NAPLES

Il y a des villes qui meurent plus lentement que les autres. Naples attend frénétiquement le déluge et l’éruption du Vésuve. Une agonie pleine de cheveux, de mots sur les murs, de papiers par terre mais pas dans les toilettes. Avec des pallazzo crottés, des scooters sans casques et l’urgence de vivre.

Dans la ville obscure, le piéton à l’abandon est toujours sur ses gardes. Naples n’est pas une ville de rêveur, Naples est un rêve-éveillé dont on est tiré au son des klaxons d’une vielle Fiat ou de Smarts fatigués.

Dans le Quartieri Spagnoli, la ruelles digèrent des habitants agglutinés par grappe éparses autour des étales de fruits colorés. Dans la Sanita, les derniers pans de murs sont tenus par les mecs aux regards durs et aux cheveux bien coiffés, et puis la ville disparait, avalée par la montagne.

Il faut marcher jusqu’au front de mer, respirer l’air de la baie et contempler le volcan dormant, pour se rendre compte de ne pas encore avoir vu ni l’horizon, ni la mer. Rapidement pourtant, on retournera dans le ventre grouillant de la ville se blottir contre des inconnus bruyants dans l’attente d’une pizza-frita ou d’une mozzarella en forme de gros nichons laiteux.

Dans les rues minuscules dont les dalles s’effondrent sous leur propres poids, il y a des vielles aux balcons, du linge qui pend aux fenêtres et des hôtels de fortunes pour un dieu qui n’en finit plus de décevoir. Sauf Maradona, lui n’aura jamais déçu, les poings levés le torse bombé, à la Napolitaine.

Sous le porche immense des immeubles branlant, une porte minuscule permet de pénétrer dedans. Les parties communes sont en chantier, il faut grimper des escaliers d’enfoirés qui rétrécissent en largeur et grandissent en hauteur à mesure que l’on s’approche des toits et des paraboles.

Il y a des villes qui meurent plus lentement que les autres. La vita é trop, la vita é Napoli.

Like what you read? Give Victor Coutard a round of applause.

From a quick cheer to a standing ovation, clap to show how much you enjoyed this story.