Madame monsieur, au revoir

capture PureMédias

Une courte formule de politesse. Le journaliste déroule les titres. Le rythme est métronomique. Le texte, que déroule le prompteur, taillé au cordeau. Et puis un premier reportage, un deuxième, un troisième… Cadre fixe, plan serré, costume ajusté et diction parfaite. Certes l’actualité change tous les jours. Certes les écritures commencent à bouger. Certes les présentateurs ajoutent leur patte. Mais au fond, le journal télévisé, c’est ça. Une mécanique stricte qui ne laisse pas la place à l’improvisation — les sujets sont trop lourds pour laisser place à la légèreté. Et cela du début jusqu’à la fin. Merci de nous avoir suivi, bonsoir. Et demain, on recommencera.

Mais il arrive un moment où tout s’arrête. Pour le présentateur en tous cas. Après des décennies passées à dérouler des titres, à enchaîner les reportages, l’homme ou la femme tronc sort du cadre.

Le 13 septembre 2015, Claire Chazal présente son dernier journal de 20 heures après avoir occupé ce poste pendant 25 ans. Quelques mots, un magnéto souvenir et les applaudissements des équipes en coulisses.

Configuration quasi similaire pour les adieux au journal de 13 heures d’Élise Lucet, le 29 avril 2016. Avec quelques larmes en plus.

Quant aux derniers instants de Bernard Derome au Téléjournal de Radio Canada, le 19 décembre 2008, ils se veulent d’une grande solennité, teintée d’une légère émotion.

Mais le plus intéressant n’est peut-être pas ici — après tout, à voir ces quelques images, une fin de carrière au JT est finalement aussi écrite et théâtralisé qu’un JT lui-même. Il y a quelque chose de singulier à voir ces journalistes et techniciens applaudir et acclamer très chaleureusement tandis que le générique de fin du journal se déroule, solennel et implacable, en arrière-plan. Un moment léger, spontané qui interfère avec la gravité du décorum du JT. Un moment incroyablement libérateur. Les applaudissement n’en sont que plus émouvants. Et la musique du journal, bien que « hors sujet » et presque imperceptible, n’en est que plus prenante encore. Ce pur élément formel — d’habillage, pour reprendre ce terme que j’affectionne — donne selon moi, dans sa contradiction, toute leur valeur et toute leur force à ces moments de télévision. Il souligne leur caractère incongru, inédit, émouvant aussi. Des applaudissements, une musique. Et rien de plus.

C’est ça aussi, pour moi, l’habillage.

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