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S’il était Président

Je reprends les propos tenus par un gamin d’une dizaine d’années dans la chronique “Si j’étais Président” diffusée récemment sur la chaîne LCP.

Avec spontanéité et évidence, il déclarait :

Les banques demandent des intérêts qu’elles ne fabriquent pas, donc il y a gens qui doivent les payer et qui deviennent donc de plus en plus pauvres. Donc, si j’étais Président, j’arrêterais les intérêts ou je demanderais aux banques de les fabriquer.

Décryptage

Henry Ford (1863–1947) déclarait au sujet du fonctionnement du système bancaire et monétaire :

Il est appréciable que le peuple de cette nation ne comprenne rien au système bancaire et monétaire, car si tel était le cas, je pense que nous serions confrontés à une révolution avant demain matin.

Tentons un petit éclaircissement.

L’argent en circulation est créé ex-nihilo, sur la base d’un prêt accordé par une banque commerciale.

Quand la banque commerciale accorde un prêt, elle crédite le compte courant de l’emprunteur et inscrit simultanément la créance correspondante à l’actif de son propre bilan. Elle accorde le prêt en contrepartie d’une promesse de remboursement. La monnaie est donc créée ex nihilo puisque la banque n’a prélevé les fonds correspondants sur aucun autre compte. Lorsqu’il signe le contrat de prêt, l’emprunteur s’engage à rembourser à la banque une somme d’argent qu’elle vient de créer à partir de rien.

Quand le crédit arrive à échéance, l’emprunteur rembourse son prêt, son compte est débité, et la quantité de monnaie correspondante est alors mise instantanément “hors circuit”.

Au remboursement, la monnaie est “détruite” aussi instantanément qu’elle avait été créée ex nihilo à l’ouverture du prêt (cette approche est simplifiée, en réalité, ce processus est échelonné dans le temps, avec des remboursements réguliers — capital + intérêts).

En fin de prêt, l’emprunteur a remboursé à la banque une somme correspondant au capital, à laquelle sont venus s’ajouter des intérêts (nous y reviendrons plus tard, c’est précisément le point mis en avant par notre gamin).

Les deux conditions pour qu’un tel système fonctionne (dont l’une pointée du doigt par notre gamin de 10 ans).

La première condition est que la présence de monnaie sur le marché est assujettie à l’octroi d’un nombre minimum de crédits / prêts accordé. Les agents économiques doivent obligatoirement s’endetter pour que des échanges marchands puissent s’opérer : pas de monnaie en circulation sans prêts accordés.

S’il n’y avait pas de dette dans le système, il n’y aurait aucun argent.
Marriner S. Eccles, gouverneur et président du CA de la Fed de 1934 à 1948 sous les présidences de Roosevelt et Truman.

La deuxième condition est que le remboursement d’un prêt n’est possible qu’en prélevant “dans la poche du voisin” le montant correspondant au remboursement des intérêts qui n’ont pas été financés (je devrais écrire créé) par le système de création monétaire. A un instant donné, il n’y a donc pas assez de monnaie en circulation dans l’économie pour rembourser tous les prêts (capital + intérêts) intégralement. Seul le capital est couvert par la masse monétaire mobilisable créée par les prêts accordés. C’est précisément ce point que pointait du doigt notre gamin de 10 ans en disant que les banques, en demandant de payer des intérêts qu’elles “ne fabriquent pas”, rendent les gens de plus en plus pauvres.

Le système monétaire et la création de monnaie : l’analogie de la baignoire.

Pour illustrer le propos, parvenir à rembourser les prêts (capital + intérêts) revient à restituer 12 litres d’eau d’une baignoire dont on vous en a prêté 10. Pour rendre cela possible, il n’existe pas d’autre choix que d’aller siphonner la baignoire du voisin de 2 litres d’eau pour restituer les 12 litres dus à la banque.

Quant au voisin, il n’a pas d’autre issue que de procéder identiquement, ce qui n’est possible que tant qu’il existe des baignoires dans lesquelles puiser.

Pour revenir à la monnaie, il est tout aussi impossible de rembourser tous les prêts consentis, sauf à emprunter de nouveau … et d’augmenter la masse monétaire, et d’emprunter, et d’augmenter la masse monétaire, et …….

La croissance est donc structurellement obligatoire pour que le système tienne.

Conséquence : l’évolution du stock de monnaie (la masse monétaire) en circulation résulte d’un processus de création et de destruction monétaire.

Si les opérations à l’origine de la création monétaire (principalement liées à l’octroi de prêts) l’emportent sur les opérations de destruction (principalement liées au remboursement de prêts) alors la masse monétaire en circulation s’accroît. Inversement, si les opérations à l’origine de la destruction l’emportent sur les opérations de création alors la masse monétaire en circulation décroit.

La masse monétaire dont nous parlons ici correspond aux billets, pièces et dépôts à vue (c’est à dire l’argent que l’on peut “retirer” rapidement à la banque, celui qui n’est pas “bloqué”). Selon Wikipedia qui présente les chiffres de l’Union Européenne, cette masse monétaire (appelée M1 dans le jargon économique) pèse 4 483 Mds, dont 746 Mds en billets et 3 737 Mds en dépôts à vue. En 1997, cette masse monétaire pesait “seulement” 1 500 Mds.

Un gamin éclairé, précoce et mature.

Depuis septembre 2011–2013, le processus de création de la monnaie est au programme des premières ES (économie et social). La note de l’éducation nationale présente le sujet, mais étonnamment, elle n’aborde pas la question de intérêts, ce que faisait très bien notre gamin, décidément très éclairé.

Sources : Sciences économiques et sociales — Première ES, Science économique, la monnaie et le financement. (PDF)

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