L’immobilier était sous-représenté au VivaTech. Quelles conclusions en tirer?

Le VivaTech a été annoncé comme l’un des plus gros salons de la technologie française, voire européenne. 60 000 visiteurs en 3 jours, plus de 6000 startups présentes et des têtes d’affiche comme Daniel Zhang, Eric Schmidt ou John Collison. Le président Emmanuel Macron est aussi venu faire un discours jeudi, pour valoriser les startups, valoriser l’écosystème français et annoncer son ambition pour le pays.

Au milieu de tout ça, chez Immobilier 2.0, on a cherché les innovations liées à l’immobilier. L’immobilier, c’est la deuxième thématique la plus recherchée sur Google; cela représente un sixième de la valeur créée sur les 30 dernières années. Où était ce secteur? Pourquoi y avait-il si peu de startups et de pitchs? Retour sur un enjeu essentiel pour l’immobilier et la tech française dans les années à venir.

Le VivaTech va-t-il devenir le CES européen?

C’est ce qu’a affirmé Emmanuel Macron. L’objectif est de devenir le nouveau CES : « L’année prochaine, il faut que ce soit encore davantage. Je vous lance le défi de devenir le nouveau CES, je veux qu’ici à Paris, vous réussissiez à créer le rendez-vous international de l’entrepreneuriat, et de l’innovation dans le monde.»

Un défi qui paraît ambitieux, mais atteignable. Avec de grands noms comme Eric Schmidt (Google), Daniel Zhang (Alibaba), John Collison (Stripe), David Kenny (IBM, Watson), Jeff Immelt (General Electric), John Chambers (Cisco) ou Oliver Samwer (Rocket Internet), le VivaTech réussit déjà le pari de faire venir du beau monde. Derrière cet événement, et notamment la force de frappe de sa communication cette année, se cachent les nouvelles ambitions politiques françaises dans le digital. Et notre président n’a pas manqué de formules pour le signaler :

« Les Français l’ont décidé le 7 mai. La France sera le pays leader de l’hyper-innovation »,
« La France est en train de devenir la nation des startups. Elle doit réussir ce pari. »,
« Je veux aussi que ce soit un pays des licornes, de grands groupes nouveaux, le pays des géants de demain! ».

Une ligne directrice claire et forte : faire de la France un pays d’entrepreneurs et de créateurs de licornes (entreprises valorisées à plus d’un milliard de dollars). L’immobilier devrait être l’un des premiers secteurs, puisque le taux d’investissement dans ses activités est de 87 % en France, soit quatre fois celui des autres activités de services.

Il y a déjà eu plusieurs licornes immobilières, mais pas en France, ni en Europe. Pour cela, il faut des investisseurs et des grands groupes derrière. C’est d’ailleurs ce qu’a bien compris le VivaTech, qui a organisé ses corners autour des grandes entreprises.

En effet, il y avait des espaces dédiés à chaque secteur de disruption. LVMH regroupait les initiatives autour du luxe, BNP Paribas autour de la FinTech (innovations dans la finance), RATP autour de la mobilité, Sanofi, la HealthTech (technologie concernant la santé), etc. L’immobilier est la première dépense des ménages français devant toutes celles citées précédemment. Où était le corner dédié à ce secteur?

L’immobilier sous-représenté au Vivatech

Il n’y avait pas de corner dédié à l’immobilier. Cependant, des startups plus ou moins proches du secteur étaient présentes. Tout d’abord, du côté de la ville durable, corner sponsorisé par Bouygues Construction, on a pu voir des startups connues chez Immobilier 2.0 :

  • Solen, qui mesure le taux d’ensoleillement des biens;
  • Cybeb, qui construit des biens grâce à l’impression 3D;
  • Get Your Space, qui cartographie l’environnement urbain;
  • ou encore Realiz3D, qui fait des virtualisations 3D en temps réel de bâtiments et de logements.

Le reste du corner était plutôt dédié à la construction, à la SmartCity (Wattway, Citybox) ou à la vie en communauté (Smiile, Citybox).

Sur le salon, on pouvait trouver d’autres startups plus ou moins proches du secteur. Il y avait des initiatives autour de la gestion des parkings comme Parking Facile, ParkMatch ou Parkery et des initiatives autour du coworking comme Coworking.io, Coworkees, Welcome at Work ou encore Bureaux à partager. Sous les fraises aussi était présent pour réinventer les espaces urbains et certains espaces de travail.

Quelques startups parsemées à différents endroits. Pas d’axe fort. Les initiatives existent, mais sont éparpillées. Les startups du secteur immobilier n’étaient pas faciles à trouver.

Et du côté des conférences, c’était pire. Aucune sur les « stages » principaux et une seule en 3 jours sur un stand partenaire. On a donc malgré tout eu la chance de retrouver des startups innovantes dédiées à l’immobilier au cours d’une table ronde de 45 minutes, organisée par Les Echos et Le Parisien.

Homeloop, MaSmartHome, InSitio et Spotmyflat ont échangé sur les changements profonds que connaît le marché immobilier en France et dans le monde. Ouf! Mais 1 conférence sur 250 annoncées, ça ne fait pas lourd pour un secteur comme l’immobilier…

On a tout de même eu le droit à quelques « talks » sur les smart buildings, la smart city et la smart home, le vendredi. Mais cela amène une question : l’immobilier est-il à ce point sous-représenté dans l’univers des startups et de l’innovation? C’est difficile à croire quand 1,6 million de Français consultent un site immobilier chaque jour!

Le secteur de la PropTech et de la Real Estate Tech s’organise

En 2016, 4 licornes ont vu le jour dans l’immobilier, aux États-Unis et en Chine. Du côté européen, on voit naître des initiatives regroupant des dizaines de startups autour de la PropTech (le terme choisi pour représenter la tech dans le secteur immobilier) en Angleterre, en Espagne et en Allemagne, notamment. En France aussi.

Deux incubateurs parisiens ont un pôle dédié au secteur immobilier : Impulse Partners et Paris&Co. Ce dernier a d’ailleurs dévoilé sa nouvelle promo de startups, dédiée à « l’immobilier de demain » la semaine dernière. Au SIATI et au MIPIM (2 salons réputés dans le secteur immobilier), l’innovation et les concours de startups prennent de plus en plus de place. Un salon est même consacré à la nouvelle technologie et l’immobilier (le RENT, qui a lieu tous les ans à Paris) et s’est lancé en Belgique et en Espagne.

Des tables rondes comme celles d’Hubstone et des meetups comme ceux de Real Estech ou de Yanport se sont aussi créés dernièrement autour de ces sujets.

Dans les pays voisins, de plus en plus de salons, de conférences et de rendez-vous dédiés à la PropTech fleurissent. Nous, qui scrutons le marché de l’immobilier et des nouvelles technologies depuis presque 10 ans maintenant, nous voyons une forte accélération de l’innovation immobilière au niveau international.

Alors pourquoi, dans un salon dédié aux nouvelles technologies avec de telles ambitions, ne voit-on pas un corner consacré à l’immobilier?

Tout d’abord, le mouvement est plus récent en Europe. Cela fait seulement quelques mois que l’on voit fleurir des initiatives organisées. Ensuite, un seul fond de capital-risque dédié à l’innovation dans l’immobilier existe aujourd’hui en Europe, et il est anglais. Il s’agit de Fifth Wall Ventures, qui a sécurisé 212 millions de livres au début de l’année. Sans investisseurs de ce type, le secteur ne pourra pas financer de licornes. Sauf à regarder du côté des professionnels et des industriels, on note évidemment un rapprochement entre ces groupes et les startups.

Des incubateurs comme La Maison des Start-Up (Icade) ou UR Link (Unibail-Rodamco) en sont des exemples. Nexity a créé un lab en interne pour mettre en place des tests d’innovations grandeur nature. Bouygues a même lancé son propre fonds d’amorçage pour les startups (BIRD). Initiatives intéressantes pour soutenir l’innovation.

Toutefois, les startups accompagnées sont des entreprises qui apportent de la valeur aux grands groupes (maquettes 3D, réalité virtuelle, gestion des données, de l’énergie, des espaces communs, etc.). Il paraît normal que ces derniers ne financent pas la disruption totale de leur métier, les fameuses licornes. Il aurait en effet été difficile d’imaginer Carrefour inviter Amazon sur son corner pour en faire la promotion… Mais on a vu le mal qu’a fait Amazon à la vente au détail. Il faut donc créer un écosystème cohérent et sain pour innover dans l’immobilier français.

La tech immobilière doit s’organiser

La France est en concurrence avec la scène internationale. Sur les dernières semaines, on a vu des startups comme YOPA, une startup anglaise qui a levé 15 millions de livres, venir sur le marché français pour tenter de disrupter les agences immobilières. On a aussi entendu Hemverket, qui a levé en juin 2016 un montant resté secret, annoncer son arrivée en France, avec sa solution d’enchères immobilières. On espère donc un sursaut des initiatives françaises.

À l’heure où la technologie fait tomber de nombreuses barrières, l’immobilier devient un marché mondial. Le VivaTech est une vitrine de ces changements profonds. Si l’objectif est que la France soit un pays qui crée des licornes, si l’envie est que la France garde ses parts de marchés sur le secteur immobilier, il faut que ce dernier s’organise. Il est temps de prendre en considération l’importance de l’innovation technologique autant que les nouvelles habitudes de consommation dans l’immobilier. Espérons que l’année prochaine, un corner fasse briller les professionnels et les entrepreneurs du secteur. L’heure est à l’immobilier. La France doit entrer dans la course.

Like what you read? Give Vincent Lecamus a round of applause.

From a quick cheer to a standing ovation, clap to show how much you enjoyed this story.