Agilité : passer de “c’est compliqué” à “c’est complexe”

Et réactiver au passage notre aptitude au changement et à la prise de risque

Sentez-vous qu’entre “c’est compliqué’ et “c’est complexe” ça n’est pas du tout la même énergie ? Que la première est conservatrice (voire destructrice), et l’autre est fortement créatrice ?

C’est compliqué” c’est comme une porte qui claque au nez, comme un fin de non recevoir. Un bord de précipice infranchissable. 
C’est compliqué” permet de rester dans une zone de “confort” et dans le consensus : je continue à penser et faire comme avant car tout le monde fait comme cela .

Mais, est-ce vraiment du confort ?

C’est compliqué”c’est aussi : “C’est trop risqué” — lesdits risques étant rarement évalués. Car comment voulez vous apprécier des risques sans laisser de temps de “suspension” entre l’énoncé d’une proposition et le moment où “c’est compliqué” est prononcé. 
Comment alors évaluer ce qu’on a à gagner ou à perdre à bouger ?

Ce tic de langage et de pensée n’épargne personne, ni les entrepreneur(e)s ni leurs client(e)s. Ni moi.

Ce sujet est complexe !

Pour moi, cette complexité évoque l’aventure et l’exploration. 
Des chaussures de trail pour arpenter des chemins peu balisés. Un regard qui va fureter pour trouver sous quel angle aborder une situation en vue de la transformer. Des découvertes plutôt que de la routine.

Me vient aussi l’image d’une table de mixage avec tous les curseurs qu’il est possible de bouger pour créer un nouveau son.

C’est complexe” permet de se frayer un chemin dans la masse compacte du “compliqué” pour identifier les variables sur lesquelles il pourrait être possible d’agir. Comme une invitation à imaginer, et par conséquent une sollicitation à opérer des choix.

“On traîne le changement comme un boulet alors qu’on pourrait le prendre comme thème pour avancer avec” Christian Clot. Explorateur.
“C’est compliqué” n’est pas tout seul. Il a une bande des copains C’est difficile”, “Oui mais”, “c’est la crise” et “on a toujours fait comme ça”.

Et ça ressemble fort à un goulot d’étranglement ! qui nous coupe de notre capacité à prendre des risques, muselle l’intelligence créative et le collaboratif.

Je ne sais pas si vous avez déjà tenté d’aider une personne ou un organisation qui trouve quelque chose “compliqué” ? Il faut dépasser un résistance énorme…et faire preuve de persistance voire d’obstination pour être écouté ET entendu. “Compliqué’ à été la “norme” et c’est en train de changer.

La complexité, elle, appelle une pensée transversale et intuitive. Elle réconcilie avec la curiosité et par conséquent avec les questions.
Et je ne vois pas de meilleur moyen de sortir du consensus / status quo que par le questionnement. En revenant à cet âge où n’ayant pas encore eu le temps d‘élaborer des certitudes nous étions curieuses et curieux de tout. 
Nous avions soif d’en savoir plus. Nous étions alors en pleine possession de notre créativité.

“ La pensée complexe c’est tout d’abord une pensée qui relie (…) ce qui veut dire que par opposition au mode de pensée traditionnel, qui découpe les champs de connaissance en disciplines et les compartimente, la pensée complexe est un mode de reliance. Elle est donc contre l’isolement des objets de connaissance ; elle les restitue dans leur contexte et si possible dans la globalité dont ils font partie” Edgar Morin in La Pensée Complexe: Antidote pour les pensées uniques” Synergies. Le Monde n°4, 2008

Ne pas tomber dans le binaire : tout compliqué OU tout complexe

C’est compliqué” et “c’est complexe” se juxtapose et se mélangent ! C’est la beauté de la pensée complexe… A partir du moment où un système ou la partie d’un système — quel qu’il soit — se fige et n’est plus en mesure de voir des variables ou des les exploiter il passe en mode “c’est compliqué”. On voit donc qu’il est possible de passer d’un état à l’autre. Les deux états peuvent aussi officier en simultané : Une partie du système ou d’une situation fonctionnant en mode “c’est complexe”, l’autre en mode “c’est compliqué”. 
Ca n’est pas très difficile à imaginer dans un groupe ou même dans une entreprise entre différents départements. L’idée c’est d’arriver à amener gentiment les curseurs vers le “c’est complexe” pour faire fonctionner le collaboratif & le créatif (solutions/opportunités).

Au final, est-ce qu’adopter la pensée complexe et éviter d’avoir des certitudes ne serait pas se simplifier la vie ? Ou même s’en rapprocher ? En retrouvant notre capacité à nous étonner en permanence, et notre aptitude à faire bouger les choses. Et par conséquent en étant invité à revisiter notre manière de faire des choix.

En tous les cas, pour moi, ça y ressemble.

Véronique Teurlay, consultante en créativité (recherche de solutions et d’opportunités) @OKTOPODwire. Création de possibles & de sens. Transformation de Business et de Carrières par effectuation (potentialisation des ressources internes/actifs)
contact : inspire // at // oktopod.biz

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Pour inspiration, je vous invite maintenant à savourer deux bijoux qui abordent la complexité, et le changement.

  • Le témoignage de Christian Clot au Creative Mornings de Paris sur le thème “CHANGE’ (changement)- 20 min
  • La conférence d’Edgar Morin “Pensée Complexe, Pensée Globale” à la Fondation Calouste Gulbenkian (Paris) — 53 min

’Edgar Morin, “Pensée complexe, pensée globale”à la Fondation Calouste Gulbenkian