Bienveillance et travail collaboratif ou les couleurs pastels de Museomix Québec

Mise en contexte — Du 4 au 6 novembre dernier, à travers la coordination de Museomix Québec, un marathon techno-créatif de 3 jours qui a réuni près d’une centaine de participants et de bénévoles, ayant pour objectif commun de remixer Le Monastère des Augustines, j’ai été témoin de l’effet d’un mot pour souder un groupe de travail et le rendre encore plus collaboratif et inclusif que jamais. C’était la troisième édition de Museomix Québec et la première sous le thème de la bienveillance.

Et, pour ceux qui auraient besoin d’une plus grande mise en contexte — Museomix est un événement annuel qui évolue depuis sa création à Paris en 2011. Des communautés de museomixeurs, réparties dans 5 pays et 17 lieux cette année, contribuent chacune à leur façon à faire grandir le concept, qui vise à rendre notre patrimoine plus accessible, notamment à l’aide d’outils numériques et d’une bonne dose de créativité multidisciplinaire et collective. En trois jours, sous prétexte de réaliser des prototypes de médiation culturelle, de nouvelles amitiés se créent et les talents cachés se découvrent. Bref, Museomix c’est le Woodstock des musées ou une sorte de roadtrip immobile des passionnés de technologie et de culture où tout le monde, petits et grands, néophytes ou initiés, sont conviés.

Dans un esprit d’ouverture et de valorisation de l’événement, les retours sur les expériences de chacune des communautés sont encouragées. Ce texte est donc ma contribution, que je souhaite partager avec les autres communautés de museomixeurs, mais aussi avec tous les influenceurs qui travaillent dans la «vraie vie» avec d’autres humains, pour inspiration.

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La bienveillance… je ne sais plus quand ce mot est arrivé au palmarès de nos priorités pour Museomix Québec 2016, mais ce qui est certain, c’est que bien que nous ayons immédiatement cru qu’il amènerait une bonne dose de douceur dans l’édition qui s’est dessinée tranquillement, entre avril et novembre, pour ma part j’avais tout de même sous-estimé toute la portée que ce mot de treize lettres aurait une fois les deux pieds dans le chaos organisé qu’est Museomix.

Au plus loin que je me souvienne, c’est en 2015, en discutant avec l’équipe de Museomix Mtl et en lisant quelques tweets et debriefing suite au week-end de création, que le mot «bienveillance» a fait surface dans le discours, à plusieurs occasions. Assez souvent pour me rendre un peu jalouse (allo la bienveillance!) de ne pas y avoir pensé pour Museomix Québec.

Puis l’hiver s’est installé. Au même moment, épuisée par un novembre trop intense, mon envie de réfléchir a un autre Museomix s’est mise en mode hibernation. Jusqu’aux premiers rayons du printemps.

Puis il y a eu Le Monastère des Augustines.

Inspirés par les lieux, l’odeur apaisante «1639» des voûtes, les quelques Augustines qui habitent toujours l’immeuble adjacent et communiquant, leur mission et leur histoire, le discours de la directrice du musée du Monastère (Catherine Gaumond à l’époque) et des envies de yogas et de massages, mais aussi portés par une équipe Museomix aguerrie, allumée et inspirante, le mot bienveillance est vite revenu se tailler une place de choix dans nos échanges à propos des couleurs que prendrait la troisième édition de Museomix Québec.

En pensant à combien c’est physiquement et psychologiquement exigeant de créer de 7 h du matin jusqu’à tard le soir, pendant 3 jours, avec des gens (et soi-même) qu’on apprend à connaître, nous avons d’abord imaginé une trousse de premiers soins pour les participants. Des morceaux de tissus doux à toucher au besoin, des images réconfortantes (allo #catsofinstagram), des macarons avec des mots gentils et des images de gummy bears, un gant blanc, pour rappeler à tous d’échanger dans la douceur… des mandalas, des coupons échangeables contre des massages, une invitation à une session de yoga… Bref, la trousse s’est vite remplie de bienveillance à l’égard de nos participants.

Même chose pour le guide devenu «la bible» du participant, composée avec ce soucis de bien encadrer la démarche des museomixeurs, notamment à travers les 10 commandements réinventés, axés sur la bienveillance. Même chose aussi pour nos réseaux sociaux, par lesquels l’équipe de la mixroom a tenté de décrire abondamment l’écosystème Museomix pour le rendre plus concret pour les non initiés et donc, plus ouvert et plus inclusif.

On pense entre autre à l’abécédaire publié sur Facebook qui a permis de décrire en amont différentes notions liées à Museomix, au Monastère et au parcours des Augustines elles-mêmes.

On pense aussi aux photos des bénévoles sur notre compte Instagram avec citations, inspirées par la campagne #WeAreMuseomix initiée par Museomix CH quelques semaines avant nous.

On pense aussi, durant le rendez-vous créatif, à celle que nous avons surnommée affectueusement «sœur infusion» et qui s’est assurée de remplir les 24 cases horaires pour les massages avec le nom de ceux et celles qui en avaient le plus besoin, de faire participer les museomixeurs et leurs facilitateurs (une sorte de nounou pour chacune des équipes dans le jargon Museomix) aux sessions quotidiennes de yoga et bien sûr, de nous offrir des sessions de thé qui sent le popcorn au beurre.

Dans un contexte où la bienveillance est vraiment mise au cœur de toutes les actions, on n’offre pas du thé, on offre un moment de douceur. Du coup, l’expérience n’est pas la même. On ne boit pas du thé, on se détend, on s’offre une pause.

Entre la fabrique de macarons et des badges personnalisés avec des qualités pour les organisateurs, l’achat de sucreries quand le niveau d’énergie des troupes baissait, une liste des souhaits à exhausser (sorte de sondage de la satisfaction en live), des messages heureux rassemblés en forme 🙏 sur le tableau participatif de Grand Public et tous ces bénévoles qui répondaient aux demandes avec sourire et empressement, les couches de bienveillance se sont multipliées, tranquillement.

De toute évidence, ces attentions ont été remarquées et on inciter les participants à emboîter le pas à leur tour.

Le mot bienveillance a été répété si souvent, en amont et pendant Museomix Québec, que tout le monde a fini par se l’approprier et l’incarner. Si bien, que lors de la plénière du vendredi soir, une équipe a accepté de céder à une autre son emplacement convoité pour l’installation de son prototype, évoquant des sentiments bienveillants! Un moment touchant, surtout dans un contexte où chaque minute est comptée et où le niveau de stress peut parfois prendre des proportions démesurées.

Parlant des plénières, la «direction artistique» que j’ai donnée à l’indomptable Maxime Robin, acteur de formation et notre animateur pour l’occasion, s’est résumé à quelque chose du genre: «Tu aimes tout le monde. Sois gentil avec les gens, ils vivent beaucoup de stress et ont besoin de ton réconfort. Tu peux être drôle aussi, mais ne soit pas méchant. Tu dois leur apporter de la douceur et de la bienveillance». Même avec ce gilet over-the-top (un sympathique clin d’œil vis-à-vis le lieu investi), il a été parfait dans son rôle de berger improvisé.

Enfin, devant toutes les contraintes imposées par un lieu patrimonial, la cohabitation avec les œuvres d’art non protégées s’est fait en douceur et tout le monde a fait preuve d’un grand respect de cet environnement unique et des traditions qui l’habitent.

Pantoufles sur bottes à talons hauts ont d’ailleurs assuré la précieuse quiétude du Monastère.

Rassurée par notre civisme «bienveillant», notre coordonatrice du côté Monastère nous a fait le cadeau de nous inviter dans le chœur des Augustines pour cette mémorable photo de groupe du samedi soir:

Deux par deux, en silence, à la manière des Augustines, nous sommes entrés tout doucement dans le chœur pour y immortaliser notre voyage.

C’était un bel avant-goût aux visites du public (nombreux) et à la plénière du dimanche soir, où sœur Nicole et ses consœurs nous ont fait l’honneur de leur présence et nous ont adressé quelques mots bienveillants.

Moment de grâce.

Bien sûr j’ai été témoin de larmes, comme à chaque édition. Certaines de joie, d’autres un peu plus amères. Il y a eu des moments plus tendus, où les idées se sont confrontées plus vivement. On a aussi manqué de café pour ceux qui aiment moins le thé ou la tisane. On a fait attendre quelques visiteurs VIP et même si on avait 4 imprimantes 3D, on a toutefois oublié d’acheter assez de cartouches d’encre pour notre imprimante papier. La liste de ce genre d’exemples pourraient être plus longue.

Ceci dit, on dirait que rien n’a ébranlé ma conviction que tout irait bien. Qu’on ferait de notre mieux jusqu’au bout pour essayer de rendre les gens heureux et que, par conséquent, on finirait par trouver nos solutions ou nos résolutions.

Ce qui me ramène à cette idée d’influencer d’autres équipes de travail en tentant d’expliquer à travers ce texte notre démarche. Depuis ce qui est pour moi cette troisième plongée tête la première dans Museomix, qui chaque fois m’ont transformée, j’ai la profonde conviction que si chaque département, chaque entreprise ou chaque nouvelle équipe formée autour d’un projet commun partait avec le souhait de mettre la bienveillance au cœur de tous leurs échanges et de toutes leurs actions, ou plutôt, si chacun de nous partait avec ce sentiment dans toute nos relations avec les autres, on éliminerait doucement le manque d’écoute, les guerres de pouvoir et toutes les décisions qui ne tiennent pas compte de l’humain. On serait plus attentif et ainsi plus ouvert aux idées et aux besoins des autres. Pas parfaits, mais certainement meilleurs.

Difficile d‘apporter une trousse de premiers soins dans chaque réunion ou peut-être que ce serait un peu mal vu d’apporter des photos de chatons à tous les collègues lors de votre prochain comité exécutif. Sans doute. Mais vous êtes plein de bonnes idées. Vous saurez trouver votre façon d’ajouter un brin de bienveillance autour de vous. Suffit d’y penser.

Parce que d’abord et avant tout, la bienveillance ça implique de prendre soin, de soi et des autres, mais aussi d’avoir confiance, en soi et en l’autre.

Crédit photo: Didier Ouellet (Museomix Qc).