Une expérience
de la musique

ou l’histoire d’une valeur perçue.

Il y a quelques jours j’écrivais un article intitulé “La valeur de la musique”.
Le titre n’était probablement pas bien choisi puisque j’y listais les facteurs qui,
pour moi, donnaient de la valeur aux supports musicaux
et non à la musique en tant que telle.

Suite à certaines critiques, j’ai décidé de ré-écrire cet article, en le rendant moins technique, et plus personnel, pour y décrire ma propre expérience avec la musique enregistrée, depuis mon enfance.


1987

-Mon père : “Fais bien attention à ne pas rayer le disque en mettant le diamant dessus hein…”
-Moi : “Wow, un diamant, mais alors ça vaut super cher ? ”
-Mon père : “C’est un tout petit diamant… non attends, ne mets pas tes doigts sur le disque, regarde…”
Il plaçât habillement le bras de la platine au dessus du disque qui tournait, on entendit un petit craquement et le son envahit la pièce.

Mon père venait de m’expliquer comment utiliser la platine vinyl du salon, que lui et ma mère appelaient alors “tourne-disque”.

A ce moment là, mon disque préféré était une compilation de morceaux plutôt dansants et inclassables et mon morceau préféré, El Bimbo (Jumbo jet), une sorte de dance instrumentale moitié hippie et relativement ibérique des années 70.

J’ai eu le bonheur de découvrir la chorégraphie de ce merveilleux morceau, en écrivant cet article.

Mes parents n’étaient pas spécialement amateurs de musique mais possédaient tout de même quelques classiques, que je n’aimais guerre (notamment Brel et Gainsbourg qui sonnaient faux et que je trouvais tristes).

Par contre j’adorais My Lady d’Arbanville (Cat Stevens). J’ai mis du temps à admettre que Cat Stevens puisse être un nom ! A quoi pouvait bien ressembler un mec qui s’appelle Chat ? Ces chansons n’avait d’autre visage que celui de la pochette du disque. Je me souviens avoir trouvée l’illustration triste et réconfortante à la fois.

Cat Stevens — Tea for the Tillerman

Ma mère avait aussi une compilation sur cassette qu’elle faisait tourner en boucle sur le poste de sa Renault 5. Je l’aimais bien parceque certains morceaux me donnait envie de danser comme Boum Boum (The Animals) ou Yeh Yeh (Georgie Fame). Un autre morceau de cette compilation m’a marqué, il s’agit de Sag Warum (Camillo), je crois que c’était la première fois que j’entendais de l’allemand. J’avais l’impression d’entendre un mec se moucher dans un kleenex tout molletonné et étrangement, j’appréciais.

1992

Je n’ai pas le souvenir de ma première utilisation d’une cassette audio, (si ce n’est Jump de Kris Kross) mais je me souviens avoir reçu un combi CD-K7 au noël de mes 10 ans. Je me souviens parfaitement de sa forme futuriste, de son clapet motorisé, de son double lecteur de cassettes sur le dessus, un véritable bijou, et clairement l’objet le plus précieux que je possédais !

Mon combi CD-k7 Sanyo

J’étais ainsi le premier membre de la famille a posséder un lecteur CD et me souviens que ma mère était ébahi par ces objets futuristes.
La même phrase revenait : “attention, ne mets pas tes doigts dessus hein.”, comme avec les disques vinyl ou les photos de vacances.

Un ami de mes parents leur avait offert des CD sans savoir qu’ils ne possédaient pas de platine. En leur empruntant, j’ai pu découvrir que j’appréciais Ray Charles, David Mc Williams et Procol Harum, mais que je détestais Françoise Hardy et le Jazz.

1993

Benny B — L’album

Je me fis offrir mon premier CD par ma grand-mère. Je lui avais demandé Benny B, le fameux groupe de rap belge en vogue dans les collèges de jadis ! Non seulement la pochette présentait 3 mecs super cools qui portait des Air Max et des coupes de cheveux improbables, mais l’objet, le CD en lui même, me fascinait, comme s’il était sorti d’un roman de science fiction.

Le véritable évènement fut celui-ci : Mon cousin me prêta la cassette des Guns n’ Roses, Use your illusion II.

Guns n’ Roses — Use your illusion II

Civil war, le premier morceau, commençant avec une balade, jusqu’à que ce que Slash appuie férocement sur la distort, m’avait tout simplement scotché. J’adorais la voix d’Axl, les riffs et balades de Slash et me souviens avoir été désolé de ne pas comprendre l’illustration de la pochette.

Les photos du groupe, à l’intérieur me fascinaient, c’était des vrais loubards les mecs avec leurs t-shirts dégueus, leur air bourré H24 et la façon dont ils plaçait les mains sur leurs jambes, le pouce à l’intérieur des poches de leur jeans déchirés. Slash avait même des bracelets en cuir avec des clous, Duff, une chaîne en metal cadenassée autour du cou… C’était autre chose que Benny B bordel ! Ma mère m’a dit un jour : “Avec la musique que t’écoutes, un jour tu vas nous ramener une fille aux cheveux verts !”.

Je faisais tourner la cassette en boucle (grace à l’auto-reverse) et avait calé mon passage préféré (l’invective d’Axl aux journalistes musicaux dans Get in the Ring) pour ma prochaine écoute. Une mauvaise manipulation me fit enregistrer un sketch de Rire&Chansons par dessus ce passage ! Non seulement je dû racheter la cassette à mon cousin sur mon argent de poche, mais je gardais une copie “souillée” qui plus est, sur mon passage favori (si encore j’avais écrasé l’infâme My World, mais non).

Je découvris ainsi que certaines cassettes n’étaient pas protégées en écriture et ce à cause de petites pattes de plastique situées sur leur tranche… c’était le coût de l’expérience.

1994

Michael Jackson — Dangerous

Mon second CD fut Dangerous (Michael Jackson). En dehors des hymnes cultes qu’il contenait, c’était la pochette qui me fascinait. Non seulement l’artwork était sublime, mais les paroles me permettaient d’accompagner Michael à tue-tête… et accessoirement d’apprendre l’anglais ! J’y retrouvais également Kris Kross, dans l’intro de Black or White… Un crossover que je trouvais fascinant, je me demandais comment avait pu se passer l’entrevue entre les deux rappeurs et l’idôle.

J’eu ensuite un baladeur et vint ma période “compil”. Je me servais de mon combi pour enregistrer des morceaux que j’aimais, souvent glanés à la radio, en prenant soin de couper le jingle et de ne pas couper le morceau au moment du changement de face ! Je me souviens des crises de nerfs que je piquais, la télécommande à la main et le manuel du combi dans l’autre ! Lorsqu’enfin la cassette était enregistrée — et cela prenait parfois des semaines, à attendre que tel ou tel morceau passe à la radio — je l’écoutais avec fierté comme si j’en étais le producteur. J’essayais même d’ajouter mes intros, enregistrés avec un micro à 20 francs et ma voix d’ado pré-pubère, à la manière des animateurs radio que j’adulais (mais que j’imitais très mal… ces documents très compromettants ont bien sûr été détruits depuis !).

Je dépensais ainsi mon argent de poche (20 francs par semaine) dans les cassettes vierges. Celles que je préférais étaient les D120 de TDK qui permettaient 2h d’enregistrement. Malheureusement, je découvris à mes dépends que ce format possédait également la bande la plus fragile du marché.

1995

Une vieille tante (paix à son âme) me demanda ce que je voulais pour mon anniversaire. Je lui répondis “le Black album de Metallica”.

Metallica — Metallica

J’avais entendu Enter sandman sur mon émission de radio préférée (Fun fait du bruit, le dimanche soir, sur Fun radio… et oui !) et trouvais le morceau parfaitement envoûtant ! Ce disque fut un bouleversement. Je n’ai quasiment plus rien écouté d’autre pendant 1 an, gravant à jamais ses airs dans ma tête mais également dans celle de mon petit frère qui subissait.

D’autant que le combi me permettait de me réveiller (et donc de réveiller mon frère) en l’écoutant. Le matin, vers 7h30, une seconde avant que la lecture ne commence, j’entendais le combi s’allumer et le CD qui amorçait sa rotation sur le plateau. C’est ce bruit qui me sortait du lit, avant même d’entendre le riff le plus connu de l’histoire du métal.

1996

Les échanges de CD entre copains me permettaient d’élargir un peu ma culture musicale, et surtout du hard rock et du grunge (notamment Iron Maiden, Nirvana…).

Offspring — Smash

Et si je copiais tous les CD que l’on me prêtait sur K7, je rêvais de pouvoir aligner sur mon étagère, toutes leur tranches, comme le faisait les amis de mes parents. Au lieu de ça, j’avais des boîtes à chaussures, remplies de cassettes enregistrées aux labels manuscrits.

Un voyage à Malte contribua également à me faire découvrir quelques artistes. Les marchés de La Vallette, regorgeaient de copies pirates vendues à bon prix. J’y dépensais tout l’argent que j’avais économisé pour ces vacances et découvrais ainsi White Zombie, Slayer et Offspring, dont le “You stupid dumb-shit god-damn motherfucker” (bad habit) révolutionna ma façon d’apprendre l’anglais. Très honnètement, les gémissements de Sean Yseult ne me laissaient pas indifférents non plus. Quant au riffs de Slayer (sur l’album Live Undead), ils me firent entrevoir une nouvelle orientation dans mon amour du metal (autrefois appelé hard-rock).

1997

Lorsque les cours finissaient tôt, il m’arrivait d’aller à la FNAC Bastille (aujourd’hui, un Club Med Gym), écoutant parfois l’un des 6 CD des bornes d’écoute, en entier dans le casque souvent trop grand. Mon argent de poche ayant augmenté, je m’autorisais parfois à en acheter un ou deux. Parmi ceux de cette époque, Slash Snakepit, Eels, Pantera, Sepultura et Metallica bien sûr. Je dépiotais leur emballage pour découvrir les livrets, dans le métro, sur le chemin pour rentrer chez moi.

Nirvana — In Utero

Parfois j’achetais le CD pour 2 ou 3 morceaux mais au fond, c’était aussi pour le plaisir de la collection, pour ajouter quelque 9mm de tranche de CD à mon étagère. Je les collectionnais, comme on collectionnait des images Panini, et j’attribuais des valeurs particulières à ceux dont les illustrations me faisaient rêver. Et les groupes de Rock rivalisaient de créativité quant aux illustrations et aux identités de leurs albums. La pochette d’In Utero me faisait carrément flipper, et je me demandais comment on pouvait être assez tordu pour vouloir cette illustration sur son album… quand j’ai entendu Tourette’s, j’ai compris et j’ai adoré. Ce Kurt était bien enervé et son attitude parlait à mon mal-être d’ado boutonneux.

1998

Ce qui révolutionna en premier ma façon de consommer de la musique, fut la démocratisation des graveurs de CD. Une poignée d’élèves du lycée en possédait et vendait des copies et des compils entre 25 et 50 francs. Je multipliais ma collection par deux en moins d’un an. Pour chaque copie, j’essayais de re-créer la pochette originale dans l’imprimante de la maison. A 16 ans donc, je possédais ainsi l’intégrale de Metallica, mon groupe préféré d’alors. Le plaisir procuré par ces CD était pernicieux, d’un côté j’agrandissais ma collection, et je faisais quelque chose d’interdit, mais de l’autre j’étais bien conscient que ces CD et leur pochette n’étaient pas des originaux. Leur valeur à mes yeux commença à décroître. Par ailleurs, je consacrais moins de temps qu’auparavent à leur écoute, passant de l’un à l’autre plus rapidement.

Je créais tout de même des compilations de meilleure qualité, que je lisais sur mon nouveau baladeur Panasonic ultra plat, dont l’esthétique n’avait d’égale que la fragilité. Au prix des CD copiés, je me risquais même à acheter des artistes que je ne connaissais pas mais dont le nom me plaisait ou dont j’avais entendu parler (Alice in Chains, Nine Inch Nails, Deep Purple, Led Zeppelin, Alice Cooper, Aerosmith…).

Je me souviens avec nostalgie des matins d’hiver, il faisait encore nuit et je partais pour le lycée armé de mon baladeur en écoutant l’une de mes dernières compil’ mythique : Stories (Therapy?), Lie to me (Silverchair), Lounge Act, Tourette’s (Nirvana), Born Dead (BodyCount), A girl like you (Edwin collins), My friend of Misery, Sanitarium, Master of Puppets (Metallica),…
Le plus incroyable étant que je me souvienne encore de ce track-listing !

Je découvris également Live, Rammstein, Union 13, Bush et Matchbox 20, lors d’un voyage d’échange aux états-unis. Ils vinrent s’ajouter à ma collection.

1999

La révolution suivante fut celle du MP3. Un ami, geek de la première heure, me le fit découvrir. Je fus abasourdi. Une qualité quasi équivalente à celle du CD dans un simple fichier de 4Mo, ce qui permettait de graver l’intégrale d’un artiste sur un CD et non plus 74 minutes de musique. Je résonnais encore en CD à l’époque mais très vite, je compris que les véritables avantages de ce nouveau format allaient être sa facilité d’échange sur Internet, l’abandon de l’espace physique nécessaire au stockage de musique, la création de playlists variées (et non plus de compilations limitées en durée) ainsi que la gestion simplifiée puisqu’informatisée d’une bibliothèque virtuelle sans réelle limite d’espace (les disques durs de cette époque atteignaient les 10 Go, soit l’équivalent de 2000 morceaux).

Le premier CD rempli de MP3 qu’on me donna contenait une compilation de tubes rock allant de Toto à Statovarius en passant par U2 et Radiohead (que je n’appréciais pas encore). Un seul CD contenait autant (si ce ne sont plus) de morceaux que toute mon étagère.

J’avais 17 ans, et la musique était devenue bien plus qu’une passion. C’était même mon principal sujet de conversation. Tryo, Sergent Garcia, Matmatah, Manu Chao et Zebda furent les stars de mon été. C’était aussi la première fois depuis longtemps que je m’ouvrais à de nouveaux styles musicaux.

2000

Napster

Moins d’un an après, Napster fit son apparition, permettant de télécharger illégalement bien sûr, et gratuitement, n’importe quel morceau. Ô joie ! Qui se souciait de la légalité sur un réseau qui avait encouragé depuis sa création le copyleft ? Qui allait dénigrer la gratuité des morceaux quand elle était synonyme d’économies substantielles d’argent de poche pour nous, les adolescents de l’an 2000 ? Les nouvelles problématiques devenaient l’espace de stockage et la rapidité du réseau. Notre argent de poche, au lieu d’aller grossir les poches de la FNAC, enrichissait maintenant les vendeurs de disques durs et de systèmes audio pour PC.

WinAmp 2

En quelques mois, mon vieux et fidèle combi fut relayé au rang d’antiquité et je zappais d’une chanson à une autre, d’un artiste à un autre sur Winamp, oubliant ma coûteuse collection de CD sur son étagère.

J’étais heureux, je faisais grandir ma collection et ma culture musicale, je commençais à comprendre ce qu’étaient les influences ou les courants.

2014

Les 14 dernières années m’ont permis de découvrir de très nombreux groupes et à 32 ans, je possède une bibliothèque musicale qui aurait fait pâlir n’importe quel collectionneur des années 80… et je ne suis ni le seul, ni le pire !

Sur mes 40000 morceaux, il y en a 8000 que je n’ai jamais écouté, et je n’attribue de valeur, qu’aux morceaux qui me plaisent vraiment, ceux que je ré-écoute souvent et qui ont gagné leurs lettres de noblesses de par leur intemporalité.

Je dis souvent que j’adore la musique, parce que j’en consomme beaucoup mais quand on me demande ce que j’aime, je suis incapable de répondre tellement j’écoute de styles et d’artistes différents.

Je ne télécharge plus de morceaux uniques mais des intégrales entières d’artistes, consommant massivement la musique, oubliant même parfois que j’ai téléchargé tel ou tel album et ainsi oubliant l’existence d’un artiste aussi vite que j’en ai fait la connaissance. Je stocke de la musique comme un collectionneur frénétique, et je l’écoute en “random”, passant d’un style à l’autre sans y faire attention.

Elle est très loin l’époque, où je connaissais par coeur le track-listing de tous les albums de Metallica, où je téléchargeais en 33,4kbps, des photos de mes groupes préférés que je stockais sur disquette, où j’allais écouter des disques à la FNAC…

Aujourd’hui, je n’ai plus de lecteur de cassette, il m’arrive de lire des CD dans ma platine DVD de salon et j’ai une platine vinyl (en mauvais état).

L’argent que je dépensais en disques, va aujourd’hui au matériel (ampli, enceintes, casques…), à l’achat de quelques morceaux sur iTunes, et à l’achat de rares disques vinyl. D’ailleurs je n’achète dans ce format, que des valeurs sûres (beaucoup d’albums de ma jeunesse ou d’avant, re-pressés).

Je fréquente plus les concerts (évidemment, à 14 ans, quand on connait 3 groupes, on ne va pas encore beaucoup en live), mais suis souvent déçu par la qualité du son ou par l’absence de jeu de scène des groupes.

La musique était un luxe, elle est presque devenue banale.

Bien sûr certains artistes me font encore vibrer et chaque belle découverte est un plaisir. Mais à l’époque, je savourais ce plaisir et j’usais mes CD jusqu’à la corde, aujourd’hui, le plaisir est gratuit, limite blasant.


“Mon dieu, quel rabat-joie, la musique c’est formidable non ? Et puis si t’es pas content, t’as qu’à acheter des CD et arrêter de nous faire chier avec tes élucubrations.”

Bien sûr que la musique est formidable, bien sûr que la musique numérique c’est génial, bien sûr que je suis heureux de pouvoir écouter ce que je veux, quand je veux, où je veux. Bien sûr que certains artistes me filent des frissons et même en MP3 ! Et j’en viens à cette conclusion :

Non la musique numérique (malgré une perte en qualité de reproduction) n’a pas tué la musique ! Elle l’a même rendue plus accessible, démocratisé, à tous points de vue.

Créer une playlist pour une soirée est devenu un jeu d’enfant et cela nous donne un contrôle sur la musique, que nous n’avions pas auparavant. iTunes, son mode Genius et ses playlists intelligentes simplifient aussi la gestion de notre bibliothèque et ainsi,

dire que l’experience d’utilisation des supports physiques
créait une relation plus riche avec la musique est un avis très personnel lié à ma propre passion pour les produits technologiques.

En lisant ce qui a précédé, vous avez compris que je n’ai jamais pu séparer complètement le fond et la forme du morceau, sa forme étant pour moi son support.

Et aujourd’hui je pense que certains apprécient d’autant plus la musique, qu’ils apprécient les interfaces qui leur permettent de l’écouter (qu’il s’agisse d’une interface matérielle ou logicielle).

Par contre, je maintiens que le temps (et l’argent de poche) que j’y consacrais dans les nineties (de l’achat à l’écoute, jusqu’au rachat d’un nouvel album) avait un rôle dans la valeur que j’attribuais à ma collection de CD.

Et lorsque je parlais de la perte de valeur de la musique dans mon premier article, j’oubliais que nos bibliothèques de fichiers ont elles aussi de la valeur puisque pour beaucoup d’entre nous, ce sont les seuls supports que nous avons, et avons mis de nombreuses années à les constituer et à les organiser.

Alors si je suis un nostalgique du support physique, du spin-in et du spin-out, du bouton Eject, des craquelures du vinyl ou encore de l’auto-reverse, il ne tient qu’à moi de faire évoluer ma consommation vers un matériel physique dont l’utilisation me satisfait mais de ne pas généraliser à tous les mélomanes dont chacun a ses habitudes et expériences.


Alors oui, je suis peut-être aller chercher midi à quatorze heure en essayant de rechercher les causes de la chute des ventes de musique. L’accès facilisé à la musique est, comme me l’ont dit certain, l’évolution naturelle d’une société évoluant techniquement. Son mode de consommation a donc évolué logiquement. La quantité de solutions de lecture disponibles (formats compressés ou pas, plateformes de streaming, enceintes Bluetooth, amplis Hi-Fi et Home Cinéma, players logiciels ou matériels,…) n’a d’égale que la multiplicité des pratiques des utilisateurs.

Je reste toutefois convaincu que l’expérience du consommateur est créatrice de valeur et c’est à mon sens ce qu’a compris Apple lorsqu’est sorti l’iPod, il y a plus de 10 ans, avec son interface révolutionnaire.

Cependant, on a vu des jeunes sans le sous, se délecter de l’écoute de leurs artistes préférés sur clefs-usb MP3, une interface pourtant bien déplorable…

On peut donc dire que chacun attribue une valeur différente au support et à l’interface d’écoute (qu’elle soit logicielle ou matèrielle). Cette valeur est variable en fonction de l’appétence du mélomane pour la technologie et pour la collection.

Collectionner et classer, un ajout de valeur personnel.

Cette valeur reste dans tous les cas, bien inférieure à celle que le mélomane attribue à la musique en elle-même… et à moins que l’on doive, dans le futur, pédaler pour extraire le son d’un support, elle le restera.