Courir, mais après quoi ?

Après avoir dressé un petit bilan sur ma pratique de la photographie dans mon dernier article Médium (que je vous invite à lire si ce n’est pas encore fait), il me paraissait intéressant de continuer la démarche. C’est donc l’heure de passer au crible une autre de mes passions qu’est le running, ou pour rester franco-français la course à pied.

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Pourquoi court-on réellement ? Après quoi court-on ?Pourquoi continuer de courir une fois qu’on a atteint son objectif ?

Ce sont les questions auxquelles je vais essayer de répondre, après avoir chaussé régulièrement mes baskets ces dernières années pour écumer les kilomètres de bitume.

Me concernant je pense que les réponses à apporter peuvent se regrouper en deux points : courir après un équilibre de vie, courir après les secondes.


Courir pour un équilibre de vie :

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Depuis tout petit le sport a toujours été pour moi un véritable exutoire. Etant quelqu’un qui intériorise énormément ses émotions, je n’ai jamais trouvé meilleure porte de sortie pour m’exprimer que le sport. J’ai d’ailleurs eu l’occasion de passer par un bon nombre de sports : karaté, tennis, kayak, escalade, wakeboard, vélo, ski (qui fera surement l’objet d’un prochain article).

Il y a 6 ans de cela, vers le milieu de ma période lycée je me suis retrouvé dans une situation où je ne pratiquais plus aucun sport. Pour différentes raisons cette période de ma vie a été très difficile pour moi, ce qui m’a amené à trouver un nouveau moyen pour extérioriser et m’exprimer. Quoi de plus simple donc, que d’enfiler une paire de basket et de partir courir à travers villes et champs. Surtout qu’à ce moment là mes cours d’EPS au lycée étaient essentiellement orientés vers l’athlétisme, et donc la course à pied. Prenant un certain plaisir lors de ces cours (en grande partie parce que je me plaçais dans le top de ma classe, a coté des footeux), je me suis dit qu’il y avait matière à s’amuser un peu tout en se défoulant.

Pendant a peu près toute ma Première et ma Terminale j’ai donc pris le rythme d’une sortie course par semaine, qui est rapidement passé à deux. Cela par n’importe quel temps, y compris sous les températures négative sque connait régulièrement Metz, allant jusqu’à trois fois lors des périodes de vacances. Le tracé pendant ces 2 ans était toujours à peu près le même 6–7 km, avec parfois des variantes allant jusqu’à 10km. L’idée n’était pas de s’améliorer sur le temps de course, mais juste de se défouler complètement et donc de s’épuiser. Autrement dit de faire ces kilomètres à fond pour dépenser le surplus d’énergie emmagasiné. Même si, au final, je pouvais bien constater que le temps passé sur ce même circuit se réduisait au fur et à mesure de mes sorties.

Avec le recul, et encore aujourd’hui, la course joue un vrai rôle de thérapie qui me permet d’équilibrer la balance de ma vie. Je pense que beaucoup d’autres coureurs y trouvent également dans cette pratique un équilibre de vie, que soit pour leur santé physique ou mentale. Il faut admettre que ce sport reste l’un des plus accessible au monde, il suffit d’une paire de chaussure et dans n’importe quel coin du monde on peut faire son footing.


Courir après les secondes :

Derrière cette course après les secondes se cache deux dimensions en réalité :

La première renvoie à l’idée de courir après le temps avant que celui-ci nous consume, la seconde à la pratique de la course lors d’une compétition sportive

  • La course en compétition :

Si je n’ai jamais pris ma licence dans un club d’athlétisme, cela ne m’a pas empêché de m’inscrire à différents types de courses il y a un peu moins de 4 ans. A l’époque c’était essentiellement dans une optique personnelle, celle d’accomplir un objectif (qu’on évoquera dans le second paragraphe). Cela commence avec les fameux cross scolaires, puis une fois entraîné dans cette dynamique on y prend goût. On se met alors à s’inscrire à une petite course de 7 km, par la suite on se dit pourquoi pas 10, voire même 15, jusqu’au jour où l’on se retrouve face à la ligne de départ d’un marathon (42,195 km).

La course c’est avant tout courir contre soit même, et non pas courir contre les autres. Toutes ces courses qu’on est amené à faire font ressortir de véritables bienfaits :

— Le premier est l’ambiance générale de la course :
Tout d’abord à l’extérieur de la course, avec le public présent et l’animation qui a lieu sur les bords. Même si chaque coureur est concentré sur sa course il reste extrêmement attentif à ce qui se passe autour de lui. S’il y a une effusion de joie dans la foule les coureurs seront d’autant plus motivés et cela va nécessairement jouer sur leur morale, et donc sur leur course. Pour mémoire, les courses les plus dures que j’ai eu à terminer ont toujours été celles où les encouragements du public étaient les moins présents. Dès le moment où notre attention n’est pas occupée par quelque chose, notre tête va pouvoir pleinement se concentrer sur ce qui se passe dans nos jambes et donc prendre conscience des douleurs physiques qu’elles sont entrain de subir.

A l’intérieur de la course on peut constater une sorte de communion entre coureurs. Tous sont là pour la même chose, courir et passer la ligne, et non pour battre son voisin de devant (ou de derrière). De ce fait il y a toujours énormément d’entraide dans les courses. Une petite tape sur l’épaule, un petit cri d’encouragement pour motiver quelqu’un en difficulté, des petits conseils distribués en pleine course…. La liste des gestes et attentions entre coureurs est longue, et pourtant cela contribue grandement à cette ambiance de course.
La course est un vrai vecteur de renconres puisqu’on se retrouve entre “passionnés”, et il est toujours plus facile de créer une relation sur la base d’un intérêt commun. En ce qui me concerne c’est sur une course que j’ai pu rencontrer une personne se trouvant dans ma promotion à l’université et qui est, aujourd’hui encore, un de mes meilleurs amis. Sans ce sujet de discussion que nous partagions, je n’aurai très certainement jamais eu l’occasion d’échanger avec lui dans la masse d’étudiants en L1 à cette époque.

— Le second attrait réside dans le dépassement de soi :

Si on se met à faire des courses c’est également pour s’affronter et se challenger soi même. A chaque fois que la ligne d’arrivée est franchie, la sentence est inévitable, et la même pour tous : celle du chronomètre ! En réalité si le chronomètre va définir notre classement, seul nous intéressera notre temps comparé au dernier réalisé sur une distance similaire. Tout le paradoxe est que nous sommes curieux de connaître ce temps, mais nous redoutons également celui-ci de peur de voir notre entrainement désavoué.

Cette emprise qu’à le chronomètre sur nous, va bien souvent, nous pousser à nous entraîner pour améliorer celui-ci lors des prochaines courses. L’enchaînement des courses va donc amener une certaine rigueur, ainsi qu’une routine dans la vie des coureurs. Au delà de l’aspect sportif, cette rigueur contribue pleinement au développement personnel. S’imposer un programme d’entrainement, ou un nombre de sorties course, va rythmer notre semaine et donner un point de repère à notre corps. Avec l’habitude et la pratique le corps sera en mesure de donner des signaux lorsque l’on s’écartera de ce point de référence (un peu de la même façon que votre estomac vous dit STOP après l’enchaînement des repas lors des fêtes de fin d’année). En créant par vous même cette obligation (morale), vous créez un besoin pour votre équilibre de vie, qui va par la suite déterminer de façon autonome votre façon de vivre : c’est bien pour cela qu’on entend souvent dire de façon un peu naïve : “la course, c’est une drogue pour moi”. Certes cela peut vous paraître exagéré, mais il faut s’imaginer une forme de dépendance, comme votre corps peut en créer envers à peu près tout et n’importe quoi.

Si j’essaye d’illustrer mes propos par une expérience personnelle à chaque fois, je pense être ici un mauvais exemple (voir même un contre-exemple. Cela va faire maintenant 4 ans que j’améliore à chaque fois mes temps, sans suivre aucun programme d’entrainement. Je pense même parfois faire ce qu’il y a de pire en matière d’entrainement, avec des formes totalement inadaptées compte tenu de mes objectifs. Ne me parlez pas de fractionné, je ne saurai même pas vous dire comment en faire un correctement... Pour autant aujourd’hui je suis en mesure de sortir un 10km en 39; le 21km en 1:38 et un 42km en 3:44 (alors qu’il y a 1 ou 2 ans on était plus vers du 42; 1:47 ; 3:47).
Concernant la régularité des sorties je suis là aussi loin d’être une référence. Pourtant lorsque j’arrive à trouver suffisamment d’excuses pour en effectuer aucune, je me rends compte qu’il manque un élément pour compléter ma semaine.

  • La course au temps qui file : Ou courir tant que c’est encore possible !

Il est essentiel de se fixer des objectifs dans sa vie, ou du moins une direction à suivre. Certains parlent de “Bucket list”, traduisez la liste des choses qu’on souhaite faire avant de mourir (à quoi bon invoquer la mort pour avoir besoin de faire des choses ?).

Faire un marathon est donc très rapidement venu s’ajouter à ma liste des idées un peu folle à faire un jour ou l’autre. Après avoir terminé son premier 10km, très vite on se dit : “pourquoi pas un jour tenter 42 ?”. Le fait d’avoir cet objectif en tête va vous permettre de progresser bien plus rapidement. Toute la difficulté étant de trouver quelque chose qui n’est pas trop facile à réaliser, ni totalement inatteignable. Pour ce qui est du Marathon, aujourd’hui beaucoup peuvent se faire en relais de 2, et parfois de 4, ce qui permet d’échelonner votre progression sur un même parcours, jusqu’à courir les 42 solo. 
Une fois que notre objectif défini il faut également pouvoir s’imposer une temporalité, afin d’éviter tomber dans un cycle de procrastination sans fin. Même si notre espérance de vie sera peut être de 150 ans d’ici 2050, le temps passe et rien n’est encore certain sur le fait de pouvoir courir un marathon à l’âge de 125 ans. Alors autant accomplir tout ce que l’on souhaite tant que l’on est dans une bonne condition physique, sans quoi plus tard notre âge sera un prétexte pour y échapper.

20 ans : 1er Marathon : En ce qui me concerne l’objectif était clair. Pouvoir faire mon premier marathon à 20 ans, qui est l’age minimum pour s’inscrire à une telle course dans les règles de la FFA. Ma recette a été plutôt simple, en 4 ans j’ai fait 4 fois le Marathon de Metz : La 1ère année, une course de 7 Km qui était organisée sur le tracé du marathon (ou je m’étais d’ailleurs très bien classé); La 2nd, le Marathon en relais à 4 (donc 10km sur le parcours) ; La 3ème, le Marathon en duo (un semi); La 4ème le marathon entier. 
Pour la petite histoire j’avais réussi à convaincre l’ami avec qui j’ai terminé le relais de s’inscrire au marathon pour l’année suivante. Pendant toute l’année précédent le marathon celui-ci s’est entraîné pour faire le marathon, alors que de mon coté j’ai eu un problème au genoux qui m’a empêché de courir les 6 à 7 mois précédent la date du marathon. Je me suis retrouvé donc face à un dilemme 3 jours avant le début du marathon. Faire le marathon sans entrainement et avec le risque de ne pas terminer à cause de mon genoux. Ou alors ne pas m’inscrire, mais échouer dans mon objectif et par la même occasion abandonner mon meilleur ami avec qui on s’était promis de faire notre premier marathon ensemble. Au final la tentation de le faire était trop grande et une fois passé la ligne d’arrivée après 3h47, on était déjà entrain de réfléchir au prochain marathon …


A la fin la question n’est donc plus de savoir pourquoi on court ? Mais quand est-ce qu’on s’arrête ? Puisque l’objectif est rempli on pourrait être tenté d’y mettre un terme et de passer à autre chose. Cependant l’homo sapiens est si bien fait, qu’une fois nos attentes comblées de nouvelles vont être crées, de sorte à ne jamais être totalement satisfait. Il faut donc laisser la place à de nouveaux défis après le marathon…
Un jour néanmoins il sera temps de dire stop pour sortir de cette zone de confort qu’on crée, et recommencer à 0 dans un autre domaine pour continuer d’apprendre. Mais quand ?

V.P