par vos sous-traitants quand elles arrivent chez votre intégrateur. Tous les détails sont à prendre en considération et à planifier !

Remaniement du planning

La mise en production de votre produit implique une organisation minutieuse de l’ensemble de vos partenaires. Votre présérie va vous permettre de déceler et de régler les problèmes et les dysfonctionnements qui peuvent survenir. Certaines de ces difficultés peuvent avoir pour conséquences de bousculer le planning que vous aviez prévu initialement. Si cela devait arriver, il vous faut être réactif et disponible, vous rendre si nécessaire chez votre sous-traitant et/ou trouver au plus vite les solutions adaptées pour limiter tout retard. L’empressement et la précipitation ne doivent pas vous contraindre, vous et vos sous-traitants, à sauter ou accélérer les étapes de contrôle, de vérification et de modifications qu’implique votre présérie.

Les problèmes rencontrés peuvent être de différents types : vous pouvez avoir des problèmes de finitions de certaines pièces (la peinture, par exemple) ou de certains outillages de production (la finition d’un moule, etc.), vous rendre compte qu’il faut retravailler un matériau car sa résistance n’est pas suffisante, une rupture de stock ou une incompatibilité de certaines pièces sur étagère (des vis inadaptées, pénurie de certains connecteurs…), un souci d’approvisionnement pour un matériau utilisé dans votre packaging, etc.

S’il est difficile de faire une liste exhaustive des éventuels problèmes que vous pouvez rencontrer, leur importance est plus ou moins grande (finitions de peinture ou matériau à retravailler). Que votre intervention, votre présence et votre réactivité puissent avoir une incidence pour limiter le retard (vis inadaptées, finitions d’un moule) ou non (rupture de stock), tenez-vous prêt, le cas échéant, à tenir informé l’ensemble de vos sous-traitants pour remanier votre planning.

Complétez votre « supply chain »

Si vous avez planifié votre « supply chain » en phase 4, la phase 5 et le lancement de votre présérie vont être pour vous l’occasion de voir concrètement comment celle-ci se déroule. Vous vous rendrez peut-être compte que vous avez oublié de prévoir le transfert de certaines pièces entre deux de vos sous-traitants.

Par exemple, votre fabricant de pièces sur-mesure doit en envoyer certaines chez un professionnel spécialisé dans le traitement de surface. Ce dernier va apporter les finitions nécessaires à vos pièces en les traitant chimiquement. Vous réaliserez alors que vous n’avez pas prévu leur transfert, une fois traitées, entre ce dernier sous-traitant et votre intégrateur.

Il est ainsi important de compléter votre supply chain pour ne pas avoir à gérer vous-même un transfert de pièces d’un sous-traitant à un autre.

Prévoir votre montée en charge

Vous devez également avoir négocié avec vos différents sous-traitants votre montée en charge. Vous avez signé pour la totalité du lancement de la production. Vous savez cependant que la cadence de production des premiers exemplaires de votre produit — votre présérie — sera plus lente au tout début pour vous laisser le temps de faire toutes les vérifications et modifications nécessaires. Vous pouvez prendre une à deux semaines pour valider votre présérie avant d’accélérer la cadence. Cette accélération va se faire progressivement jusqu’à atteindre le rythme de production initialement prévu pour tenir vos délais. Prévoyez avec vos sous-traitants cette progression. Celle-ci nécessite une organisation (temps machine, main d’œuvre, etc.) qu’il faut avoir prévu et planifié avec eux.

La montée en charge concerne également l’hypothèse où vous voulez augmenter le volume de production par rapport aux commandes que vous avez signées avec vos sous-traitants initialement. En effet, en cours de production, vous pouvez avoir envie de revoir à la hausse le nombre de produits à fabriquer en série par vos sous-traitants parce que, par exemple, vous en avez déjà prévendu la totalité ou une bonne partie. Vous pouvez alors négocier avec vos sous-traitants cette montée en charge. De manière générale, cela est souvent possible et ils accepteront si la différence de volume n’est pas trop importante. Votre intégrateur vous dira par exemple : « Pour cette année, je peux vous faire au maximum 3000 exemplaires de plus. Si vous voulez en faire 10 000 de plus, ce sera à partir de l’année prochaine. »

Si cette thématique d’augmentation du volume de production concerne directement les produits grand public, elle peut également toucher des produits plus confidentiels dans des secteurs spécialisés quand il faut répondre à une demande croissante.

L’un de nos adhérents, a développé un produit pour le secteur médical visant à mesurer la différence de pression dans les artères. Son produit vise donc une clientèle assez réduite, constituée de médecins spécialistes. Son volume de production est de trois cents par an. Une quantité qu’il a jugée trop modeste pour choisir l’injection plastique pour la fabrication de ses pièces. Il a plutôt opté pour de la réplication sous vide. Cela lui évite d’investir dans la fabrication d’un moule et de payer chaque année les coûts fixes qui découlent de son utilisation. Il reçoit les cartes électroniques — qu’il contrôle, flashe et calibre lui-même — ainsi que toutes les autres pièces qu’il stocke et assemble chez lui. Il divise sa semaine de travail en faisant du commercial sur quatre jours et consacre sa dernière journée à faire de la production.

Mais aujourd’hui, après avoir participé à des Salons spécialisés, la notoriété de son produit grandit ainsi que la demande. Ce qu’il pouvait faire de manière artisanale, seul et à domicile, n’est plus possible avec un volume de production plus élevé. Nous l’accompagnons chez Usine IO afin de l’aider à revoir la conception de son produit ainsi que ses procédés de fabrication. Son objectif dans un premier temps est de faire une montée en charge pour passer de trois cents à mille produits par an, avec une prise en charge intégrale de la production par des sous-traitants.

4/Finalisation

Les certifications

Dès que les exemplaires de votre présérie sont prêts, vous devez en envoyer à vos organismes de certifications. Ce sont les mêmes que ceux vus précédemment en phase 4. Vous leur fournirez le nombre d’exemplaires qu’ils demandent afin qu’ils puissent procéder aux différents tests nécessaires.

Comptez cinq mille euros par type de certification : la CEM (compatibilité électromagnétique), la sécurité électrique. La certification mécanique dépend de votre produit et se fait uniquement s’il est susceptible de mettre en danger vos utilisateurs. Comptez également deux mille euros par zone géographique.

Que faire des exemplaires restants de votre présérie ?

Vos exemplaires de présérie peuvent être envoyés à des journalistes et constituent d’excellents outils de communication pour faire connaître votre produit. Utilisez-les pour élargir au maximum votre clientèle.

N’oubliez pas d’envoyer un exemplaire à vos investisseurs privés.

Pour le reste, nous vous conseillons de les vendre :

- à ceux qui ont participé à votre crowdfunding, vos prospects, ainsi qu’à tous ceux qui ont pris part à votre projet, vous ont suivi, et qui seraient susceptibles d’être intéressés.

- sur « Colette.fr » ou en organisant des ventes événementielles.

Coût global de fabrication du produit

En cette fin de phase 5, sans compter les dépenses liées à sa distribution, vous êtes en mesure de savoir quel est le coût global de fabrication de votre produit.

Suivi de production

Une fois votre phase de présérie terminée, vous devez mettre en place avec vos sous-traitants votre suivi de production. Celui-ci consiste à établir comment vous allez vous tenir informé du bon déroulé de la fin de la production. En effet, cela peut durer un certain temps et vous ne serez pas forcément présent. Nous vous conseillons de leur demander de vous donner le plus d’informations possible : retards, dysfonctionnements, livraisons, fin de l’assemblage d’un lot, etc.

L’échange avec tous vos sous-traitants, le contrôle qualité, l’assemblage de votre intégrateur, etc., vous ont permis pendant cette cinquième phase de corriger certains défauts (sur vos outillages de production, sur les pièces, le packaging, l’assemblage, les tolérances, etc.) et d’affiner votre planification, de rajouter des maillons à votre « supply chain », de faire le tour de vos distributeurs, etc. Votre présérie vous a permis de faire toutes les modifications nécessaires afin de minimiser la marge d’erreur possible pour le reste de la production. Elle constitue donc la validation ultime de vos pièces et de leur assemblage, et marque la fin du « développement » de votre produit.

Nous espérons que les indications données dans cette méthodologie seront utiles au plus grand nombre. N’hésitez pas à nous contacter pour en savoir plus !