Quel type d’écrivain(e) êtes-vous ?

Vous connaissiez les chiites et les sunnites, les sarkozitstes et les juppéistes, les O’Hara et les O’Timmins… mais connaissiez-vous les pantsers et les plotters ?

Si vous êtes écrivain(e) et que ces deux mots ne vous disent rien, lisez cet article de toute urgence : selon les dires de certains, vous faites forcément partie de l’un ou l’autre de ces deux camps — et il est toujours bon de savoir qui sont ses amis et ses ennemis.

Je m’explique.

En France, on n’aime pas trop théoriser sur les méthodes d’écriture. Dans l’imaginaire de l’écrivain hexagonal, l’Art, c’est l’Art : l’inspiration tombe du ciel, ou elle ne vient pas. De l’autre côté de l’Atlantique, c’est tout le contraire. Tapez “how to write a novel” sur Amazon US et vous voilà avec une bonne vingtaine de pages remplies d’ouvrages qui vous expliquent de long en large comment pondre votre prochain best seller (parfois en cinq jours, ce qui ne manque jamais de me laisser pantois, moi qui suis capable de m’arracher les cheveux cinq jours sur un seul paragraphe). Une constante dans toute cette littérature : les écrivains se divisent en deux catégories, les pantsers et les plotters.

Les plotters (de plot, l’intrigue d’une histoire), ce sont ces écrivains qui échafaudent des plans archi-minutieux de tout ce qui va se passer à chaque page de leur histoire. Le plotter s’entoure de carnets de notes, de tableaux Excel et de Post-It avec lesquels il planifie le moindre rebondissement, dessine des graphes chelous pour expliquer les relations entre ses personnages. Le plotter refuse d’écrire la moindre ligne de son texte tant qu’il a encore le moindre doute sur le nom de jeune fille de la cousine issue de germain de son protagoniste.

Les pantsers, quant à eux, ne sont pas, contrairement à ce que leur nom suggère, des pilotes de tank de la Wehrmacht, mais des écrivains qui pondent leur bouquin “by the seats of their pants” (sous le coup de l’inspiration). Le pantser va ouvrir son traitement de texte ou son carnet de notes en ayant juste une idée, et naviguer à vue jusqu’à ce que le texte soit écrit.

Choisis ton camp, camarade !

Et vous, amis noircisseurs de pages, vous vous sentez plutôt plotter (plotteuse) ou pantser (pantseuse) ?

Si vous êtes comme 80% des gens que j’ai rencontrés dans mes ateliers d’écriture, vous me répondrez : ta classification est merdique, elle met les gens dans des boîtes et c’est idiot, parce que tu comprends, l’Art, ça se met pas dans des catégories, tout ça tout ça. Si c’est votre cas, vous pouvez arrêter de lire maintenant : vous gagnerez trois minutes de votre vie et la section commentaires de cet article ne s’en portera que mieux.

Mais si la question vous intéresse de savoir s’il est bénéfique ou non de planifier un écrit, restez avec moi quelques secondes de plus, et surtout partagez vos méthodes préférées et vos astuces, que tout le monde en profite !

Allez, je commence : pour ma part, ma dominante, c’est plotter. Je suis de ceux qui mettent leurs bouquins sous Excel avant de les mettre sous Word (d’ailleurs, j’utilise Google Docs et non Word, mais c’est un autre débat, on se le gardera pour plus tard). Je fais des plans détaillés. J’ai toujours un carnet à portée de main, histoire de poser mes idées dans l’ordre avant de passer à la phase de rédaction. Je range soigneusement les liens vers articles issus de ma phase de recherche dans un document en ligne.

Pourquoi je fais tout cela au lieu de passer directement à la phase de rédaction ? Voilà le top 3 des raisons (pas toutes bonnes, mais toutes vraies) qui font que je me reconnais dans la catégorie plotter :

#1 : J’écris principalement des séries

Avec ce format, si vous ne réfléchissez pas un tout petit peu votre intrigue avant de la mettre noir sur blanc, vous avez vite fait de vous retrouver dans un cul-de-sac, avec zéro marge de manoeuvre pour faire évoluer vos personnages ou proposer des rebondissements intéressants. Pas bon. Dans les séries, il faut toujours se garder des munitions pour les saisons suivantes, autrement vos lecteurs vont autant se faire chier que devant un épisode de Marseille.

#2 : J’ai la capacité de concentration d’un merlan

Il y a des gens qui sont capables de tout mettre dans une partie de leur cerveau, et ensuite de foncer bille en tête pour des marathons d’écriture de huit ou dix heures sans manger, boire, ni pisser. D’ailleurs, je soupçonne beaucoup de gens se classant parmi les pantsers d’être en réalité des plotters pourvus d’une mémoire SSD en guise de cerveau : ils planifient comme des plotters, ils ont le souci du détail comme les plotters, mais ils n’ont pas besoin de noter. Tout est là (signe de toc-toc sur la tête), et il y reste.

Si vous êtes dans cette catégorie, je vous admire et vous envie… mais moi, je suis incapable de résister à l’attrait d’un panda à liker sur Facebook ou d’une partie de jeu vidéo à la con sur mon smartphone. Pis encore, il y a un peu moins d’un an, j’ai fait l’acquisition de la plus puissante de toutes distractions jamais inventées, du time-waster le plus efficace de tous les temps : un bébé. Donc il faut que je trouve des moyens de rester focalisé sur mon texte. De reprendre le fil de mon récit, même après une interruption de quinze ou vingt minutes. Or, avoir une idée précise du prochain truc que je dois écrire fonctionne très bien pour cela : tant que la séquence des événements est claire pour moi, je peux me remettre au boulot sans trop de dégâts après un bon solo de pelle-guitare.

#3 : Je crois qu’une intrigue, c’est mieux quand c’est construit

La fin d’un roman qui tombe à plat ou bien le milieu un peu ramollo, on a tous connu ça en tant que lecteurs et spectateurs. Pas glop. Et la raison à cela, c’est que construire une intrigue qui fonctionne, même relativement classique, c’est DUR. Il faut doser les montées en puissance, ménager des surprises, faire en sorte que cela sonne juste du point de vue des personnages, varier les tons et les types de péripétie pour ne pas toujours être sur la même note, etc. Et ça demande beaucoup de réflexion, beaucoup d’essais et d’erreurs. A chaque fois que vous bougez un truc, c’est comme au Rubik’s Cube : il faut rebouger tout le reste pour que l’ensemble redevienne cohérent.

En ce qui me concerne, je trouve ça nettement plus facile à faire avec un bon vieux plan d’attaque. Néanmoins, je serais très curieux de savoir comment s’en sortent les écrivains à dominante “pantser” à ce niveau : comment s’y prend-on pour modifier sans risque des péripéties, changer la relation entre deux personnages quand on n’a pas un plan de son roman quelque part ? Chers amis de la Pantser Division, la parole est à vous !

Les esprits chagrins (et un peu trop perspicaces) auront beau jeu de dire que faire des plans constitue une excellente excuse pour éviter de travailler sur son texte. En toute honnêteté, ils n’auront pas forcément totalement tort : si vous avez envie d’avoir bonne conscience mais que l’inspiration vous snobe, faire des plans, ça apaise. Est-ce que c’est du temps perdu pour autant ? Je ne pense pas, mais d’autres pourraient avoir une autre opinion. Question de méthode…

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