La France, on se pose et on réfléchit 5 min ?

J’ai 30 ans, je ne l’ai pas choisi … Cette phrase est un peu étrange mais j’ai parfois le sentiment que je n’ai pas vraiment choisi ma vie… Je ne m’en plains pas attention ! Il faut croire que j’ai plutôt eu de la chance et en me laissant porter j’ai réussi à devenir heureux ! 
 Je n’ai d’abord pas choisi de naître en banlieue, j’ai l’impression que c’est là en fait que tout s’est joué. Banlieue de classe moyenne déjà c’était flou, parents ni pauvre ni riche, un joyeux merdier, un gros mélange de tous les visages de la France. On mélange tout ça et on regarde ce qu’il en sort. Et bien franchement c’était pas mal ! Une bonne école de la vie et d’ouverture d’esprit en tout cas.

Ensuite, je n’ai pas vraiment choisi de bosser à l’école et de choisir mes études. Fervent adepte de la secte de la procrastination, j’ai fait juste ce qu’il fallait pour profiter et donner un coup de collier quand il le fallait pour avancer et tenter d’assurer mon avenir.

Je n’ai pas non plus choisi de tomber amoureux, là encore ça m’est tombé dessus, et la question ne s’est pas posée, c’était une évidence, elle était la femme de ma vie ! Même si là encore difficile de faire un choix mais finalement j’ai réussi, on va se marier cet été !

Fait insignifiant mais qui quelque part est l’élément déclencheur de cette réflexion.
 Au collège je n’ai pas choisi la musique que j’écoutais. Le monde était divisé en 2 à cette époque là, les rockeurs / Skateurs et les lascards/ rappeurs. Soit Nirvana vs IAM. Je ne sais pas pourquoi je me suis tourné vers le côté obscure de la force, peut être parce qu’une fois de plus j’étais un garçon normal, je voulais être cool et le survêt’ Lacoste était tendance dans mon collège. Mais je n’avais pas vraiment de revendication propre, mais j’ai aspiré celle des autres.
 Bref tout ça pour dire que ce qui a forgé ma première vision de la politique et de la société se trouvait dans les textes de shurik’n, scred connexion, assassin, oxmo etc … J’avais beau ne pas venir de cité, j’avais l’impression d’appartenir à une clique, un mouvement une vision contestataire mais réaliste. Il n’était pas question de bruler le système mais de faire entendre la voix de tous ! Cette bande de potes, cette France qui me ressemblait (ou pas) mais en qui je me reconnaissais…

Le 21 Avril 2002, j’avais 15ans, donc en plein dans la crise d’adolescence avec un poster d’Eminem dans ma chambre ! Bref, je me souviendrais toute ma vie de ce choc le soir des résultats à l’élection présidentielle, difficile de décrire ce que je ressentais à ce moment là. Une colère immense, une impuissance totale et un sentiment bizarre d’une partie de la France que je commençais à cerner et appréhender s’écroulait devant moi. Une France à 2 visages, je n’imaginais pas que des gens pouvaient se reconnaître dans le discours de Jean Marie LEPEN, une France sombre, aigri, agressive et peureuse… J’ai passé la soirée dans ma chambre, écoutant Difool (et oui on prenait l’info et la communication où on pouvait à l’époque) et le témoignage de cette France révoltée, celle qui me comprenait, celle qui me ressemblait.

Ce jour là j’ai vraiment commencé à m’intéresser à la politique et à tenter de comprendre qui vivait autour de moi, ce que la France voulait dire et surtout ce qu’elle voulait devenir.

Jusqu’à aujourd’hui j’avais donc continué à surfer, tenter de comprendre mais incapable de prendre position ou de me reconnaître dans un discours politique.

Le summum est arrivé cette année sur cette campagne présidentielle :

On prend en pleine têtes des vagues d’infos, d’affaires, de fakes news, de politique spectacle, on joue sur les peurs on titille les sensibilités de tout le monde pour le rallier à sa cause. Qu’on soit bien d’accord, tout le monde dans le même panier dans ce propos !

Et là encore dans ce tourbillon, je ne choisis pas vraiment, je choisis souvent par défaut, parfois par conviction. J’ai toujours été passionné de politique mais jamais personne ne m’a emballé. Moi trentenaire, actif, vivant dans une grande métropole, pas aisé mais pas dans la difficulté. Forcément mon cœur et mon humanisme à gauche et ma raison balançant aussi un peu à droite. Je n’aspire pas à révolutionner le monde mais j’ai de l’ambition comme tout le monde, en tout cas comme beaucoup de gens de ma génération. L’économie et la relance de l’activité mondiale me parle aussi. 
 Ma voix du 1er tour n’était pas un vote d’adhésion à 100% mais un vote de raison. Nous avons bien vu que la France était coupé en 4 après le 1 er tour. Maintenant que je suis un peu plus raisonné, j’essaye de prendre du recul, j’essaye de me mettre dans la peau de chacun de ces électeurs, et ce que j’aurais encore été incapable de faire il y a peu, j’arrive maintenant à les comprendre. C’est difficile de faire avancer une nation au même rythme, nous n’avons pas les mêmes réalités. Je ne peux pas imaginer ce qu’endure un agriculteur livré à lui même dans une économie mondialisé, il ne peut pas rivaliser avec l’Europe avec ses petits moyens. Une mère célibataire, un handicapé, un chômeur de longue durée etc … Nous n’avons pas la même vie, je comprends une envie d’envoyer chier le monde et de tenter un coup de poker… D’où le titre de mon article…

Hé la France … ça te dit pas qu’on se pose tranquillement et qu’on réfléchisse à la question… « Une France d’extrême droite, c’est vraiment ça qu’on veut ?!? » 
 On décide donc tous ensemble, sereinement et sans pression que l’extrême droite va représenter nos valeurs … C’est ce que tu essayes de me dire… ?

Tu prends 10 minutes, 1h le temps que tu veux France mais coupe tout, pose toi et réfléchit à la société qui nous attend… Toi toute seule, sans l’influence du monde autour… Demandes toi Juste si TOI tu veux devenir ce genre de pays… ?

Ce qui est certain c’est que si Mme Le Pen accède au pouvoir dimanche prochain, je devrais (on devra) se poser sincèrement la question. Il ne s’agit pas de fuir comme un lâche. Je vous ai dit que j’allais me marier, je ne sais pas ce que l’avenir nous réserve mais ce qui est certain c’est que ma famille ne se construira pas dans un pays qui a cette vision de la société, ce fatalisme et ce repli sur soit. Si nous avons la chance d’avoir un enfant je veux qu’il soit ouvert sur le monde, pas enfermé, anxieux et ayant peur pour son avenir.

Tout ce que je dis là, je le dis sans haine, une fois de plus je ne juge pas les gens votant Front national, ils ont leurs raisons et je ne vis pas leurs souffrances. Mais ce n’est pas ma France et nous n’avons plus rien à faire ensemble. J’ai perdu de vu pas mal de personnes de cette clique de ma jeunesse ! Nous avons des évolutions différentes, mais ceux qui restent sont de vrais amis avec qui nous partageons les mêmes valeurs. Donc le 7 mai ça sera avec moi mais si ça tourne mal, par contre ma chère France ça sera sans moi !
 Parce que le naturel revient toujours au gallot et pour citer la célèbre philosophe du XXeme siècle Diam’s ! « Ma France elle emmerde, ma Jeunesse elle emmerde, ma Banlieue elle emmerde… qui ?…. LE FRONT NATIONAL !

Alors Mr Emmanuel Macron, vous avez eu le temps de vous y préparer, le scénario était joué d’avance, maintenant on y est … vous avez le destin de la France entre vos mains durant ce second tour, donc allez y prenez vos responsabilités et rassemblez la France, on est au bord du gouffre mais vous avez encore le temps de tendre la main et de nous faire remonter avant dimanche… 
 Attention par contre, vous allez en baver pendant 5 ans, parce que nous n’allons pas vous lâcher, il faudra agir et tenter cette dernière chance à fond avant que le FN ne rafle tout la prochaine fois, la France ne vous le pardonnera pas, en tout cas pour cette fois-ci vous avez mon vote.