Elle souffre par ma faute

Elle souffre par ma faute et je n’y peux plus rien. Il est 3h29, elle semble endormie, mais je ne me fais pas d’illusion sur la qualité de son sommeil. Si je suis encore éveillé, c’est que je ne trouve pas le mien. J’attends, j’observe, depuis plus de six heures. Je guette sa respiration, ses mouvements. Tout ce qui pourrait me renseigner sur la manière dont elle se sent. Sur l’évolution de son mal. J’attends son éventuel réveil, pour savoir si je peux faire quelque chose pour elle.

Il y a quelques heures tout allait bien. La réalité de la situation m’échappe encore un peu, même si elle s’est ancrée bien profondément en moi déjà. Comme tout a dérapé en un instant. Quelques secondes, quelques fractions même peut-être. Pour la première fois de ma vie je n’ai pas su me contrôler. J’en ai été le premier surpris. J’en ai été le premier déçu, triste, trahi. Ca ne se pouvait pas. Pas moi. C’était une mauvaise blague. Comment me faire confiance à l’avenir ? Comment ne pas y repenser toujours, meurtri dans mon égo, ma confiance, ma maîtrise ? Peut-être que j’ai tout rêvé, ou tout exagéré. Mais je ne pense pas. Je n’en sais rien en fait. Je n’aurai jamais de certitude à ce sujet.

J’ai hurlé la bouche fermée. Frappé sur le sol de toutes mes forces, un poing après l’autre. Une fois. Deux fois. Trois fois. Je n’ai même pas réussi à m’abimer les phalanges ou les poignets. Je suis descendu crispé, la machoire serrée. La rejoindre.

Elle n’a rien dit. Rien de particulier. Elle a juste accepté les faits. Je ne sais pas si c’est ma réaction, mon désarroi, mon malaise manifeste qui l’ont poussé à ne pas remuer le couteau dans la plaie. Ou si elle a juste accepté ce fait tel qu’il était. Tout simplement. J’avais porté atteinte à son intégrité. J’allais peut-être même obscurcir considérablement son avenir. Mais elle n’a rien dit. Elle a même consenti à me dire que les torts étaient partagés. Je ne sais pas si c’était une bonne chose ou une mauvaise chose. Si une crise de sa part m’aurait apaisé, quelque part. Ou aurait rendu mon fardeau, son fardeau, plus insupportable encore.

J’étais impuissant, et j’avais du mal à l’accepter. Le mal était fait. Ce n’était pas la première fois que ça lui arrivait, m’a t’elle dit, et ça n’a fait qu’empirer mon dégoût de moi-même. Mon dégoût de lui faire subir ça une nouvelle fois, alors que je n’avais jamais envisagé que ça puisse m’arriver. Pas une seule seconde.

Elle dort et je ne dors pas. Il est déjà 5h23. Le soleil se lève, et je ne vais pas tarder à l’imiter. Dans quelques heures je partirai, elle sera encore endormie, ou plutôt sonnée, et moi je ne reviendrai peut-être jamais ici.

Mais je n’oublierai pas.

Elle a souffert par ma faute.