Vivre ensemble dans sa singularité et son authenticité

Déjà 10 mois que je suis arrêtée. Depuis deux semaines, grâce à l’écoute assidue des enregistrements d’entraînement des ondes cérébrales commandés sur le site mental waves, je me sens beaucoup mieux. L’énergie revient, l’envie aussi. Les contours de ma mission de vie se dessinent peu à peu et je commence à y voir plus clair, à comprendre ce qui fait le lien entre les différents domaines de ma vie, la famille et les enfants, le travail, le couple, les passions. Comme je l’ai écrit sur un article de ma page d’écriture FB, j’ai la sensation que cette période de célibat forcé m’a permis de trouver un équilibre avec mes enfants. Ces derniers étant souples et ouverts, j’ai pu m’autoriser à être vraiment authentique avec eux, à ne rien forcer, à être moi-même avec mes points forts et mes faiblesses. C’est une forme de guérison de ma propre enfance au cours de laquelle, j’ai vite été forcée à porter le masque de la petite fille modèle, celle qui arrondit les angles aussi, pour pouvoir exister et ne pas être rejetée par mes parents. J’avais développé une peur irraisonnée du conflit, du désaccord, en raison des conséquences que cela pouvait avoir dans ma famille (claques, fessées, crises de ma mère qui s’effondrait dans son lit pendant trois jours). Toute la famille a appris à fonctionner dans le déni des dissensions, des différences, des difficultés et des drames aussi : la mort de mon petit frère est devenue un sujet tabou et aujourd’hui encore mes parents ont tendance à éviter toute conversation qui évoquent les difficultés de la vie. Leur faire accepter que je sois sous anti-dépresseurs et que j’en ai réellement besoin a été laborieux. Dire que l’on n’aime pas son métier, qu’il nous rend malheureux était quasi un sacrilège (après tout, de quoi se plaint-on quand on a de quoi manger à se faim ?)

Bref cette année m’a permis d’apprendre à exprimer mes ressentis même devant ceux qui ne voulaient pas les entendre. Et ce que je viens de comprendre, que je pressentais déjà depuis longtemps mais que je n’arrivais pas à formaliser et manifester, c’est que ma mission de vie et mon grand challenge, c’est de trouver comment rester authentique tout en vivant avec d’autres êtres dans un monde qui ne reflète pas ce que nous sommes. Il peut être tentant de se retirer du monde, dans une communauté plus proche de nos valeurs, de notre mode de fonctionnement, mais ce faisant nous maintenons la séparation et nous ne laissons pas notre propre vibration rayonner librement.

J’ai réussi ce challenge dans le cadre de la famille monoparentale, ce qui était le plus facile pour moi. Les enfants sont bien plus ouverts à l’authenticité que les adultes. Il me faut maintenant étendre le challenge à mon métier puis, et curieusement je pense que c’est ce qui viendra en dernier, au couple. Dans le monde idéal qui nous est présenté, il faudrait d’abord réussir à s’harmoniser au sein du couple pour ensuite fonder une famille. Malheureusement, pour des adultes qui n’ont pas été autorisés à être eux-mêmes et/ou qui n’ont pas été guidés pour trouver leur authenticité (car celle-ci est bien différente de l’instinct, de la spontanéité, elle n’est pas innée mais s’acquiert par un long processus de découverte), il est très difficile de parvenir à vivre à deux, dans l’intimité la plus grande tout en gardant sa singularité. Et l’horloge biologique étant ce qu’elle est, nous mettons en route les enfants bien avant d’avoir trouvé cet équilibre à deux. Pas étonnant alors qu’un couple sur deux divorce, surtout avec l’arrivée des enfants qui nous mettent souvent au défi d’être vraiment nous-mêmes. Les enfants actuels sont particulièrement forts dans l’art de mettre le doigt sur nos impostures, nos masques et plus ces derniers sont importants, plus il y a à parier que nos enfants nous mettrons au défi de les faire tomber.

La prochaine étape pour moi sera donc de reprendre le travail au sein d’un système auquel je n’adhère pas, et d’une équipe dont je ne partage pas la vision et les valeurs, en restant moi-même ET en relation avec les différents membres du système. En relation ne signifie pas faire des compromis mous, accepter ce qui n’est pas acceptable pour moi ; il ne s’agit pas non plus de partir dans une croisade aussi inutile qu’épuisante et qui ne respecterait pas la singularité de mes collègues, de mes élèves. Les deux voies se sont soldées par un échec et m’ont conduit tout droit à la dépression et à l’épuisement. Je ne veux pas exercer dans une école alternative, ou en fonder une, je veux montrer qu’il est possible d’être soi où qu’on soit. C’est un défi, pour moi qui en ai besoin, stimulant. Car j’ai appris qu’on ne peut vivre, en tout cas en ce qui me concerne, sans défi, dans une sorte de béatitude qui refuse la réalité du monde. L’ego qui nous protège, a besoin de se mettre quelque chose sous la dent. Un conte amérindien suggère qu’il existe en nous deux loups, le loup de la haine, de la cupidité et de tous les maux du monde et le loup de l’amour, de la paix. Il nous faudrait choisir de nourrir uniquement le second et laisser mourir l’autre de faim. Pourtant, j’ai appris dans la douleur que refuser l’ombre pour ne nourrir que la lumière signait mon arrêt de mort. Nous sommes les deux loups. Tuer l’un revient à tuer les deux. Notre but est de retrouver l’unité, la totalité et cela ne peut se faire que si l’on intègre la totalité de notre être. L’ombre n’est que relative. Aucune action n’a de sens moral en soi. Seule l’intention l’oriente dans un sens ou dans l’autre. Si vous tuez pour le plaisir, gratuitement ou par avidité, bien sûr que cela est condamnable. Mais si vous tuez un dangereux terroriste qui s’apprête à abattre des dizaines de personnes, alors vous supprimez la vie d’un seul pour en sauver des dizaines. A nous de nourrir correctement les deux loups et de les orienter vers les actions qui servent l’ensemble.

Hier j’ai voulu me remettre au travail pour préparer la rentrée. J’ai feuilleté les nouveaux manuels et c’était totalement soporifique. Rien de neuf, toujours la même présentation, les mêmes démarches, royalement ennuyeux. Il ne suffit pas de changer les textes et les programmes pour faire bouger les choses. Si les esprits restent coincés dans les mêmes préjugés et modes de fonctionnement, rien ne peut changer en profondeur. Pourtant la période exige un profond changement, une profonde remise en cause. Nous sommes sommés de trouver des solutions neuves. Et je crois que c’est d’abord en modifiant notre intention en profondeur pour la faire coller à notre mission de vie, que nous pouvons trouver des solutions réellement différentes. En ce qui me concerne, l’intention qui doit diriger ma façon de faire mon travail (j’ai cherché un terme neutre qui ne soit ni enseigner, ni faire cours, ni faire classe, actions qui ne collent pas avec ma mission de vie) c’est donner à chacun des outils pour mieux se connaître et peu à peu comprendre sa mission de vie, tout en restant connecté au groupe. Cela suppose que chaque heure soit différente, que la façon de vivre la classe soit différente d’un groupe à l’autre. Cela suppose de faire table rase de tous les dogmes. Ce qui ne signifie pas pour autant de ne pas avoir en tête les solutions antérieures qui peuvent nous apporter des enseignements, des pistes d’inspiration.

Je réfléchis donc aux outils que je peux mettre à disposition des élèves. En quoi la littérature peut-elle être un de ces outils ? Beaucoup pensent de façon un peu mécanique que les textes sont source d’inspiration mais se contentent souvent de rester à la surface du sens, d’adhérer aux interprétations officielles, de leur donner une connotation morale en guise de réflexion. Tout cela est superficiel. Les discours convenus n’intéressent personne. Pas plus que les interprétations alambiquées et pleines de snobisme intellectuel. La vraie question est : qu’est-ce qui dans ce texte résonne en moi, avec ma vie, avec mes interrogations physiques et métaphysiques ? Il faut aussi accepter que tout ne résonne pas. Le classicisme ne devrait pas être une valeur. Si un texte ne vous touche pas, la connaissance de son contenu n’aidera en rien à cheminer vers soi ou à vivre ensemble. Le vivre ensemble vient de ce qui est intégré en profondeur, pas de connaissances superficielles qui n’entraînent qu’une connivence de façade, agréable certes mais insuffisante pour créer un lien véritable. La culture n’est pas une valeur en soi. Ce n’est que la trace d’un ancien vivre ensemble qui a déjà disparu. Défendre à corps et à cris l’enseignement de la culture gréco-romaine sans s’interroger sur la violence de ce monde révolu, en ne mettant en avant que la culture officielle, en se délectant de façon un peu perverse des anecdotes cruelles des personnages antiques, n’est-ce pas un peu vain ? Ou alors il faudrait s’interroger sur ce qui fait qu’on est encore attiré par cette violence, par cette perversion de certains empereurs. A quoi cela renvoie-t-il en nous ? On pourrait se servir de ces textes comme support pour un travail d’introspection qui nous oblige à contacter notre propre part d’ombre… Cela demanderait beaucoup de courage et d’honnêteté. Or le monde social est un monde de masques où l’hypocrisie est valorisée au détriment de l’authenticité et de la lucidité.

Le fil rouge est donc trouvé, reste à identifier ce qui me permettra de le suivre sans le perdre tout au long de l’année. Pour cela, j’ai besoin de définir les moyens qui permettent d’accéder à une plus grande lucidité sur soi :

  • Élargir le champ de conscience en apprenant à écouter et observer tout ce qui affleure à la conscience : les pensées certes, mais aussi les émotions, les ressentis corporels. Le corps est le grand oublié du système et pourtant il est porteur d’informations essentielles. Écouter avec sa tête, son cœur et son corps.
  • Faire du lien entre l’intérieur et l’extérieur, établir des correspondances, des systèmes symboliques qui éclairent les parties restées dans l’ombre de notre psyché.
  • Comprendre notre propre symbolique pour trouver la façon de nous exprimer la plus authentique.
  • Trouver les outils qui nous relient à notre guidance intérieure, afin de trouver les solutions en nous et non d’appliquer des recettes toutes faites.
  • Créer le cadre qui permet à chacun d’expérimenter en toute sécurité physique, affective et psychologique, avec un feedback direct et dépourvu de jugement moral.

Reste à passer de la théorie à la pratique…