Comment faire de l’UE un leader dans l’économie numérique?

Résumé de mon intervention au parlement européen le 8 février lors de l’audition publique organisée par EPP.

2 enjeux importants pour réussir dans une économie de plateforme :

  • accompagner nos PME à se développer dans ce nouveau cadre ;
  • assurer la loyauté des relations entre les plateformes et leurs écosystèmes.

1/ ACCOMPAGNER NOS PME DANS UNE ÉCONOMIE DE PLATEFORME

Premier constat : nos politiques publiques ont aujourd’hui intégré l’enjeu de soutenir le développement des startups.

Il naît tous les ans en Europe, autant de start-up qu’aux Etats-Unis ou en Asie. Nous avons plusieurs exemples de réussite : Spotify en Suède, Zalando en Allemagne, Sigfox en France.

Il reste des efforts à fournir pour permettre au startup de grandir.

  • En matière de financement. Rapporté au PIB, le poids du capital-risque en France est 4 fois inférieur à celui des US et de la Chine. Beaucoup de startup européennes vont se financer aux US, et doivent en contrepartie se localiser aux US. Il faut réorienter l’épargne vers le financement de l’innovation, des startups.
  • En matière de réglementation. Approfondir le dialogue entre les Etats membres pour avoir une vision commune sur le numérique et défragmenter les réglementations.

Mais globalement les politiques ont intégré cet enjeu en Europe. C’est un sujet qui est entré dans le débat public.

Le sujet de la transformation numérique de nos PME n’a pas encore profité d’un portage politique fort et assumé. Il est pourtant essentiel de penser le numérique au-delà des grands groupes et des startups !

Second constat : nous observons une trop faible prise en compte de l’enjeu de la transformation de nos PME (qui forment en France 99% de nos entreprises, 50% de l’emploi)

L’entrée dans une économie de plateforme change les règles du jeu, notamment la relation avec le client. Il faut aujourd’hui investir de nouveaux espaces pour être visibles, mais aussi pour vendre ses produits.

De nombreuses opportunités restent inexploitées aujourd’hui, notamment sur l’e-export. L’e-export, c’est la vente en ligne à l’étranger. Seulement 5% des entreprises en France en font aujourd’hui. Alors même que la vente à l’étranger via des marketplaces est aujourd’hui devenu plus accessible que jamais.

Recommandation : il faut développer un véritable accompagnement et des incitations pour que nos entreprises se transforment

Il faut rendre plus flexible notre offre d’accompagnement. Les réseaux d’accompagnement traditionnels doivent eux mêmes se transformer. Il faut ouvrir cette offre à de nouveaux acteurs. Par exemple, il faut intégrer les acteurs associatifs, les tiers lieux, provoquer plus d’échanges de savoir entre startups et pme, etc.

Il faut aussi simplifier et rendre effectif des dispositifs existants. Nous avons par exemple identifié un besoin, notamment pour les petites entreprises, de soutien à l’investissement immatériel, faute de garanties. Or il y a théoriquement un dispositif européen parfaitement adapté : les ICT Innovation Vouchers. Mais nous avons malheureusement dû observer que pour des petits montants, ces aides sont inadaptées : les obligations de reporting sur ces aides sont si élevées que les coûts de gestion dépassent souvent le montant de l’enveloppe globale que l’on peut distribuer !

On ne peut néanmoins pas parler de l’adaptation de nos entreprises à l’économie de plateforme sans parler des nouveaux enjeux en matière de régulation qui sont aujourd’hui posés par l’arrivée de ces nouveaux acteurs.

2/ ASSURER LA LOYAUTÉ DES RELATIONS ENTRE LES PLATEFORMES ET LEURS ÉCOSYSTÈMES

Premier constat : Nous devons rétablir un équilibre entre les plateformes et les entreprises qui en dépendent.

Les plateformes ont aujourd’hui développé un pouvoir extrêmement important sur des secteurs tout entiers.

  • Uber peut fixer les tarifications des VTC dans nos villes.
  • Google peut diminuer le CA d’une entreprise en modifiant ses politiques de référencement.
  • Twitter peut décider de changer son API et ainsi avoir un droit de vie ou de mort sur tout une série d’entreprises qui ont développé des services sur cette base. // avec changement du voltage électricité EDF.

Face à ce pouvoir croissant des plateformes sur leurs écosystèmes, nous considérons qu’il faut développer le principe de loyauté.

La loyauté c’est de demander aux plateformes : “de dire ce qu’elles font et de faire ce qu’elles disent, tout en donnant les moyens aux internautes de le vérifier ”.

Deuxième constat : les plateformes bénéficient d’effets de réseau qui réduisent la possibilité de les concurrencer.

Cela peut se traduire par des effets de lock-in importants. L’utilité que l’on peut tirer d’un réseau social comme Facebook dépend bien évidemment du fait qu’il est utilisé par tout le monde. On rentre donc facilement dans une logique de “winner takes all”.

Dans le cadre des plateformes, une nouvelle difficulté s’ajoute à l’effet de réseau : celui de l’accès aux données nécessaire pour offrir un service et entrer sur un marché. On l’observe tout particulièrement pour le développement de solutions basées sur l’intelligence artificielle, notamment du machine learning, qui nécessite de pouvoir confronter les algorithmes qu’on a développés à des données pour les faire apprendre.

Or les principaux collecteurs de données sont nos terminaux (mobiles, etc.) une poignée d’entreprises se partagent l’essentiel des parts de marché des systèmes d’exploitation : IOS, Androïd, Microsoft.

Le risque, avec une concentration des bases de données et des capacités de les exploiter est que nous soyons tous demain des locataires de ces capacités (individus, chercheurs, entreprises, etc.)

Attention de ne pas cranter un système juridique qui figerait cette situation. Les silos de données sont déjà constitués côté plateformes, mais on peut procéder autrement pour le développement de l’IoT, de l’IA et la digitalisation de l’industrie : sur ces terrains l’UE a des capacités importantes (infrastructures de qualité, tissus industriels à forts savoirs faires, laboratoires d’IA de très haut niveau).

Il faut donc prévenir la constitution de nouveaux silos détenus par une poignée d’entreprises décidant du sort de milliers d’autres.

Si nous souhaitons éviter des erreurs stratégiques pour les acteurs européens comme le safe harbor, nous devons être très vigilant sur le cross border data flow dans les accords commerciaux.

Recommandation : favoriser la concurrence et l’ouverture du marché par la notation des pratiques des plateformes et le droit à portabilité des données

Nous appelons à une plus forte réactivité des outils antitrust. On voit que cela fait déjà 8 ans que nous travaillons sur le cas Google et 10 ans sur le cas Microsoft”. C’est incompatible avec les cycles de marché actuels.

Afin de d’identifier plus rapidement les problématiques émergentes autour des plateformes, nous proposons de créer une agence de notation, pour faire levier sur le levier réputationnel pour inciter les plateformes à adopter des bonnes pratiques en matière de loyauté.

Nous allons nous-même expérimenter la co-conception d’indicateurs et de comparables utiles pour les entreprises, les startups et les VC : sur les conditions de référencement, les conditions d’accès aux APIs, la stabilité des relations, etc. Il s’agit d’appliquer la logique de plateforme aux plateformes elles-même pour rendre le marché plus transparent ! c’est essentiel pour l’entrepreneuriat : Besoin de permettre aux personnes qui seront demain en situation de dépendance vis à vis de plateformes, de mieux maîtriser leur prise de risque.

Enfin, pour faciliter le choix des consommateurs/entreprises, il faut consacrer le droit à la portabilité. Cela permettra de faciliter le passage d’une plateforme à une autre et de favoriser les mouvements de données “cross-platform”.

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