Pourquoi j’ai décidé ( ce matin ) d’avoir une routine quotidienne

Depuis maintenant huit mois, je ne suis plus salarié. Je travaille à mon compte en tant que photographe. Je ne vais pas m’étendre sur la partie revenus qui n’est pas vraiment le sujet de cet article et qui n’est pas forcément rose, surtout quand on ne veut pas trop faire d’alimentaire.

Pleins de choses ont motivé ce choix. L’un de ces critères dont je me suis beaucoup réjoui a clairement été le fait de gérer mon temps comme je le voulais. Après dix ans de bons et loyaux services dans différentes petites, moyennes et grosses entreprises, j’étais lassé des horaires plus ou moins fixes.

Certes mon métier n’était pas des plus éreintants — quoique mon dos et mes jambes soient d’un avis différent. Je passais la majeure partie de mon temps sur mon ordinateur, et quand je m’ennuyais ( ce qui arrivait toujours mais à des fréquences et durées très variables ) je pouvais m’occuper en surfant sur le net, ce que je ne manquais pas de faire. La chose la plus absurde quand on badge étant que parfois on a pas grand chose à faire, tout le monde le sait, et pourtant on doit quand même rester sept heures au moins devant son ordinateur tous les jours. Comme je suis légèrement hyperactif, cette partie ne m’a jamais enchantée et me rendait régulièrement dingue quand j’avais d’autres choses plus interessantes à faire ( c’est à dire souvent ).

Bref. Du coup j’étais pressé de gérer mon temps comme un grand. Je me fantasmais déjà vivant indifféremment le jour ou la nuit, au gré des boulots, des évènements et des envies. Et surtout je me voyais choisir mes activités au fil des jours au gré de mes envies et de mes énergies. Ce que j’ai fait avec un certain succès pendant plusieurs mois, ayant pas mal de commandes / projets / contrats car j’avais préparé tout ça soigneusement et le boulot ne manquait pas. Je finissais par bosser plutôt 45 ou 50 heures par semaine, mais à un rythme qui me convenait beaucoup mieux. Je me mettais à retoucher des photos à deux heures du matin si l’envie m’en prenait. Je n’avais aucun remord à regarder un épisode de série en plein milieu de la journée, reprenant le travail reposé juste après. Mes journées étaient globalement beaucoup moins stressantes, et le fait de travailler souvent le samedi et le dimanche lissait mieux cette charge de travail, pourtant plus importante que quand j’étais salarié.

Mais le boulot est venu à manquer. Horreur. J’ai dû me demander comment occuper une partie de mes journées. Quelques projets sont tombés à l’eau, ce qui n’a pas arrangé le moral. Et plus les semaines ont passé plus cette période de vide a grandi. Comme jusque là je ne manquais jamais de choses à faire, j’ai dû faire face à un problème nouveau. J’ai toujours eu besoin d’avoir la tête sous l’eau pour être productif, et tout d’un coup je me retrouvais avec seulement une heure ou deux de travail par jour. J’ai essayé de me lancer plus avant dans mes projets personnels, mais il se trouve que mon fonctionnement est simple ; si je n’ai d’obligation envers personne, j’ai beaucoup plus de mal à me motiver à mener à bien un autre projet. Moins j’ai à faire moins j’en fais même pour moi. C’est nul, mais c’est comme ça, c’est quelque chose que j’ai appris à comprendre et à plus ou moins accepter.

Plus l’ennui et ma frustration grandissaient, moins j’étais motivé dans tous les domaines. J’ai perdu peu à peu de ma curiosité à lire des longs articles, à surfer pour découvrir de nouvelles choses. J’avais arrêté graduellement le sport après mon changement de vie car j’avais du mal à ménager du temps pour cette habitude, avec ce planning chaotique. Mater des séries ou des films et lire des bouquins à longueur de journée me paraissait de plus en plus stupide, car ce sont habituellement des choses que je fais pour ventiler mon cerveau. J’ai aussi essayé de me tourner plus vers les autres, espérant qu’ils m’occuperaient et désespérant qu’ils travaillent toute la journée ou n’aient pas de boulot pour moi. J’ai voulu chercher de nouvelles passions, mais l’état végétatif récurrent dans lequel je me trouvais faisait qu’il m’était difficile de me projeter activement dans quelque chose.

Bref, je m’ennuyais et j’ai laissé cet ennui manger petit à petit toute ma motivation.

Je me suis mis aussi plus qu’avant à envier les autres. J’enviais cet ami batteur qui avait toujours l’air de savoir où il allait et mettait toute son énergie au quotidien dans l’obtention de ces buts. J’enviais cet ami guitariste qui avait l’air de s’accomoder sans difficulté ( c’est toujours ce qu’on se dit de l’extérieur du moins ) d’avoir un boulot de 6h à 14h et de répéter tout le reste du temps, et ceci depuis des années. J’enviais ce gars qui a la motivation d’aller courir tous les jours de l’année, au point que ça soit devenu un réflexe et qu’il ne se demande même plus si il en a envie. J’enviais des grands écrivains qui écrivent tant de bouquins qui me font rêver. J’enviais cet entrepreneur qui avait réussi à monter sa boite en partant de zéro avec succès, dans un domaine pas évident.

Cette semaine j’ai lu cet article sur Elon Musk sur l’excellent blog anglophone Wait But Why ? Notamment la partie 4 sur ce qui fait qu’Elon Musk est capable de monter plusieurs business fulgurants et qui vont changer notre futur ( mais genre, pour de vrai ) comme Tesla ou SpaceX dans des domaines où la concurrence est pourtant impitoyable et ancrée dans le passé depuis des décennies. Et la réponse n’est pas uniquement : parce qu’il est super balaise ( même si on va pas se mentir, ça joue ).

Déjà je vous encourage à lire cet article quand vous aurez du temps et si vous lisez l’anglais, il est incroyable. Et surtout il m’a fait me poser la question : “Qu’est ce qui m’empêche de réaliser mes buts ?”. En dehors de tout ce qui est dit dans l’article, notamment le fait de se soustraire à ses peurs et d’analyser ce qu’on veut dans la vie ainsi que les moyens d’y arriver ( enfin c’est mieux analysé, évidemment ), cet article a soulevé un autre point qui n’y est même pas évoqué mais qui m’a paru évident : si Elon Musk peut gérer plusieurs business comme les siens, qui emploient des dizaines de milliers de personnes qu’il connait quasi individuellement, et qu’il micromanage au quotidien, il y a forcément une autre raison. Surtout qu’il a aussi une famille. Et cette raison m’a sauté aux yeux car je l’avais déjà observée chez d’autres gens que j’admire : il doit avoir une routine quotidienne forte.

Cette notion de routine et de discipline a résonné dans ma tête. C’est l’ultime point commun de tous les gens que j’admire, sauf peut-être de rares exceptions. Dans “On Writing” Stephen King explique si ma mémoire est bonne qu’il lui faut écrire tous les jours. Pas quand l’envie l’en prend. Pas quand ça marche bien. Tous les jours. Mon ami batteur fait de l’exercice physique et de la batterie régulièrement. Mon ami guitariste qui court tous les jours entre son boulot et ses répetitions sans se poser de questions en a fait sa routine et ne laisse pas son cerveau s’en mêler. Et je sais que c’est une des clés pour avancer. Ma gestion “à l’envie” était très bien quand j’avais plusieurs tâches qui me motivaient à gérer en parallèle. Mais une fois la pression passée, elle est totalement inefficace. Car l’envie chez moi est un cercle soit vicieux soit vertueux — et je soupçonne que ça soit le cas chez beaucoup de monde. Plus j’en fais et plus j’en fais. Moins j’en fais et moins j’en fais. Quand je faisais du sport tous les jours il y a deux ans, je ne me posais plus la question de savoir si j’en avais envie. Je le faisais. Et le jour où j’ai laissé filer ça pendant 2 semaines, j’avais perdu la motivation car j’ai commencé à me demander si j’en avais vraiment envie. Personne, s’il prend le temps de se poser la question, n’a tout le temps envie d’aller courir quand il pleut ou qu’il fait 40 degrés. C’est en général après qu’on est content de l’avoir fait.

Du coup j’ai pris un bout de papier et un stylo, j’ai réfléchi aux domaines dans lesquels je voulais avancer en ce moment, et aux choses qui me font toujours du bien quand je les fais ( ou presque toujours ). Et j’ai décidé d’en faire ma routine quotidienne. Bien sûr rien ne m’empêche de la faire évoluer si je me rends compte qu’elle est inefficace ou que des choses ne me font pas avancer comme je l’espérais. Mais l’idée est de l’appliquer telle qu’elle est à un instant t, sans jamais remettre cette application en question.

En tout cas je commence aujourd’hui. On verra où ça me mène.