LA MÉTHODE PIANO
On retrouve Vincent, le voisin de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé. Il a entendu sur France Inter qu’une exposition consacrée à Renzo Piano avait actuellement lieu à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine (45 avenue du Président Wilson, Paris 16è).

Etant donné qu’il sait peu de choses sur cet architecte, à part qu’il est à l’origine du Centre Georges Pompidou et justement du tatou géant que lui sert de voisin depuis 2014, il a décidé d’aller à l’exposition sans attendre. Certes elle dure jusqu’au 29 février, il avait le temps, mais pourquoi remettre à demain ce que l’on peut faire aujourd’hui ? Et puis il aime bien aller à Chaillot, de chez lui c’est direct par la 6. Il aime bien cette ligne, surtout le tronçon aérien : il entre un peu dans l’intimité des Parisiens en regardant par la fenêtre, surtout la nuit quand on voit les gens vivre dans leurs appartements… Mais ça ne vaut pas la vue sur la Tour Eiffel entre Bir-Hakeim et Passy. Il s’assoit toujours à contresens, sur la droite pour l’admirer. Il a beau être parisien depuis des années il ne s’en lasse pas, tant pis pour les clichés !
Il est toujours impressionné quand il arrive sur le seuil du Palais de Chaillot, il est plus habitué à rentrer par la porte de droite cette qui mène au Théâtre National de Chaillot. Combien de soirée il y a passé avec Emeline à voir des spectacles de danse plus ou moins captivant ? Il se revoit courir dans les couloirs du métro, monter les marches quatre à quatre et rire parce qu’une fois de plus ils avaient été trop optimiste sur le temps de parcours et ils manqueraient le début du spectacle… Bref fini de divaguer, aujourd’hui il est venu pour Renzo Piano et personne d’autre, porte de gauche, contrôles des sacs, hall immense, caisse, billet : c’est tout bon, il peut enfin découvrir l’exposition !


La salle est immense, tout en longueur, on ne peut pas se perdre il n’y a pas d’alternative table après table 15 projets de Renzo Piano s’offrent à nous le long d’un parcours thématique. La première chose qu’il remarque ce sont ces sièges, orange, autour de chaque table : ça lui donne l’impression d’être reçu à l’agence. Il voit presque Renzo Piano et ses collaborateurs autour de la table en train de lui expliquer l’univers du projet, sa genèse sa logique… Pourtant non, personne mais un foisonnement de documents, de photos, de maquettes, de livres qui permettent de s’immerger dans le projet comme si on y était.
Il est impressionné par toutes ces réalisations, cet homme a vraiment laissé sa trace partout, on croirait faire le tour du monde : Nouméa, San Francisco, New-York, Amiens, Londres, Trente, Oslo Athène, Entebbe (en Ouganda)… un peu d’Italie sur tous les continents, de quoi se dépayser ! D’autant plus que pour comprendre chaque projet il faut, comme l’ont fait Piano et son équipe, s’imprégner de la culture du lieu, comprendre son environnement.
Oui, c’est très important chez Renzo Piano la collaboration, l’équipe. C’est même le fondement de tout. Pas de narcissisme dans sa démarche (tout l’inverse de son travail où règne l’individualisme…). Peu importe que ce soit lui où un autre qui ait eu l’idée l’important c’est que les constructions s’intègrent parfaitement dans leurs environnements. Il veut s’adapter au contexte et aux besoins de chacun pour qu’architecture et environnement ne fassent qu’un jusqu’à devenir invisible. Chaque bâtiment se révèle donc aussi unique et singulier que le milieu dans lequel il est immergé.

Là il repense à la larve au milieu de sa cours et il trouve que c’est assez réussi, c’est vrai que de la rue on ne la voit pas et même lui il finit par ne plus la voir, il ne l’a jamais trouvé choquante. Le projet N°5 c’est justement la Fondation, ça lui fait tout drôle de la voir sous cet angle, de voir l’envers du décors… Il réalise qu’il a surement eu de la chance que ce soit cet architecte, cet homme qui tient compte de l’avis des autres, qui ait été choisi pour construire dans sa cours d’immeuble… Il l’aime bien ce Renzo Piano, il voit l’architecture différemment depuis qu’il a visité cette exposition. Finalement maintenant qu’il le connaît un peu mieux il a presque l’impression de vivre à côté de chez lui et il en est pas mécontent… C’est précieux de pouvoir côtoyer l’univers d’un poète architecte…
Cécilia Antonelli.