Les électriciens du rail

Ils font partie des métiers de l’ombre. De ceux que les voyageurs ne voient jamais mais sans qui aucun train ne pourrait circuler. Parmi eux : les agents des “Centraux Sous-Stations”. Leur mission ? Assurer 7 jours sur 7, 24h sur 24, l’alimentation électrique des trains grâce aux caténaires. Mais aussi mettre le réseau hors circuit quand c’est nécessaire. Reportage à Bordeaux.

Situé au sein même de la gare Saint-Jean, le central sous-station de Bordeaux est la tour de contrôle de l’alimentation électrique des lignes et des trains. Sur un immense tableau de commande synoptique en arc de cercle sont indiquées toutes les lignes sur lesquelles veillent les équipes du CSS. Ici, on parle voltages : 1500 volts, 63 000 volts et 90 000 volts.

Comment ça marche ?

Le réseau ferré français est constitué d’une majorité de lignes électrifiées. L’énergie permettant la circulation des trains passe par la caténaire et revient par les rails. RTE fournit aux sous stations SNCF de la haute tension qui est transformée en 1500 volts, le voltage nécessaire pour faire rouler un train et 3,2 ou 10 KV pour l’alimentation des réseaux internes à la SNCF.

Semblables à de gros transformateurs, les sous-stations sont installées au bord des voies tous les 10 à 20 kilomètres. Ces sous-stations sont pilotées à distance par un Central Sous-Station (CSS).

« Ici à Bordeaux, les 15 agents régulateurs du CSS gèrent ainsi 52 sous-stations locales sur la région Aquitaine/Poitou-Charentes. Soit du nord de Ruffec jusqu’à Hendaye » nous explique Frédéric Granato, Dirigeant de proximité (DPX) du CSS.

On coupe ou on restitue le courant

« D’une certaine façon, nous sommes ici les électriciens du rail et des garants de la sécurité puisque c’est chez nous que l’on coupe ou que l’on restitue le courant électrique du réseau ferré. Et cela nuit et jour, week-end et jours fériés compris. Nos régulateurs représentent l’autorité unique pour la conduite de toutes les installations de traction électrique » souligne le Dirigeant de proximité.

Des travaux sur les voies ? Un accident en ligne ? Des individus circulant sur les emprises ferroviaires ? Un vol de cuivre ? Une opération de maintenance ? « Programmées ou non, les coupures et restitutions de tension électrique réalisées par le Central sous station, se font bien évidemment en concertation avec nos interlocuteurs. À savoir : le COGC (*) qui veille sur le trafic en temps réel ; les agents de maintenance, caténairistes…. » poursuit Frédéric Granato.

Des gestes métiers et des codes couleurs

Répartis sur quatre tables de régulation, les opérateurs du Central sous-station se partagent, par zone géographique, le suivi et l’exploitation des équipements d’alimentation électrique des lignes de la région. Lesquelles sont représentées sur l’immense tableau de contrôle optique (TCO).

Un TCO où toutes informations ou commandes sont enregistrées dans un « consignateur d’état », véritable boîte noire de la circulation électrique en temps réel.

Chaque geste métier respecte des procédures réglementaires de sécurité. Sur le tableau optique, les lignes ont des codes couleurs différents selon la tension : les travaux (consignation caténaire) sont indiquées par des étiquettes plastiques rouges ; la présence tension caténaire par du blanc, du bleu, de l’ocre etc…

Le chef de quart

Guillaume, 26 ans, est le « petit jeune » de l’équipe des régulateurs. Il tient le rôle de « chef de quart » gérant au fil de l’eau la protection des agents de maintenance qui assurent des travaux sur les installations électriques.

Sur son bureau, Guillaume a une platine téléphonique tactile, un écran de gestion des alarmes sonores et un écran spécifique pour la gestion des plages horaires de travaux. « Tout se passe par échanges de dépêches et coups de fil échangeant les informations orales deux fois pour s’assurer qu’avec mon interlocuteur on a bien compris la même chose. Par exemple, je viens d’apprendre que l’équipe de caténairistes qui travaille sur la zone de Chavenat a terminé ses travaux de maintenance. Je peux donc rétablir la tension informant bien sûr le poste d’aiguillage d’Angoulême et le COGC ». L’information diffusée, Guillaume retire l’étiquette rouge gage de l’absence de tension sur la zone concernée. Le régulateur a bien conscience de sa responsabilité quant à la protection des agents qui travaillent sur les voies.

« Avant de remettre le jus, il va de soi que je dois être à 100% sûr qu’il n’y a plus personne qui y travaille »

Dans ses missions, le jeune régulateur notifie pour le lendemain, les prévisions de travaux. « Je prépare le programme de la journée de demain. Et dans la matinée, mes collègues feront de même pour la maintenance de nuit ».

Autant dire, qu’au central sous-station, rien n’est laissé au hasard. Rigueur, vigilance, professionnalisme et responsabilité sont de mise 7 jours sur 7, 24h sur 24.

© France Berlioz, pour #ViveLeTrain

*COGC: Centre Opérationnel de Gestion des Circulations. Voir le précédent article sur le COGC de Toulouse.

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Durant une semaine du 13 au 18 mai 2019 avec l’opération Vive Le Train, SNCF dévoile ses coulisses. Partout en France, sur plus de 150 sites, pour une opération ouverte au grand public, entre le “Comment ça marche ?” cher à Michel Chevalet et le “Vis ma Vie” de cheminot dans un train, une gare, un atelier, un chantier ou un bureau d’étude:
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