La bienveillance, c’était mieux avant…

Avant-propos : Je tente l’exercice de vous livrer un petit bout de ma philosophie, sur ce qui flotte dans l’air en ce moment, sur les réseaux sociaux en particulier. Sans tenter de vous convaincre, sans utiliser l’impératif. Juste peut-être pour le plaisir de discuter et par besoin de me faire comprendre.

En permanence, nous sommes baignés de messages qui nous façonnent sans que nous n’y prenions compte. Selon notre disposition du moment, nos valeurs, nos désirs ou nos répulsions, nous y portons attention, réagissons ou bien au contraire fermons nos oreilles.

Je parle de la radio/TV, posts Facebook, conversations de bistrot, lectures. Tout ce qui dépasse les conversations individuelles, en général. Je parle des messages dont nous sommes bombardés sans interactions, comme lors d’une conversation individuelle.

Faut-il croire les affirmations (sous-jacentes) suivantes ?

A/ “C’était mieux avant, ce sera mieux après”

1/3 des postes Facebook vous vendent l’idée que “Jadis on réparait ce qui ne marchait pas” (option âge d’or) ou bien “Que la vie avant c’était vraiment de la merde” (option cro-magnon loqueteux).

Je vous propose de relire l’histoire d’Alexandre et du noeud Gordien. Dans le genre conciliation c’est le pompon. Poursuivez sur les conditions de vie au Paléolithique. Pourquoi prendre nos ancêtres pour des sous hommes ?

Ma question : cette vision du monde n’est-elle pas une projection personnelle ? In extenso : “Avant j’étais pas très bon mais demain je vais me hacker pour devenir quelqu’un de super”.

Ma réponse perso : Quand je pense de cette manière (oui ça m’est arrivé et cela m’arrive régulièrement), une alarme résonne dans ma tête. Je me pose, pour fuir ce manichéïsme désespérant. J’essaye d’accepter que du bon et du moins bon composent mon passé et mon futur. Je tente de me reconnecter à ce que je vis ici et maintenant. C’est souvent raffraîssant (et n’empêche aucunement de mener de grands projets ou de rêver de sauver le monde).

Et vous, quelle vision du monde acceptez-vous de vous laisser imposer ?

NB : du coup je n’écoute plus les infos en continu et j’ai fait le tri de mes sources FB. Ca aide grandement.

B/ Y a les gentils et les méchants (et moi qui te parle je suis gentil)

Evidement, cette lecture historique en noir et blanc s’assortit assez facilement d’une myopie évidente concernant l’âme humaine. Celle des autres et surtout la sienne propre (même si elle est noire, parfois, l’âme). Les bons, les méchants, toussa. On a passé une soirée avec mon amie Marie-Aurélie qui est psy à décortiquer le machin. Et je n’aurais jamais su résumer aussi bien la tenuer des propos ici : Le gentil Mufasa et le méchant Scar ou l’illusion du bien et du mal.

Accepter le bien comme le mal en soi permet un peu de s’occuper de la question, en conscience, avec ses limites. Ca empêche de s’auto flageller ad vitam ou de se mettre sur un piédestal comme surtout de limiter son envie parfois d’aller flinguer les emmerdeurs. Je ne parle pas de les aimer, quoi que je sois intimement persuadé que j’y penserai dans mon dernier souffle.

C/ Il faut faire preuve de bienveillance

de générosité, de professionnalisme, de vertu, d’hygiène bucco-dentaire, se confesser, publier ses bilans au greffe, offrir des fleurs à sa femme, ne pas tuer, acheter du PQ et des yahourts pour soutenir la consommation, voter bien, etc.

Pour vous parler franchement je pense qu’on se fait manger le cerveau avec cette question de bienveillance. On a mis des siècles à se libérer de la tutelle morale d’un clergé qui empêchait de penser. Et ce combat a foiré : on a les barbus sur le dos, la TV nous croque les neurones, les manoeuvres politiques les plus grosses fonctionnent, etc.

Oui, de nouvelle formes de management, basées sur la qualité des rapports humains, émergent. On peut parler de bienveillance, avec modération.

Non, entendre parler de bienveillance partout ne me rassure pas. Ca sent la savonnette morale. Comme le type qui vous dit qu’il est honnête, ou généreux, ou que blablabla… Ca sent son déo mental, ça masque du qui pue.

Pour toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta main droite,afin que ton aumône soit dans le secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. MT 6–3/4

Le problème c’est que c’est fatigant de penser. Et difficile de s’avouer que parfois, on est pas du côté du bien (Cf supra). Et de se retenir de faire un peu de pub.

Pourtant, ce que je crois

L’aventure est au bout de la rue

Je crois que l’on a besoin de trouver la juste distance, celle de l’intime, du corps et de l’âme, pour aimer et supporter le monde qui nous entoure. Que cette distance ou proximité est une question centrale, spatio temporelle, pour chacun d’entre nous.

A mon sens ce bombardement d’informations, de propos envahissants peuvent nous modeler, conditionner ou agresser sans que nous n’y prenions garde.

Ca fait du bien de se poser la question de temps en temps et de choisir à quoi nous acceptons de nous soumettre. A défaut de vraiment choisir… prendre l’air. Désenfumer.

Se brosser l’âme, comme les dents

Franchement ça regarde qui votre hygiène mentale intime ? Ha oui, parfois on a envie de proposer un tic-tac mental à son voisin. Et on repense alors qu’on a oublié de se brosser les dents.

Donc OK. On peut en parler avec quelques proches…

MAIS DE LÀ À S’ÉTALER SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX COMME JE SUIS EN TRAIN DE LE FAIRE, C’EST LE COMBLE :)

Portons-nous bien, bisous.

Philosopher Erich Fromm on the Art of Loving and What Is Keeping Us from Mastering It

Une lecture intéressante : Philosopher Erich Fromm on the Art of Loving and What Is Keeping Us from Mastering It