#Brexit, Analyse — sondage et fabrique d’opinion. Les 5 leçons à retenir pour 2017.
Que le #Brexit soit une catastrophe ou pas, il est possible de retirer quelques apprentissages de cet épisode pour 2017. Penser “critique n’est plus une option”

1- Les documents d’analyse, les “sondages”,… et la fabrique d’opinion

Ce tableau est l’un des documents que j’ai vu le plus circuler sur Facebook. Souvent assorti de l’analyse “jeunes” contre “les vieux”.
Ce discours, jeunes contre vieux, commence à devenir un espèce de consensus, construit et relayé par les médias. On n’a plus assez de la gauche contre la droite ? Une génération contre l’autre, c’est devenu la “nouvelle” tendance ? Ca fait peut-être vendre des journaux ou augmente le taux de clics mais qui — des personnes qui veulent créer une société inclusive — peut tomber dans ce panneau ?
Qui, d’ailleurs, peut assurer que si les jeunes s’étaient plus mobilisés, ils auraient voté “Remain”. L’écart sur la tranche 24–49 n’est pas si tranché que cela.
Utiliser ce tableau comme base d’analyse, en dehors du fait qu’il permet d’appuyer ce discours jeunes/vieux, me laisse sans voix. Je ne dis pas que l’analyse est fausse, mais ce tableau ne peut pas lui servir de support.
- Où sont les volumes / masses de votants, qui indiquerait aussi quelle tranche d’âge a le plus d’influence sur le vote ?
Si on cherche les volumes on trouve ceci : https://en.wikipedia.org/wiki/Demography_of_the_United_Kingdom#Age_structure
- 41 millions de personnes dans la tranche 20–49,
- 26.9 millions dans la tranche 50–74
Le discours ne tient donc plus la route.
- Le taux d’abstention ne figure pas non plus. Le tableau est un sondage pré-résultat qui ne tient pas compte des gens indécis et des gens qui ne veulent pas se prononcer…. (dernière phrase en bas à gauche sur l’image).
- Il n’y a aucune indication des raisons pour lesquelles jeunes ou vieux votent dans tel ou tel sens. Beaucoup parlent de la peur comme motivation… vraiment ? Le délitements des institutions, le manque de sens et de valeurs des institutions, le manque de vision commune,…le traitement du cas de la Grèce, ne pourraient pas, aussi, faire partie de l’équation ?
- La colone : “Average number of years they have to live with the decision” C’est une blague, n’est-ce pas ? Parce que je ne vois pas très bien dans quel monde les décisions sont figées et non susceptibles d’être modifiées, modulées, révisées. On nous dit que tout s’accélère et que les cycles sont de plus en plus raccourcis, mais une sortie de l’UE, serait définitive pour toute une vie ?
2- L’influence des médias sociaux n’est plus à démontrer
“Pour s’imposer dans cette guerre de bruit et d’image, la tactique du député européen Nigel Farage est claire: crier fort pour se faire entendre. Et ça marche.
Le chef du parti europhobe et anti-immigration Ukip s’impose sans conteste sur les réseaux sociaux comme la personnalité la plus influente de la campagne, très loin devant le Premier ministre David Cameron, le leader du parti travailliste Jeremy Corbyn ou même le très médiatique ex-maire de Londres Boris Johnson.
Il atteint d’ailleurs la semaine passée un nouveau record de mobilisation avec plus de 364.000 engagements[1], un résultat nettement supérieur à la somme des engagements réunis par les neuf autres personnalités du top 10 des influenceurs.”
Source : http://www.slate.fr/story/119535/brexit-reseaux-sociaux
Sur le mur d’une connaissance:
“I wish fb would refrain from showing me ‘suggested post’ — vote leave. How much have brexit paid for this, I wonder?”
FR : J’aimerais que FB me montre moins de “’suggested post” — voter Leave
Combien est-ce que les “brexit” ont dépensé pour cela ? Je me demande.
Ce serait donc celui qui crie le plus fort qui influencerait le plus… Un beau modèle de société extrovertie. En conséquence de quoi, le fait d’utiliser ses médias sociaux pour ‘influencer” est tout aussi important.
Vous avez fait le choix de ne pas parler politique sur votre page…d’autres n’ont pas fait ce choix…ils gagnent.
3- Les promesses de certains politiciens ne valent que pour obtenir des voix et pour ceux qui les croient (est-ce encore à démontrer ?)
L’ensemble de la campagne UKIP (Leave) était basée sur un argument faux, qui a été récusé comme une “erreur” dans les heures qui ont suivi l’annonce de la victoire. Et avec le sourire, en prime…
Farage admits the £350 million was a mistake moments after winning the referendum
(FR : Farage admet que les 350 millions £ était une erreur (dans sa campagne) juste après avoir gagné le référendum)
4- L’auto-(in)formation c’est excellent, mais il serait certainement préférable de s’informer AVANT d’aller s’exprimer ?
Trouver le temps de s’informer est de plus en plus important, tout comme de diversifier ses sources. Si vous trouvez le temps APRES, il doit bien y avoir le moyen de trouver du temps AVANT. Voir les points un.deux. quatre.cinq
5- Le vote de contestation a ses limites
Se pose alors, j’en conviens, la question du choix nécessaire pour pouvoir . avoir envie d’exprimer une opinion “pour” et non pas “contre” une autre personne (vous voyez de quoi je veux parler…).
Source Le Monde : « Brexit regret » : des Britanniques déchantent et regrettent déjà d’avoir voté « Leave »
Je n’ai aucune illusion sur l’impact de ce billet. Mais nous sommes en 2016, commencer à construire un esprit critique ne me parait pas être une option…
Last but not least : Et de rappeler que Jo Cox, 41 ans et membre du Parlement, est morte durant cette campagne. A quel moment Nigel Farage l’a -t’il oublié quand il a annoncé avec le sourire qu’il avait avancé des fausses promesses pour gagner ce référendum ?

MP for Batley and Spen dies after shooting on Thursdaywww.theguardian.com