Je suis allée acheter du pain.

J’ai pris ma voiture, je suis allée à la boulangerie, j’ai demandé 4 baguettes parce que pour 3 baguettes achetées c’est 1 offerte.

Le pain était encore chaud et ça sentait bon dans la voiture.

J’ai roulé, j’ai traité les fils de pute qui font genre «les panneaux Stop c’est pas assez explicite pour moi» et ceux qui roulent pas assez vite parce que j’ai la rage, j’ai la rage putain et je veux conduire vite, je veux aller le plus vite possible et pourquoi pas me prendre un arbre en pleine gueule.

Ou un camion, un camion vs une twingo, le calcul est vite fait, simple, rapide, sans bavure, en espérant ne pas faire de mal au camionneur ou ne pas créer de carambolage.

Les autres ils y sont pour rien, que je sois dépressive et suicidaire.

C’est pas leur faute si ma seule envie c’est de me flinguer.

Mais la voiture, elle pourra peut être encore servir à ma petite sœur, ça serait un joli cadeau d’adieu, un cadeau à 4000€.

Et je continue à rouler, et je continue à penser et j’ai chaud, j’ouvre les vitres à fond. De l’air, vite, j’étouffe, je m’étouffe avec mes propres pensées de merde.

Et j’arrive devant un passage à niveau. Il est ouvert, et je pourrais m’arrêter là, au milieu, attendre, checker mes mails, signer des pétitions sur change.org, liker quelques photos minimalistes Instagram, et là, sans m’en rendre compte, BAM. Un train arriverait et j’aurais même pas le temps de verrouiller mon iphone7, même pas le temps d’éteindre mon MacBook Pro, même pas le temps d’imperméabilité mes airforce1, même pas le temps d’utiliser mon PEL, même pas le temps de remercier la sécu pour les xanax que j’ai gratos depuis 18 ans, même pas le temps de finir l’écharpe en alpaga que j’ai commencé à tricoter l’année dernière, même pas le temps de finir la brique de lait de soja bio qui est encore dans le frigo, j’aurais jamais cuisiné de plat à base de tofu, jamais allumé la bougie sentir black vanilla que ma sœur m’a offert à Noël, j’aurais jamais regardé Star Wars (nooooon t’as jamais vu Star Wars?????), mais ça je m’en balance, et le train aussi s’en balance, et il me foncerait dedans comme ça, sans dire un mot, il y aurait peut être un klaxonne ou je ne sais comment ils appellent les bruits qu’ils utilisent pour dire «attention danger, j’arrive!!!!» Danger? Tant mieux. Arrive vite s’il te plaît, parce que je fais ma bad girl mais à l’intérieur je me pisse dessus en imaginant à quel point tu dois souffrir quand tu reçois un choc tellement fort qu’il te fait creuver.

Alors je prends la prochaine à gauche, je rejoint le centre ville, je me gare et je donne 1€ à ce fils de pute d’eurodateur, je me plante devant le Centre Médico Psychologique.

J’entends des pas, ouf j’aurais pas à sonner et à me barrer en courant quand quelqu’un me demandera pourquoi je veux ouvrir la porte. La porte s’ouvre et avec un grand sourire je dis merci à la femme qui vient de sortir et je monte les 2 étages.

Je vais à l’accueil. J’avoue tout. Je suis coupable. Je pleure, je tremble. J’ai pas pris de mouchoirs avec moi putain.

On appelle l’ambulance, je vais aux urgences, puis une autre ambulance, je vais à l’hôpital psychiatrique.

On me donne une chambre. Elle est vide. Et il y a une caméra.