Démission de Nicolas Hulot : l’humanité ou l’environnement, l’impossible arbitrage

Nicolas Hulot, lors de l’annonce de sa démission du gouvernement :

« Je ne peux plus me mentir. »

En réalité, nous devons tous ne plus nous mentir.

Si les arbitrages semblent si complexes entre les intérêts sociaux et économiques immédiats de nos pays et la protection de l’environnement, c’est-à-dire la protection de notre avenir à tous, c’est peut-être simplement parce qu’ils sont impossibles. Nous devons envisager que nous n’ayons pas un problème écologique, mais avant tout un problème existentiel, qui provoquerait un problème écologique.

Si nous souhaitons réellement comprendre les enjeux de nos interactions avec la nature, avec le vivant, si nous souhaitons vraiment anticiper le prix que nous allons payer suite au développement de nos sociétés ces dernières décennies nous devons admettre définitivement que les dégâts que nous commettons pour obtenir nos avantages matériels, notre sécurité alimentaire, notre santé et nos défenses contre les agressions extérieures sont inévitables et irréparables. Il est en outre désormais incontournable, à cause en particulier du pic énergétique, que nous disposions chaque jour à l’avenir de moins en moins de moyens afin de compenser ces dégâts.

La conférence ci-après, au-delà du questionnement sur notre rapport à l’énergie introduit le cadre général de la réflexion que je mène depuis une vingtaine d’années sur l’existence, en particulier autour d’une « théorie écologique de l’esprit ». L’hypothèse forte de cette théorie est que la particularité de l’humanité au sein de l’évolution serait sa capacité à dépasser les contraintes environnementales notamment par le déni de la destruction et le rejet de la responsabilité de l’exaction sur autrui (hypothèse de la substitution causale).

Ce double mouvement de déni et de rejet est sans doute ce qui a participé aux difficultés, éventuellement à la souffrance sincère de Nicolas Hulot lors de ses quinze mois de présence au gouvernement. Mais ce mouvement est peut-être aussi intrinsèquement humain et irréductible : ne plus nier la réalité ni reprocher à l’autre ce que chacun opère lui-même expose immanquablement à la dure réalité des effets désormais autodestructeurs pour l’humanité entière de chacune de nos existences.

Alors que nous ne savons pas à ce jour qui remplacera Nicolas Hulot, ni comment se dérouleront les prochaines élections, nous devons déjà envisager qu’aucun gouvernement ne puisse jamais rendre compatible la préservation de l’environnement avec le maintien de notre confort, de notre niveau de santé, de la qualité de notre alimentation et de notre sécurité. Nous devons envisager que « tous les plaisirs, tous les avantages de l’humanité resteront toujours pris à quelqu’un et à quelque chose, dans l’espace et dans le temps » et qu’il soit physiquement impossible de bénéficier d’un niveau de vie élevé aujourd’hui sans atteindre gravement à celui de nos descendants, tout en détruisant massivement la nature vivante.

L’ouvrage Transition 2017 : Réformer l’écologie pour nous adapter à la réalité, en particulier son dernier chapitre propose un diagnostic de ce qui a causé nos errances et de ce qui nous condamne peut-être, présentant des stratégies d’adaptation espérées honnêtes et efficientes, tout en invitant au réinvestissement de valeurs fondamentales qui pourraient nous permettre de garder la tête haute dans les temps difficiles.

Il n’y aura de transition que subie, et rudement, si nous n’assumons pas ce que nous sommes.