Il est 18 h 30 ce lundi 4 avril. Une dizaine de personnes sont réunies, sous la pluie, Place de la Bourse à Bordeaux, devant le Centre d’interprétation d’architecture et du patrimoine. La raison ? Ce soir on expérimente le Hello Lamp Post, une initiative ludique lancée à l’occasion de la Semaine Digitale. Son principe ? « Textoter » avec le mobilier urbain.

Un peu perdu ? Pas de panique, on vous explique. Lampadaires, poubelles, boites aux lettres, les Bordelais peuvent pendant 6 semaines échanger des SMS avec leur mobilier urbain. Lancé en grande pompe à Bristol en 2013 par Ben Barker, le concept est simple et fonctionne avec un numéro de téléphone créé pour l’occasion. Pour rentrer en contact avec l’objet souhaité, il suffit de dégainer son mobile et d’entamer la discussion par un petit « bonjour », suivi de la nature de l’objet et de son numéro de référence sous forme de hashtag. On le remarque peu mais chaque objet du mobilier dispose d’un code permanent. Il permet à la ville d’identifier l’objet, de savoir où il se trouve ou s’il est endommagé.

Et le but dans tout ça ? Promis, c’est une cause très honorable. Il s’agit de changer le regard des habitants sur le mobilier urbain et de les sensibiliser à l’imprégnation technologique progressive de leur quotidien. En avant vers le futur ! C’est Ben Barker, le créateur de Hello Lamp Post, qui le dit. Tel un gourou au milieu de ses disciples, il répand sa science parmi les membres de l’assemblée. Les quelques journalistes, venus assister à la présentation du jeu, boivent ses paroles comme du petit lait.

Phase de test de Hello Lamp Post au miroir d’eau.

Avec ses lampadaires à la langue bien pendue, le jeune britannique vient de toucher un point sensible. Le concept, bien qu’il ait été essayé dans d’autres villes comme Bristol, Austin et Tokyo, s’adresse cette fois-ci directement aux Bordelais. Pourquoi ? Parce que pour sa nouvelle édition, on peut également chatter avec des lieux « emblématiques » de la ville. Le miroir d’eau, le pont Jacques Chaban-Delmas, ou encore Sanna, la fameuse sculpture de Jaume Plensa, place de la Comédie.

Rien n’a échappé à l’oeil avisé de Ben Barker et de ses équipes. Cela dit-en-passant, la municipalité compte bien récolter leurs données en matière de mobilité, connaissances de la ville, etc. Pour en faire quoi ? Mystère, du moins pour le moment. Et si après ça l’envie vous prend toujours, vous pouvez rendre visite à tous les spots culturels de la ville référencés dans la carte.

« Plus qu’un simple jeu, Hello Lamp Post vise à changer le regard que les habitants portent sur leur environnement quotidien », dixit les promoteurs du concept. Cela veut-il dire qu’on va enfin pouvoir parler avec les poubelles et leur demander ce qu’elles pensent de nos déchets ménagers ? Eh bien, non. Pour la simple et bonne raison, que ce « jeu » n’a aucune interactivité.

« On dirait une appli tout droit sortie de 2006 »

Lucie, 27 ans, est sceptique, et elle a de quoi. L’idée d’Hello Lamp Post lui semble intéressante, mais un peu limitée. Il est quasiment impossible d’avoir une conversation avec l’objet. Celui-ci se limite à vous poser des questions et ne réagit pas à vos réponses. On n’est pas loin de Tay, l’intelligence artificielle de Microsoft devenue nazie sous l’influence de la twittosphère. Ce n’est pas faute d’avoir essayé, mais rien à faire, Hello Lamp Post est insensible à l’humour, à la moquerie ou à la haine. Bref, pour ceux qui seraient éventuellement tentés de le troller : on vous le dit, ça devient vite ennuyant.

C’est tout ? Et bien non. En plus d’être limité, l’échange se termine très rapidement. Au bout de trois messages reçus, l’ordinateur met fin à la discussion et vous salue d’un cordial : « J’ai adoré notre conversation, mais je dois réfléchir à ce que tu m’as dit maintenant. A très bientôt ! ». La politesse anglaise très certainement.

Comme l’a noté Lucie, nous ne sommes pas en 2006 mais bien en 2016. Et à l’heure où le Smartphone est roi et où les utilisateurs de téléphones à clapets font figures de dinosaures, on aurait aimé plus de diversité. Où sont la vidéo, le son et les gifs ? Un bon moyen d’en apprendre d’avantage sur les lieux emblématiques de la ville non ? Elle est née en 1493 ; voilà la seule information que nous a donnée la porte Cailhau… Il suffit pourtant de baisser les yeux pour le savoir, en regardant l’écriteau à nos pieds. Si l’on en reste là, pas besoin de Hello Lamp Post pour éclairer notre lanterne.

« Je mets quoi après le hashtag ? »

La question revient régulièrement lorsque l’on teste la bête. Si la plupart des objets sont directement numérotés, dans certains endroits, les choses se compliquent. Prenez le code du miroir d’eau, par exemple. Vous aurez beau le chercher, -on l’a fait nous aussi -, aucun numéro n’y figure. Comment on fait alors ? #miroird’eau ? #MiroirEau ? Non. Au final, on a trouvé. C‘est #MiroirDeau.

Bonjour bite d’amarrage !

Entre la question des majuscules, des apostrophes et des virgules, les plus impatients auraient déjà jeté l’éponge. Autant de questions qui nous font dire que tout cela manque de clarté. À défaut de trouver Hello Lamp Post utile, on a même du mal à y prendre du plaisir. Un gadget plus qu’autre chose, on est encore loin de l’ami lampadaire dont nous parlait Ben Barker. #MerciPourcetteDiscussion.

Salomé Parent

Valentin Etancelin

Hadrien Claveau

One clap, two clap, three clap, forty?

By clapping more or less, you can signal to us which stories really stand out.