Loi sur le renseignement : et si nous avions construit la boîte de Pandore ?

Dans quelques jours, le peuple suisse se prononcera sur la révision d’une loi qui a mal vieilli. L’intention du Parlement est noble et répond à des impondérables d’actualités tel que l’usage massif des nouvelles technologies de communication (NTIC).

En tant que Président de Swiss Tech Association qui regroupe des startups du domaine de toute la Suisse, je ne peux pas rester silencieux face aux risques majeurs encourus par nos entreprises et citoyens en cas de OUI.

En effet, la loi sur le renseignement permettra aux services de renseignements suisses de « sniffer » l’ensemble des données numériques entrant et sortant du pays.

Si vous regardez la vidéo de vulgarisation créée par le Conseil Fédéral à destination de la population, vous y verrez une représentation de plusieurs autoroutes de l’informations qui seront surveillées.

Si la vidéo semble suggérer qu’il est possible d’intervenir sur un petit segment de l’autoroute de l’information, comme une patrouille de police sur une route nationale, il en va tout autrement de la réalité numérique.

En effet, la seule possibilité technique d’analyser une portion de route est de stocker préalablement la totalité des informations, data, circulant sur cette dernière. Stockage qui se ferait dans un gigantesque coffre-fort numérique géré par le service de renseignement.

Ainsi, chaque email, chaque échange numérique effectué sur votre smartphone ou ordinateur serait à coup sûr stocké dans ce coffre pour y rester potentiellement jusqu’à 30 ans.

A la limite, les personnes ayant confiance dans l’Etat et les contrôles externes proposés dans le texte pourraient se voir tranquillisées puisque la clé de ce coffre-fort ne serait disponible qu’à un nombre restreint d’organes et pour des buts bien délimités.

Or, il est un risque inhérent à la technologie même qui n’est, à mon sens, pas assez débattu dans la campagne. Car le web est une structure interconnectée par essence. Le traduction même du mot « web » est « toile » et plus particulièrement la toile d’araignée ! Cela signifie que même si l’Etat est capable de mettre en place un coffre-fort sur cette toile, il sera toujours possible à certaines araignées malintentionnées d’y accéder. En matière de piratage, tout est question de temps, puissance de calcul et de moyens.

Ainsi, la Suisse, en votant sur un texte qui a été pensé par les politiciens pour protéger leur population, risque plutôt de fournir les armes qui pourraient se retourner contre elle !

La nouvelle loi sur le renseignement (LRens) veut étendre massivement le pouvoir du Service de renseignement de la Confédération. Elle ouvre la porte à l’Etat fouineur. Avec elle, les services secrets pourront sans motif pénétrer dans la vie privée des citoyens et citoyennes, et suivre leurs communications.

Le 25 septembre, accepterons-nous la création de la plus grande boite de Pandore jamais construite ?

De mon côté, le choix est fait. Pour la sécurité des suisses, je voterai NON à la LRens.