Pourquoi je quitte Twitter

Source : http://www.wired.com/2015/08/twitter-stock-falls-ipo-price-first-time/

Je me suis inscrit sur Twitter en 2009. C’était le printemps arabe. La révolution iranienne. Les électeurs s’opposaient à l’élection de Mahmoud Ahmadinejad. Et c’est précisément à ce moment-là que j’ai compris — tardivement il est vrai — l’importance de Twitter. C’était sur ce réseau que l’information circulait. Face à la répression exercée par les autorités, Twitter apparaissait comme un espace de liberté. Twitter s’affirmait enfin comme le concurrent des médias traditionnels. La chaîne CNN étant indifférente à ce qui se passait en Iran, on disait alors : « La révolution ne sera pas télévisée, elle sera twitterisée ».

Révolution, politique, printemps, liberté, réseau, information… Il n’en fallait pas plus pour me séduire. Et j’étais séduit. Et pas qu’un peu. Facebook m’indifférait, Twitter allait me passionner avec ses RT, ses hashtags, ses FF, etc. Et ce réseau a été une mine d’informations comme je n’en avais jamais vu. C’était mieux que les flux RSS. C’était mieux que la république des blogs. Les gens étaient excessivement sympas. On s’entraidait. On raillait dans un esprit potache. Bref, c’était bien.

Ça a duré quelques années.

De nombreuses choses indiquaient ce qu’allait devenir ce réseau. D’abord, il y a eu les gourous de l’oiseau bleu : ses avocats, ses starlettes et ses journalistes aux centaines de milliers d’abonnés et au nombre inversement proportionnel d’abonnements. Ce déséquilibre était un premier camouflet infligé à Twitter. Ce réseau qui avait brisé l’inégalité média/spectateurs (ceux qui s’expriment, ceux qui regardent) allait le recréer. L’aspiration démocratique prenait fin.

Ce n’était pas pour me déranger. En fait, je m’en fichais complètement. J’ai rapidement arrêté de suivre les stars de Twitter, comprenant bien qu’on ne deviserait pas gaiement de tout et de rien, qu’ils n’avaient rien à me dire et que je n’allais pas les suivre comme on regarde le JT de TF1.

Et les choses ont continué comme elles avaient commencé. J’ai discuté, échangé comme on dit (emploi absolu du verbe). Et c’était chouette. Profs (beaucoup de profs), infirmières, informaticiens, quelques journalistes quand même. Beaucoup de monde d’horizons différents. Beaucoup de rencontres aussi. Et des voyages. Le virtuel ne s’est jamais opposé au réel sur Twitter.

Et puis insensiblement, quelque chose s’est passé.

Je n’étais pas spécialement un early adopter. Twitter est apparu en 2006. Mais enfin, en 2009, on était entre nous. On était les happy few et on était peinard. Cela a duré quelques années. Puis le réseau a continué de grossir. Beaucoup de gens sont arrivés là. Il y a eu des personnalités politiques qui ont fini par comprendre qu’il fallait y être. C’est l’ère des community managers et des publicitaires. En fait, ce n’était pas vraiment une nouveauté que cette venue sur Twitter de gens qui n’étaient pas exactement là pour tailler le bout de gras, mais pour se faire de la pub ou vanter les mérites de tel produit (d’ailleurs, Twitter a fini par mettre de la pub dans nos TL). Il y en avait dès le début. Un de mes premiers abonnés Twitter devait être un compte lié à la pornographie.

Mais surtout, à un moment, les gens se sont mis à râler pour tout et pour rien : le burkini, le jargon, la pédagogie, l’insignifiante anecdote politique… Tout est prétexte à s’indigner, à pousser de hauts cris. J’en profite pour faire mon mea culpa. J’y ai bien participé. Mais entre râler gentiment et taper à boulet rouge sur tout ce qui n’est pas soi, il y a tout un écart qui est abyssal. L’unique objectif de certaines personnes est de mépriser, insulter, railler, moquer, provoquer. Il semble que beaucoup de gens sur Twitter ne soient là que pour emmerder les autres. Ils n’ont rien à dire, rien à faire. Ils sont juste là pour se payer votre tronche (ils me font d’ailleurs penser à South Park et au rire si particulier des personnages). Ils se définissent dans leur bio par ce qu’ils n’aiment pas, par ce à quoi ils s’opposent, sont contre. Certains ont même deux, trois, quatre comptes pour être sûrs que vous ne manquiez pas ce qu’ils ont à vous dire. Ce comportement s’est amplifié chez les profs avec la réforme du collège. Les sensibilités se sont exacerbées. Les uns hurlent leur indignation, les autres s’indignent encore plus fort.

Source : http://southpark.wikia.com/wiki/File:Eric_cartman.png

À partir de là, je vous renvoie à un billet que j’avais écrit et qui est intitulé La tentation du Hobbit.

Si vous n’allez pas lire ce billet, je vous cite ce passage qui a à peu près la même teneur que celui que vous êtes en train de lire :

On ne peut pas s’y exprimer sans s’attirer les sarcasmes d’un illettré. On a vu des enseignants appeler au viol et au meurtre. Le racisme et l’intolérance s’y affichent avec délectation. Marine Le Pen a un million d’abonnés.

Alors je m’en vais. On m’a bien suggéré d’être indifférent aux attaques personnelles, de ne pas y répondre, d’ignorer les invectives. J’ai tenté ces derniers jours de tweeter des trucs qui n’intéressaient absolument personne, mes lectures essentiellement. Et puis, l’erreur ! j’ai exprimé un truc plus personnel.

Alors, je me suis rappelé le vieux dicton « Don’t feed the troll ». Et la meilleure manière de ne pas alimenter les trolls, c’est encore de n’être pas là. Quand ceux-ci se trouveront tout seuls, ils n’auront plus rien, plus une personne pour exprimer leur détestation de tout. Je leur laisse Twitter. Ils le rendront aussi con que l’intelligence artificielle de Microsoft. Comme le disait, Valéry Giscard d’Estaing : “Au revoir”.

Source : http://www.dailymotion.com/video/x2rm67w?GK_FACEBOOK_OG_HTML5=1
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