Le pouvoir de l’information : changement de paradigme.

L’Etat a perdu son monopole sur l’information. C’était une des grandes parties de son pouvoir d’imposer leur marche et leur direction aux esprits, ceux qui décidaient de sortir de ces rails n’allaient nul part. Il pouvait cadrer le sujet et l’angle sous lequel on l’examinait, les esprits étaient toujours libres mais uniquement dans le cadre qu’on avait déterminé. Il n’y avait pas de contrôle plus efficace pour diriger la société sur le long terme. Tous ceux qui souhaitaient apporter d’autres perspectives ou d’autres sujets n’avaient aucun moyen d’imposer ou de contredire.

Aujourd’hui ce pouvoir s’est largement déplacé. Aujourd’hui, devons-nous le rappeler, les conditions d’accès à l’espace public et les modalités de prise de parole et de construction d’un sujet ont été radicalement bouleversées par le web 2.0. Les structures qui autrefois contrôlaient les messages émis ne font plus que relayer ceux qui leur parviennent et monopolisent l’attention via d’autres canaux. Une nouvelle sociologie et une nouvelle configuration des liens entre les personnes qu’a amenée le numérique et plus particulièrement la société en réseau a libéré un potentiel d’organisation et de structuration que même l’appareil d’Etat ne peut pas concurrencer.

Mais il est illusoire de croire que ces nouvelles logiques derrière la diffusion, le traitement et l’organisation de l’information sont libres et répondent à la volonté de chacun. La circulation et l’accès à l’information sur les réseaux sociaux sont déterminées par ceux qui possèdent et gèrent ces technologies, c’est à eux que revient donc le pouvoir de l’information. Le pouvoir est donc dans les mains de ceux qui développent les technologies pour récolter, traiter et diffuser l’information. Nommons les : c’est aujourd’hui Facebook et Google qui contrôlent notre accès à l’information et qui développent les technologies pour connecter des objets et tout les aspects de notre vie à leurs réseaux. Sachant que tout aujourd’hui peut être information, ce pouvoir est omnipotent.

Il faut bien comprendre l’importance du contrôle et du traitement de l’information. Tous les domaines de notre vie, tous nos objets vont être connectés à un réseau et être contrôlés par la circulation de l’information ; nos organes et même nos cerveaux ont vocation à être connectés à des appareils externes. Mais au-delà de cette révolution technologique autour de l’information, d’un point de vue plus conceptuel, la vie elle-même peut être comprise comme la récolte et le traitement de l’information. Nous captons différentes informations par nos sens qui sont traitées par notre cerveau qui ensuite envoie des signaux aux organes et muscles pour les faire agir d’une certaine manière, ces derniers envoient également des informations au cerveau pour lui permettre d’agir. L’ADN lui même n’est qu’une énorme masse de données qui sont traitées afin de structurer des molécules pour former de la matière. L’information crée et dirige le monde, la façon dont on la traite et la diffuse sculpte la réalité.

Il est donc crucial pour l’avenir de notre société d’observer quelles nouvelles logiques d’information ces nouveaux pouvoirs installent. Ces technologies nous donnent accès à des immenses quantités d’informations mais ces informations ne sont pas de qualité, elles sont abondantes et souvent contradictoires ce qui leur enlève toute valeur et nous empêche de les utiliser pour exercer un esprit critique ou avoir un débat. Les informations sérieuses et vérifiées sont au même rang que les mensonges, les avis ou les divertissements les plus simples ; nous ne savons donc plus évaluer, choisir ou décider. En plus, quelles informations nous sont offertes est décidé par un algorithme et bientôt par une intelligence artificielle qui choisissent à notre place ce qui devrait nous intéresser. Nous allons vers une société composée uniquement de communautés hermétiques qui ne se rencontrent pas, qui décident en opacité et qui ensuite se battent contre les autres pour s’imposer. Ceci est le contraire opposé du système démocratique où le but est de discuter avec l’opposant, à partir d’informations partagées afin de trouver un compromis, au sein du même espace de débat en toute transparence. Sans ces éléments pour garantir un débat rationnel, l’exercice de l’esprit critique et de la conviction et donc de la démocratie est impossible. Nous sommes en train de perdre l’empathie nécessaire à toute société. La démocratie et la vie en commun en général, ne fonctionne que si le sentiment d’unité avec le reste de la société précède les appartenances religieuses, intellectuelles, culturelles, sociales. Uniquement si nous acceptons que parce que nous vivons dans les mêmes lieux et partageons les mêmes ressources, nous avons plus d’intérêts communs que divergents ; tout autre conception ne peut viser qu’à la volonté de détruire les autres groupes.

Le but n’est pas de dire que ces technologies sont notre perte et qu’il faut s’en débarrasser, les opportunités qu’elles présentent sont énormes et vont dans le sens du progrès pour tous. La révolution technologique a lieu, la suprématie de l’information et du réseau est installée. On ne peut pas dire : « Puisque que ces technologies ne sont pas démocratiques on va s’en passer. » C’est l’inverse : si la démocratie ne les investit pas, on se passera d’elle.

SOLUTIONS :

Visions ne se contente pas de constater, voici les mesures que nous jugeons indispensables pour une gestion de l’information démocratique et respectueuse des libertés.

  • Accès universel au réseau et neutralité du net, éducation aux usages et logiques du réseau.

Une protection des données personnelles accrue pour à terme sortir d’un système centralisé de la gestion des données.

  • Nous souhaitons que chacun ai un “coffre fort” avec toutes ses données personnelles (données, méta données, données de circulation) et choisisse pour chaque service ou site lesquelles il souhaite débloquer.
  • La transmission des données est gérée par un système de blockchain pour garantir que leur utilisation reste dans le spectre prévu. Cela suppose évidemment la transparence sur l’utilisation des données.

Si nous acceptons que les algorithmes ont ce pouvoir de sélection et de cloisonnement et son implication sur la nature du débat qui en ressort, alors il faut que nous ayons une politique sur comment ces algorithmes fonctionnent, qui les contrôle et dans quel but.

  • Installer une autorité légitime à désigner quelles plateformes ont ce pouvoir structurant sur le débat. Les plateformes ainsi désignées devront suivre un certain nombre de règles.

Ces plateformes auront alors le devoir, contrôlé, d’inclure certaines logiques dans l’architecture de leurs algorithmes et de leur fonctionnement, dont :

Une solution consiste également à ce que les pouvoirs publics construisent un réseau de débat qui suive toutes ces logiques et qui soit le lieu privilégié et exclusif du débat et de l’organisation politique.

  • Le modèle que pourrait prendre ce réseau fera l’objet d’un prochain article, nous y détaillerons également les étapes pour le construire. Il faut qu’un fort pouvoir de réalisation soit associé et exclusif à ce réseau pour que les personnes l’investissent.

Aucune de ces mesures n’est réaliste ou efficace à un niveau national, il faut des logiques internationales pour répondre à des forces internationales. Dans notre contexte, cela doit être fait au niveau de l’Union Européenne (pour commencer).

One clap, two clap, three clap, forty?

By clapping more or less, you can signal to us which stories really stand out.