9 projets qui nous donnent Vraiment Vraiment envie de 2019

Vraiment Vraiment
Dec 26, 2018 · 10 min read
2019 ? Voir loin, reconnaître les angles morts, penser frugal, oser.

Une nouvelle année approche à toute vitesse : c’est le moment de faire le bilan, de prendre des résolutions et de se donner des raisons de croire en 2019.

L’année dernière, nous avions listé 9 projets qui nous donnaient envie de 2018 : lancement de la démarche Carte Blanche dans le Lot, ouverture des Halles civiques à Paris, premier budget participatif organisé par un département (le Gers), occupation temporaire dans le quartier nord de Bruxelles… Au départ, il y avait de l’ambition et de l’envie de faire différemment, un an après il y a — forcément — des leçons à tirer, même si la plupart de ces projets sont encore en cours.

Côté Vraiment Vraiment, il y a aussi des choses que nous n’avions pas vues venir et dont nous sommes fier-e-s. Deux exemples parmi bien d’autres : le projet mené pour la DGFIP de transformation de l’accueil du Centre des finances publiques de Saint-Quentin en Yvelines a reçu il y a quelques jours le prix Marianne Kantar Public / DITP de la relation usager, et nous pensons que c’est mérité — ce n’est pas si courant de faire le lien entre dématérialisation des démarches, aménagement de l’espace, signalétique, outils, métiers et conditions de travail des agents. Bien sûr, il y a aussi AP 2042, le cycle de prospective administrative que nous avons lancé en novembre et qui nous passionne en plus de nous apprendre beaucoup (avec trois dates déjà programmées en 2019)*.

2019 est une année prometteuse aussi, à double titre : l’innovation publique mûrit et les enjeux croissent. Il va donc falloir être à la hauteur. Sans aucune prétention à l’exhaustivité et en assumant d’être totalement subjectifs, voici quelques projets ou perspectives qui nous feront passer la nouvelle année avec enthousiasme, espoir et détermination.

  1. Le projet RESET — quel numérique voulons-nous ? (Fing)

La Fondation internet nouvelle génération (Fing), qui n’en finit pas d’être indispensable, lance un projet protéiforme sur la refondation du numérique en France et dans le monde.

Partant du constat qu’entre les promesses initiales du numérique — réinventer la démocratie, partager les connaissances, émanciper les individus, moderniser l’économie et l’action publique…- et ses réalisations, “quelque chose a dérapé”, la Fing veut faire le point sur les controverses numériques, chercher des moyens de donner davantage de poids à la société et à ses besoins dans le développement du numérique (plutôt que l’inverse) et produire des imaginaires souhaitables pour donner du sens à la transformation numérique.

Face à cette perte de contrôle et aux injonctions liés à “l’impact du numérique sur…” nos métiers et nos emplois, nos villes et territoires, l’information, l’éducation, etc., il est donc grand temps d’affirmer des intentions, de formuler les impacts souhaités de la société sur le numérique, et de retrouver des espaces de choix politiques, économiques et sociaux.

Un cycle de prospective émancipatrice, dont sont déjà partenaires l’Ademe, la Dinsic, Orange et la Région PACA.

Plus d’infos : http://fing.org/IMG/pdf/QN2019_RESET_Partenariat_V2.pdf

2. Les projets “Défis Carte Blanche” (sélectionnés par la DITP et le SGPI)

La DITP a lancé un “appel à problèmes” auprès des agents publics, chargés d’identifier précisément des défauts d’efficacité de l’action publique au détriment des usagers, et de proposer non pas une solution, mais une équipe ad hoc pour traiter le problème et un terrain d’expérimentation. Révolutionnaire approche, où l’on s’évite de préempter la solution (une appli, un guichet unique, etc.) pour commencer par bien poser les questions et bien s’entourer pour y répondre. La DITP a fourni en amont du dépôt des dossiers un soutien aux agents publics susceptibles de proposer un “problème”, afin de faciliter la candidature d’agents éloignés des méthodes de l’innovation publique et/ou du processus des appels à projets de l’Etat.

54 projets ont été déposés pour cet appel à projet à la forme inédite, avec des sujets passionnants (et difficiles) tels l’ennui des enfants en situation d’apprentissage, le non-recours aux dispositifs jeunesse, le temps d’intervention des secours ou l’information des personnes victimes d’infractions pénales.

Début janvier, un jury de personnalités qualifiées choisira les projets qui seront soutenus par la DITP et des fonds du Programme investissement d’avenir (gérés par le SGPI), d’abord pour une phase d’incubation (premier trimestre 2019) puis, après une nouvelle sélection, pour une phase d’expérimentation (jusqu’à fin 2019).

Plus d’infos : https://www.modernisation.gouv.fr/outils-et-methodes-pour-transformer/defis-cartes-blanches-decouvrez-le-tuto-et-les-outils-pour-postuler-a-lappels-a-projets

3. L’école buissonnière de la transformation publique (conçue par la 27ème Région)

Le design des politiques publiques ne s’apprend pas à l’école et c’est sans doute une bonne chose. Cela n’empêche pas d’imaginer des moments et des lieux de partage et de transmission. La 27ème Région, avec la complicité de la Métropole européenne de Lille (“Lille 2020- Capitale mondiale du design” approchant) réfléchit à une “école buissonnière de la transformation publique” pour “explorer directement, sur les territoires, de nouvelles manières de faire projet, de faire écosystème, de faire école, et de faire tout court.”

Très ancrée dans le territoire de la MEL pour sa première édition, cette école buissonnière sera ensuite accueillie chaque année par une nouvelle collectivité, selon un format conçu sur mesure.

Plus d’infos : http://www.la27eregion.fr/2019-annee-de-la-formation-pour-la-27e-region/

4. L’Université de la pluralité

Daniel Kaplan aux Halles Civiques, lors du “Founder’s meeting” de l’Université de la Pluralité fin novembre 2018.

Lancée fin 2018, l’Université de la pluralité a pour ambition d’élargir le champ des futurs pensables. Chercheurs, innovateurs, créateurs, écrivains de science-fiction, designers « spéculatifs » et autres explorateur-trice-s des futurs ont été invités par Daniel Kaplan à se fédérer et à mettre en commun leurs pratiques et leurs productions, dans un premier temps à destination des décideurs publics et privés, des activistes et innovateurs et des médias, puis de tout le monde.

Les promesses de l’Université ? Donner de la visibilité à des futurs marginaux qui gagneraient à être représentés, crédibiliser des visions alternatives de l’avenir et travailler à rendre plus accessibles les compétences et savoirs permettant de penser collectivement les futurs. Encore un projet émancipateur, sous forme “d’archipel”, dont Vraiment Vraiment sera ravi d’être une île dès 2019.

Plus d’infos : https://www.plurality-university.org

5. Le programme “Coeur de Ville”

Charleville-Mézières 2030, un exercice de prospective territoriale qui commence sur le marché de Noël avec des objets venus du futur

Soumis à des tendances cumulatives qui les vident de leurs habitants et de leurs activités, les centres des villes moyennes sont à la peine. Absence d’outillage prospectif des élus, pression des foncières qui bétonnent le péri-urbain, inadaptation du bâti des centres aux nouveaux usages des habitants, place de la voiture… Un casse-tête pour les équipes municipales, qui, quand elles ont pris conscience de l’ampleur des dégâts, n’ont plus su par quel bout reprendre l’ouvrage.

Le programme « Action cœur de ville », lancé par le gouvernement et porté par la Caisse des dépôts, vise à remettre de la vie dans le centre de 222 villes moyennes du territoire métropolitain et des outremers, avec cinq axes principaux (attractivité de l’habitat en centre-ville, équilibre du développement économique et commercial, mobilités, espaces publics et formes urbaines, services publics).

Pour atteindre cette belle ambition, d’importantes remises en question des modèles de développement foncier et économique seront nécessaires, ainsi qu’une attention fine à ce qui génère de la vie et à ce qui en détruit dans les villes. A suivre…

6. “Smart Vélo Parking” à Paris (par Vraiment Vraiment, le Pavillon de l’Arsenal et l’APUR)

Il y a du boulot pour faire cohabiter les promesses des véhicules “free float” et les usage urbains.

L’année dernière, nous avons remporté le concours de design “FAIRE PARIS — DESIGN URBAIN”, avec un projet de régulation de l’occupation de l’espace public par les véhicules (vélos et trottinettes) “free float” qui permet d’articuler confort des usagers de ces véhicules (trouver facilement un véhicule et stationner au plus près de leurs destination) et des autres usagers de l’espace public (pouvoir circuler librement à pied sur un trottoir ou en vélo sur une piste cyclable, par exemple).

En identifiant avec tous les acteurs (services de la Ville, commerçants, cyclistes, piétons, d’un micro-quartier les zones où pourraient se garer les free float sans gêner les autres usages, en imaginant la signalétique de ces zones pour qu’elles soient faciles à repérer pour les Parisien-ne-s comme pour les touristes, et en imaginant un usage vertueux des données dans le dialogue entre acteur public et opérateurs, nous proposons de tester des modalités astucieuses et frugales de l’innovation.

2019 devrait être l’année du test et du déploiement parisien de ce nouveau système.

7. Les “Grands voisins”, saison 2

Deux saisons d’occupation temporaire du site de l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul (Paris 14ème) ont définitivement installé ce nouveau mode de fabrication de la ville à Paris et en France. 2019 est une année stratégique, avec le début du chantier qui doit notamment aboutir à 600 logements neufs. C’est donc aussi un moment de vérité : quelle influence les expérimentations temporaires vont-elles effectivement avoir sur les programmes et les formes urbaines “en dur” ? La Ville et l’aménageur ont décidé de prolonger la démarche d’urbanisme transitoire pendant la phase de travaux, dans une perspective de préfiguration des futurs aménagements et usages du quartier.

Avec notre biais “services publics”, nous retenons en particulier comme un beau défi la programmation du futur “Super-équipement” (groupe scolaire + crèche + salle d’activités + gymnase) de la Ville de Paris, qui va être l’occasion de penser la mutualisation et la cohabitation dans un bâtiment par des métiers et des services qui travaillent habituellement plutôt en silos, dans des bâtiments qui leurs sont propres (Direction des Familles et Petite Enfance + Direction des affaires scolaires + Direction de la Jeunesse et des Sports)

Plus d’infos : https://lesgrandsvoisins.org/les-grands-voisins/presentation-et-histoire-du-site/

8. Le séminaire “design with care” de la Chaire de philosophie à l’hôpital et des Sismo

Cynthia Fleury, titulaire de la Chaire de philosophie à l’hôpital, et Antoine Fenoglio, designer des Sismo, ont lancé au CNAM un séminaire intitulé “design with care” pour explorer les liens entre “prendre soin” et design : “depuis la naissance du design (1870), celui-ci n’a cessé d’intégrer à sa pratique la dimension de la fragilité chronique des environnements (individuels, sociaux, politiques, naturels). Le séminaire “Design with care” développe les problématiques et les méthodologies liées aux “proof of care”, sur différents terrains : la nature, la cité, le monde de l’économie et des entreprises.” Les dernières séances, dédiées au numérique (10 avril), à l’économie (15 mai) et à l’environnement (12 juin), nous paraissent particulièrement prometteuses.

Plus d’infos : https://chaire-philo.fr/seminaire-design-with-care-2018-2019/

9. La “grande consultation” lancée par le Président de la République

Des centaines de personnes ont participé à l’élaboration des règles du premier budget participatif gersois, pour lequel 25% du corps électoral a ensuite voté. L’appétit est là, il n’est plus temps de le décevoir.

Bruno Latour, dans son dernier essai, en appelait à un nouveau processus de “cahiers de doléances” permettant de nommer collectivement les liens de dépendances — positives ou néfastes — qui influent sur nos vies et nos espoirs. Hypothèse un peu théorique bien que séduisante, jusqu’à ce que les gilets jaunes rendent nécessaire une “grande consultation” des Français-es.

Autant dire que chez nous, le scepticisme le dispute à l’espoir : partir du terrain pour penser l’avenir nous paraît indispensable (sinon suffisant), mais le faire sous forme de « réunions » ou de consultations en ligne nous paraît bien archaïque. Quel lien entre la conversation et l’action (i.e. quelle participation et quelle posture des acteurs publics qui, d’une manière ou d’une autre, seront amenés à rendre opérationnelles les éventuelles recommandations issues de la consultation) ? Quelle ambition en matière d’inclusion du processus, et quels outils pour la mettre en œuvre (i.e. comment créer les conditions de la participation de celles et ceux qui ne participent jamais) ? Quelles représentations du réel et des futurs possibles mettre sur la table pour créer un cadre de discussion constructif et qui dépasse les poncifs des réunions de quartier ?

Nous aurons l’occasion dans les mois qui viennent d’y penser et d’en discuter, voire de tester quelques modalités de “consultation” dans des territoires complices !

10. Et vous ?

Et vous, lectrice, lecteur, quels sont les idées et les projets qui vous paraissent faire de 2019 une année prometteuse ? Nous serons ravi-e-s de les relayer si vous voulez bien nous en parler sur contact@vraimentvraiment.com ou via Twitter (@vrmtvrmt).

Bonne fin d’année 2018 !

www.vraimentvraiment.com

* En 2018, nous avons aussi beaucoup écrit… Un article sur les véhicules “free float” et l’espace public et un article sur les risques que fait courir le développement des véhicules autonomes à l’urbanité en l’absence de débat sur le sujet. Nous avons aussi fait quelques propositions au sujet du programme de transformation de l’action publique AP 2022 et nous nous sommes interrogés sur l’éthique dans le design des politiques publiques. Avec Nicolas Rio (Partie Prenante), nous avons écrit que le succès et la qualité des projets de territoire se joue dans les premiers 100 jours. En fin d’année, nous avons essayé avec Laura Pandelle (la 27ème Région) de tirer quelques leçons de la mobilisation des gilets jaunes en matière de transformation de l’action publique. Et puis nous avons cherché ce que la science fiction nous raconte du futur des adminstrations.

Vraiment Vraiment

Written by

Agence de design d’intérêt général vraimentvraiment.com

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