Le recrutement dans le monde du web

Une épreuve olympique à part entière

Un an. Quatre emplois. Une dizaine d’entretiens. 2015–2016 a été assez mouvementé niveau changement de job. Avant cet épisode, je n’avais pas spécialement d’avis concernant le recrutement. J‘ai souhaité en savoir plus auprès de confrères, amis, et connaissances. Je voulais comparer entre les différents pays (Angleterre, France, Allemagne, Australie, Luxembourg,…), vérifier (entre vieux souvenirs et situations récentes), et confirmer le ressenti que j’éprouvais.

Honnêtement, à plusieurs reprises, je me suis dis : “C’est quoi ce bordel ?!”

Avant de poser quelques anecdotes, parlons rapidement des travailleurs du web. Je suis une travailleuse du web. Mon métier consiste à concevoir des interfaces graphiques et ergonomiques. 
Le web va vite, et nous aussi. Nous améliorons notre workflow, testons de nouvelles applications, installons des plugins pour faciliter notre quotidien. Nous partageons et publions auprès de la communauté du web. Nous prônons la qualité, nous nous arrachons les cheveux (ou autre) quand nous voyons quelque chose de bâclé, mal réalisé. La majorité des “webeux” est comme ça (c’est votre petit nom), on veut bien faire.
Alors, ma question est simple et un peu brute : pourquoi les méthodes de recrutement dans le web sont-elles si disparates et bancales ?

Spoiler. Je n’ai pas de solution miracle. Cependant, en retirant quelques une de ces épines, peut-être pourrais-je aider à un meilleur recrutement:

Des annonces pour mouton à 5 pattes

Ça existe oui et c’est cool ! Mais appelez-moi quand vous verrez un troupeau. Alors oui, les entreprises, de ce côté là souhaitent limiter le nombre de recrutement, en terme de temps, coûts et risques. Mais recruter deux voire trois bons éléments à métiers distincts, plutôt qu’un élément rare, est plus efficace, surtout en cas de remplacement / démission. Également en terme de charge de travail et planning.
Fort heureusement, ces profils recherchés sont souvent le fruit d’annonces mal rédigées (recoupement de plusieurs annonces), et lors des entretiens le descriptif du poste et la mission peuvent être discutés et mieux exprimés. N’ayez pas peur de postuler pour ces annonces. Ouvrez la discussion quant aux attentes de l’entreprise pour le poste en question.
Dans le cadre d’une embauche dans votre entreprise, demandez à participer à la rédaction de l’annonce ou à minima, d’en vérifier le contenu.

Des annonces pour recruter un stagiaire

Qui sort d’étude. Qui a déjà de l’expérience. Qui occupera un poste à responsabilité. Qui est barista. Qui fait mime. Qui restera moins de deux mois, sans toucher de salaire.

Des entreprises misant sur la bière et le ping-pong

Nombreuses sont les entreprises de type startup où l’état d’esprit implique qu’il faille rester très tard, travailler beaucoup plus, et ce gratuitement. On parle là du développement de l’entreprise, voire de sacrifice pour le bien commun. Il semble logique pour l’entreprise, d’accepter une charge de travail de plusieurs personnes sur nos épaules, pour un même salaire. Tant qu’il y a bière-pong le jeudi. J’ai connu une entreprise qui organisait des prétendus after-works, où malicieusement on y parlait travail: des réunions d’équipe sur mon temps libre, pas imposées mais TRÈS suggérées.

Des tests techniques de type épreuve du feu

Bon, là c’est délicat. Un test technique permet de voir comment une personne réfléchit, démarre et gère son stress. Je trouve ça très intéressant et important. Par exemple on peut vite “démasquer” un pilleur de travaux, ou un “enjoliveur” de projets. Cependant, le test d’une journée et demi sur une mission concrète sans un debrief ni retour, et bien entendu non rémunéré. Non.
J’ai effectué récemment un test pour une embauche. Dans les locaux de l’entreprise pour une durée de deux jours, avec déjeuner d’équipe, debrief et tout cela sous couvert de rémunération. C’est une sorte de période d’essai éclair. L’avantage est de travailler dans les conditions du futur emploi, d’observer et rencontrer son équipe. L’inconvénient peut-être d’ordre administratif. Si vous êtes freelance, c’est pratique et simple, vous éditez un devis. Si vous ne l’êtes pas, vous pouvez passer par un contrat intérim dans le cadre d’un remplacement ou d’un accroissement temporaire de l’entreprise (rare). Il existe également la possibilité d’être rétro-rémunéré sur son futur contrat, mais cela n’est possible que si vous êtes par la suite embauché. J’avais pris ce risque en Allemagne.

Une relation équitable

Une entreprise qui se présente en tant que chef suprême pour lequel je dois allégeance et obéissance n’est pas une entreprise qui traite équitablement ses salariés. Rappelons qu’un contrat de travail est une collaboration entre deux parties. En terme de respect, un employé n’a pas à subir insultes et réprimandes publiques. Et il n’est pas tenu non plus d’accepter des pratiques obscures et contre la loi comme trafiquer des résultats sur un module de calcul ou encore contribuer à mettre en places des éléments sur un site internet pour tromper l’attention d’un utilisateur.
Ceci reste bien entendu de votre ressort, mais rappelez-vous que vous êtes en droit de refuser cela. Pour ma part j’ai décidé de préciser que je tenais à rester éthique et honnête, si l’occasion s’offre à moi.

Un fossé entre descriptif du poste et réalité du quotidien

Celle-ci est assez déconcertante, car courante. Combien sommes-nous à avoir relu l’annonce de notre poste, à nous être re-mémorisé notre entretien afin de comparer ce décalage entre le poste décrit et le job en question ? C’est une perte conséquente de temps et d’argent, c’est un problème assez courant, et que je trouve assez grave. Je ne souhaite pas traîner en place publique des employeurs en particulier, mais mes deux dernières expériences sont concernés par ce cas de figure. Et c’est le cas de plusieurs amis dans mon entourage qui ont récemment changé de poste.

Est-ce que les entreprises pensent pouvoir “coincer” leurs employés en leur faisant accepter cette situation à contre-coeur ?

Un tabou sur le salaire

L’argent étant une des principales raisons pour laquelle nous travaillons, il serait intéressant pour les candidats d’aborder le sujet sans que cela soit un combat type mort subite.
Un bien chouette patron m’a dit un jour qu’il souhaitait payer ses employés justement, afin qu’ils se concentrent uniquement sur leur travail, au lieu d’être stressés par leur facture en fin de mois. Faire des économies en payant ses employés au plus bas n’est pas une solution. Les employés finissent par cumuler salariat et freelance, à regarder rapidement ailleurs, à être moins efficace.
Ma dernière négociation de salaire s’est déroulé avec un début de gêne, puis une franche discussion. J’ai annoncé mes prétentions en expliquant m’être basée sur l’année d’expérience et le coût de la vie de ma ville. C’est avec amusement que nous avons pu comparer l’exacte même tranche de salaire, car ils avaient fait les mêmes recherches. À ce moment là, une barrière tombe, une transparence s’établit entre l’employeur et le futur salarié. Il n’est pas là question de tirer les salaires vers le bas, de se raccrocher au salaire précédent afin de donner la même somme voire moins. Il est question de rémunérer décemment une personne.

Un employé heureux est un employé productif !

Des interlocuteurs déconcertants

Quelques récentes anecdotes et vécus m’ont fait découvrir des personnages assez, je dirais… barrés. Parfois, on peut se retrouver en tant que candidat, dans des situations humiliantes, ou éprouvantes. N’ayez pas peur de couper court à l’entretien. N’ayez pas peur de témoigner votre ressenti. Je songe particulièrement à toute question discriminante, d’ordre privée déplacée ou humiliante. Une amie s’est permise de répondre qu’elle était stérile à un employeur qui lui a demandé si elle comptait avoir des enfants prochainement. Effet kiss cool garanti !

Une absence de rencontre de l’équipe

La compatibilité dans une team est ce qui peut faire basculer une ambiance bien cool, à des tensions qui peuvent gâcher votre quotidien. Un déjeuner, un café, une visite dans les locaux de l’entreprise en fin de journée: échangez, parlez méthodes, valeurs, objectifs. Ce n’est pas seulement l’entreprise qui importe, vos futurs collègues aussi. En visitant les locaux d’une startup en août 2016, j’ai pu vite ressentir une gêne et un malaise quant à ma présence sur place. Ce genre de ressenti, additionné à des doutes m’avaient fait refuser l’offre de cette entreprise.

Une intégration difficile

Les premiers jours, on est souvent largués. On perd parfois quelques heures (voire quelques jours) à savoir quoi faire, à attendre de rencontrer notre manager. Ma dernière expérience m’a fait suivre un processus d’intégration, communiqué à chaque nouvelle arrivée. Ce petit guide permet de faire un tour complet des outils, d‘aller à la rencontre de son équipe et se présenter, de poser ses marques, de lire de la documentation technique et marketing. Certaines entreprises incluent même un déjeuner ou une activité de groupe afin de tisser des premiers liens sociaux-professionnels. Je recommande chaudement !

Une période d’essai se rompt

Tout simplement. Cependant, il est toujours bon d’essayer de recadrer sa mission en s’exprimant auprès de son chef/interlocuteur. Évoquez les points sensibles en proposant des solutions et ouvertures. Et partez sans regret si la situation est sans issue. N’oubliez pas que vous avez de la valeur, et que vous méritez un emploi à la hauteur de vos ambitions.

En conclusion

Se retrouver dans un nouvel emploi n’est jamais chose facile. Ce n’est pas non plus immédiatement le paradis, il faut savoir s’intégrer, s’adapter et s’ouvrir et l’entreprise doit garder en tête que nous ne sommes pas des employés produits à la chaine. La plupart des boîtes qui ont un bon système de recrutement sont celles qui prennent les retours et avis de leur employés. Ces boites généralement, mettent plusieurs choses en place pour améliorer et maintenir le confort de travail de leurs employés.
Mes dernières expériences, en terme de métaphore, sont comparables aux contes de Hansel et Gretel avec la maison appétissante, ou de Blanche-Neige et sa pomme.

Ce sujet me tient à coeur car nous sommes nombreux à subir ce stress, cette déception face à un mauvais recrutement. Pire encore, nous sommes quelques uns à occuper aujourd’hui un poste, qui ne nous plait pas et nous restons car nous pensons que nous tomberons dans un autre “piège” ou une situation plus déplaisante. Il y a heureusement des entreprises qui se soucient de trouver non seulement de bons employés, mais surtout de faire absolument tout ce qui leur est possible pour les accueillir, les soutenir, les respecter. En cas de problème, elles sont ouvertes à discussion et aux ajustements. Il y a échange.

J’espère avoir pu énoncer des problèmes courants, qui aideront recruteurs et décideurs, à repenser/compléter/mettre à jour leur méthode de recrutement. Je pense que notre rôle est de communiquer à ces personnes, nos attentes en terme de pratique du métier, de leur proposer la possibilité d’échanger avec ces futurs salariés. Nous reflétons l’image de notre entreprise. Nous communiquons, discutons et échangeons sur notre quotidien auprès de nos confrères. Certains témoignages peuvent encourager une candidature ou au contraire la freiner. Le recrutement n’est pas en danger, il mérite juste un petit coup de pouce de la part de ses acteurs

N’hésitez pas à partager vos expériences sur le sujet, et bien entendu vos conseils et vos avis. Merci pour votre lecture. Et un grand merci aux personnes qui m’ont transmis leurs témoignages, aux webeux, et surtout aux re-lecteurs !