Aimer la vie

Le moral remonte, la force de vie l’a emporté sur la force de mort comme le lui annonçait le rêve qu’elle a fait juste avant son deuxième rendez-vous chez le psychiatre : en marche au milieu d’une étrange caravane, guidée par un homme qu’elle ne reconnaît pas, elle s’est retrouvée devant un paysage inondé, des villages évoquant la campagne de ses vacances d’enfance totalement submergés. Sa première réaction a été : « faisons demi-tour, on ne passera pas ». Mais le guide d’une voix ferme l’a forcée à s’aventurer dans ces marécages et ils sont passés de l’autre côté.

Depuis, l’augmentation de la posologie des antidépresseurs ainsi que la découverte de l’hypnose humaniste a déjà nettement élevé son niveau d’énergie et modifié son regard sur la vie. Là où elle ne voyait qu’une impasse, elle voit à nouveau des solutions, des occasions d’avancer, de progresser, d’agir sur le monde. Peu importe où elle travaillera l’année prochaine, elle sait qu’elle a désormais les outils pour retrouver son énergie et son pouvoir d’agir, qu’elle pourra affronter le monde et ses collègues, la tête haute, pour peu qu’elle y consacre tout le temps nécessaire dans les prochains mois de précieuse liberté.

Le rêve de cette nuit était encore riche de significations : elle était dans la maison de son adolescence et un collègue s’y était installé et l’occupait avec un sans-gêne insupportable, entrant dans sa chambre alors qu’elle dormait, pour y chercher à manger dans le frigo, régentant toute la maison comme s’il en était le propriétaire. Elle souhaitait ardemment le retour de son père pour mettre de l’ordre à tout cela et jeter l’importun dehors. Dehors justement se déroulait une scène étrange où des enfants détruisaient de la laine de verre qui recouvrait une sorte de labyrinthe, créant ainsi des flocons de laine de verre retombant un peu partout. Elle a comme toujours « traduit » le message venu de sa guidance intérieure : le collègue envahissant est le mental qui lui fait croire que le monde lui est extérieur et qu’elle n’a aucun pouvoir sur lui. La laine de verre représente une protection « irritante » qu’elle attribue à sa mère et qui chercherait à la couper de ce monde extérieur hostile. Mais les enfants, les parties de son inconscient, ont détruit cette protection dont ils ne voulaient pas. Ce faisant, loin de s’en débarrasser, ils l’ont incorporée, inhalant les poussières nocives. Cela rejoint l’image de son enfant intérieur anxieux qu’elle a découvert la veille en hypnose humaniste et qui avait pris l’apparence de Nelly Olson, la peste de la Petite Maison dans la prairie. Son enfant intérieur est devenu « le monstre » qu’il rejetait.

Elle a décidé de faire une cure intensive de séances d’hypnose humaniste qu’elle a trouvées sur internet et la séance de l’après-midi a été l’occasion d’une révélation encore plus marquante. Il s’agissait de rentrer en contact avec son inconscient. A dire vrai, elle n’a pas grand souvenir de la séance au cours de laquelle elle a plus ou moins somnolé. Mais elle a été très étonnée de sentir à la fin de la séance ses paupières s’ouvrir seules, presque contre sa volonté, comme si son inconscient lui disait : « maintenant, laisse-moi faire et retourne à tes affaires. » Il lui est apparu clairement à ce moment là, que son seul rôle, le seul rôle de la « petite conscience » était de faire le lien entre les différentes parties de sa psyché, de son être. Elle avait déjà compris que sa mission sur terre avait à voir avec la catégorie, l’idée platonicienne si l’on veut, d’unité, mais elle n’avait pas encore bien compris en quoi cela pouvait consister. Manifester l’unité en ce monde, c’était d’abord travailler sur la synchronisation des différentes parties de la psyché. Chacune a un rôle qui lui est propre et ne devrait pas empiéter sur celui des autres parties. Mais dans nos sociétés occidentales nous avons mis le mental et l’intellect au commandement et lui avons confié la résolution de tous nos problèmes ou presque, avec les résultats que l’on sait… Elle a donc compris la cause de cette fatigue psychologique et physique. Comme le lui montrait son rêve, le mental est un énorme consommateur d’énergie, il épuise toutes ses réserves. Il faut donc le remettre à sa place et sa place, c’est de traduire en concepts les informations apportées par les autres parties de la psyché. Il doit rester à sa place de traducteur et non se prendre pour le créateur du monde. Le créateur, c’est l’inconscient, souvent symbolisé par l’enfant intérieur. Il a le pouvoir mais pas la sagesse ; aussi peut-il se retourner contre nous, non par méchanceté mais par ignorance. Il tire son énergie de l’âme, notre féminin, qui peut lui couper les vivres pour l’empêcher de faire des bêtises (vive la dépression !). Ainsi le rôle de l’ego, notre portail de conscience, notre « petit » moi est d’unir toutes ces parties avec le sage, notre partie divine, afin que toutes puissent œuvrer à un objectif commun et juste. Ajoutons que le but du féminin, la matière, est de s’unir au masculin, la forme, pour manifester le TOUT. Le masculin est le champ des possibles de la manifestation, qui s’enrichit des apports de notre partie divine, si nous réussissons à avoir accès à elle.

Concrètement qu’est-ce que cela signifie ? C’est là qu’elle a compris que la vie pouvait être bien plus légère et facile qu’elle le croyait, qu’il était effectivement possible de lâcher prise et de faire confiance à la vie. Il existe différents moyens de faire communiquer les parties de notre être, qui sont connus depuis la nuit des temps. Tout d’abord la porte des rêves : le rôle de l’ego qui est le portail d’accès à la conscience, est de développer la capacité de se souvenir des rêves, voire de faire des rêves lucides (de préférence sans épuiser le corps donc en signifiant au mental et à l’inconscient que le repos n’est pas synonyme d’inconscience…). Ainsi l’information pourra-t-elle être transmise au mental qui la traduira en concepts, mais aussi à l’inconscient qui pourra ainsi créer de façon juste. Pour cela, le moyen de communiquer l’information est l’état de transe ou hypnotique. Ainsi quand vous êtes dans cet état au réveil où vous n’êtes pas encore tout-à-fait éveillé et que vous vous souvenez encore assez nettement de vos rêves, vous transmettez l’information de votre sage à votre inconscient. D’une certaine manière, il n’est pas nécessaire que le mental se souvienne des rêves ou les comprenne mais, le mental aime bien qu’on le tienne au courant, ainsi, il peut devenir un allié, au lieu de saboter le travail de l’inconscient par incompréhension ou jalousie ! Quid des séances d’hypnose où l’on travaille sur un objectif ? Il s’agit ici pour l’ego qui est aussi un portail de conscience ouvert sur le monde, de communiquer à l’inconscient un problème qu’il a perçu (la vie n’est pas sensée être une course d’obstacles épuisante !!!). Pour cela, il doit parler son langage, qui est métaphorique et concret. D’où le pouvoir des métaphores, des histoires, des contes… De plus, le message ne passera pas en ondes bêta (ce qui est une forme de protection pour éviter de créer toutes les pensées automatiques qui nous passent par la tête !), il faut passer en ondes alpha, l’état de transe légère, de relaxation.

Bref, comprendre que le seul rôle de l’ego est d’être un lien entre les différentes parties de la psyché pour qu’elles puissent travailler ensemble, et comprendre que pour cela, il faut ajouter la communication par l’hypnose à sa pratique des rêves lucides, lui a procuré un immense soulagement, le sentiment qu’ainsi, elle peut laisser son inconscient créer ce dont elle a besoin plutôt que de s’épuiser à chercher des solutions avec un mental qui n’est pas fait pour ça. C’est donc cela la confiance en soi et en la vie dont on lui a si souvent parlé, sans qu’elle comprenne de quoi il s’agissait ni comment y accéder.