St.Lô, hackingtheband #3

La chaleur est devenue écrasante, l‘île est silencieuse et pourtant elle vibre. Intrusion brève de l’extérieur par la radio, on se saisit d’un mot “fanal”.

Les mélodies sont comme les mouvements de l’eau qui prennent couleurs avec la lumière, ici les mots sont l’irisation de l’onde. L’écriture vient naturellement ce soir. Alors, on aime remonter à l’étage et dérouler les mouvements harmoniques des morceaux au piano. Le son de la pièce est baigné d’une lumière chaude, rien ne le contient, stores baissés, fenêtres ouvertes.

Take control – titre ternaire, la snare s’écrase en un amas de quatre sons, métal et bois. Il y a le son des marteaux sur les rails enregistrés par Lomax, la queue de la snare se mêle au cri de l’effort. Le clavier hypnotique, nuage de brume épaisse, composé une nuit à 4 heures du matin. Et puis un sac en plastique et un métalophone. Où il est question de se réapproprier ce qui nous appartient …

Se mettre au piano, c’est comme sortir d’un circuit. Encore une règle du hacking : ne jamais bricoler en étant branché sur le secteur. Se couper des sollicitation extérieures, n’écouter que les éléments. Du bois et des cordes.

Sortir du circuit and take control. Recomposer et rebrancher. Chaque morceau y passe. Tranquillement. Finalement on ne cherche rien d’autre que de redevenir son propre centre et depuis ce centre composer un paysage habité, au relief inattendu, témoin d’une épaisseur, des strates de la mémoire de l’île.

wood + strings + light + wine

On arrive au terme d’une première étape, longue mais nécessaire. Il nous aura fallu un an de retraite et de silence ordinaire, de démontage minutieux des morceaux, d’écoute attentive de nos envies, de plaisir retrouvé du jeu et de la création … Le travail est loin d’être terminé – il reste encore beaucoup de titres sur la table, épars mais prêts à la composition – désormais cette perspective nous satisfait. Parce que l’écoulement du temps n’est jamais tout à fait pareil sur l’île, on va éteindre les machines et écouter les maquettes ; on se laisse l’été pour décanter et on reviendra au moment des récoltes pour le sucre, les arômes et la lumière de l’automne.

St.Lô from a moving island