Marketing et développement personnel : toujours plus loin du réel

En 10 ans, le nombre de véhicules thermiques sur la planète est passé de 900 millions à 1,3 milliards. Ces dernières années ce sont les plus lourds et consommateurs de pétrole qui se sont le mieux vendus aux particuliers, à tel point que Ford a stoppé la fabrication des berlines aux États-Unis au profit des plus gros modèles.
En parallèle, la mode est aux nouvelles formes de spiritualité, au bien-être, au développement personnel, qui reprennent fidèlement les arguments marketing de la société de consommation : accomplissement, réussite, amélioration et dépassement de soi, injonction au bonheur et à la joie… La quête d’une identité personnelle semble également devenue incontournable, ce qui peut se comprendre en contexte de fébrilité politique, de remise en question du religieux et de l’ensemble des repères moraux censés définir une identité commune et un projet de société.
La crainte de l’effondrement écologique et économique, avec laquelle tout un chacun négocie émotionnellement et matériellement (comment intégrer et supporter les perspectives, que faire, quel mode de vie adopter ?) semble aussi solliciter les besoins les plus archaïques de sécurité, de protection de l’individu et de son ego, fragilisé devant une adversité globale au-delà de toute force humaine.
Les paradigmes de la société de consommation et le développement personnel se rejoignent peut-être en ce qu’ils répondent — de la même façon, parfois avec les mêmes stratégies de manipulation mentale — à des angoisses réelles, afin de donner l’impression de pouvoir les apaiser, tout en nous confortant dans le statu quo de la pensée consumériste centrée sur l’individu et sa satisfaction immédiate.
Mais il y a loin entre la culture de l’individualisme, de l’ego et la constitution d’un projet pour l’avenir, en particulier en réponse aux inquiétudes écologiques et économiques. La prolongation des modes de pensée qui ont mené au risque d’effondrement, même sous une présentation bon enfant et bienveillante en apparence ne promet en rien une coopération sociétale à l’échelle, ni un altruisme généralisé.
« Il est temps d’être vous-même », comme le propose Volkswagen en s’inspirant des préceptes du développement personnel, énonce littéralement que quelque chose d’imminent est motif d’inquiétude, qu’il ne faut pas tarder à parer cette inquiétude et que la seule solution est le repli intérieur dans un véhicule confortable et sécurisant, censé nous ressembler. Après, qu’importe le reste du monde.
Développement économique, développement durable, développement personnel… il n’y a pas de mouvement plus contraire à l’adaptation de nos sociétés dans le contexte actuel que la récupération des biais de la culture occidentale dans l’objectif de façonner de nouvelles stratégies d’évitement de la réalité.
