NON, Ray Tomlinson n’a pas inventé le mail

Ray Tomlinson est souvent crédité du titre d’inventeur du courier électronique. Cependant, contrairement à l’idée reçue, Tomlinson n’a pas inventé l’email. Petit rappel de l’histoire de ce qui va devenir “la mère de tous les réseaux”

En 1972, Tomlinson a dans son bureau de BB&N deux machines côte-à-côte mais qui ne sont reliées entre elles que par ARPAnet. Il a alors l’idée d’un hack : envoyer un message d’une machine à l’autre par delà l’ARPAnet.

Pour ce faire, il met au point deux programmes. Le premier, SNDMSG (send message — envoyer un message), permet à des personnes travaillant sur une même machine de s’envoyer des messages sur le système de temps partagé TENEX tandis que le second, READMAIL, permet de les lire. Pour transporter les messages, il utilise un protocole de communication qu’il a codé juste quelques semaines auparavant, CPYNET. La manipulation lui est facile et en moins d’une après midi, le code est fonctionnel. Ce faisant, Tomlinson ne répond à aucune directive de travail et il écrit le programme que parce que c’est une bonne idée (« a neat idea »). C’est même, de son point de vue, quelque chose qui est hors travail, puisque qu’il aurait présenté son programme a un collègue en lui disant : « N’en parle à personne, nous sommes sensés travailler sur autre chose »

Des systèmes de messagerie existaient avant le mail de Tomlinson. En juillet 1971, Dick Watson a proposé forme de courrier électronique dans une RFC [1] et les systèmes de temps partagé connaissaient également le courrier électronique.

Le réseau ARPAnet a été construit autour de systèmes de temps partagés reliés par un protocole de communication. Il permettait à un utilisateur d’accéder à des ressources distantes et donc de faire des économies puisqu’une machine était partagée par une communauté de chercheurs.

Assez rapidement, les utilisateurs ont trouvé utile de s’adresser des messages. Pour ce faire, ils créaient dans un des répertoires commun du système un fichier au nom du destinataire, par exemple : « to tom ». Les utilisateurs avaient pris l’habitude de vérifier régulièrement s’ils n’avaient pas un fichier à leur nom dans ce répertoire.

Le système de temps partagé qui était le plus utilisé, CTSS, avait une commande MAIL écrite par Tom Van Vleck. La commande avait été prévue dès la conception de CTSS mais personne n’avait n’avait pris le temps de la programmer sans doute parce qu’à l’époque, l’encadrement voyait le mail comme « un usage frivole de ressources informatiques rares »[3]. La commande MAIL écrite par Tom Van Vleck apporte une amélioration : le fichier est créé directement dans le répertoire du destinataire. Le courrier ne peut donc pas être lu par d’autres, et crée un espace privé qui va être vite utilisé pour autre chose :

MAIL was soon used for personnal communication as well as work related messages, thoth this hability was not emphasized by management, who saw the mail facility as frivolous use of scarce computing ressources. Tom Van Vleck

Sur CTSS, l’envoi d’un courrier n’est possible que si l’on connait le numéro du chercheur et le problème sur lequel il travaille. Il est également possible d’envoyer un message a toutes les personnes travaillant sur un problème ou a toutes les personnes du système. Il existait également un système de privilège permettant à certaines personnes d’envoyer un courrier a un destinataire même si l’espace disque qui lui était alloué était dépassé. En 1969, Tom Van Vleck portera la commande mail sur MULTICS, le système de temps partagé qui succède à CTSS. Le principe est le même à cette différence près que du fait de la construction de MULTICS, les mails ne pourront pas être être privés.

En fait, tous les systèmes de temps partagé avaient une forme de messagerie. .SAVED (dot saved) était par exemple une sorte de messagerie instantannée utilisé sur MULTICS tandis que CONTINUUM, écrit par Pat Doherty dans les années 1970 était un bulletin board préfigurant les forums de USENET.

CTSS avait une commande MAIL écrite par Tom Van Vleck. Le système de temps partagé avait dès sa conception cette commande, mais personne n’avait pris le temps de la programmer sans doute parce qu’à l’époque, l’encadrement voyait le mail comme « un usage frivole de ressources informatiques rares »[4] Les utilisateurs avaient pris l’habitude de créer un fichier au nom du destinataire, par exemple To Tom, et de le placer dans un répertoire commun. La commande mail écrite par Tom Van Vleck apporte une amélioration : le fichier est créé directement dans le répertoire du destinataire. Le courrier ne peut donc pas être lu par d’autres, et crée dans l’espace collectif un espace privé qui va être vite utilisé pour autre chose :

« MAIL was soon used for personnal communication as well as work related messages, thoht this hability was not emphasized by management, who saw the mail facility as frivolous use of scarce computing resources » Tom Van Vleck

Sur CTSS, l’envoi d’un courrier n’est possible que si l’on connait le numéro du chercheur et le problème sur lequel il travaille. Il est possible d’envoyer un courrier à une personne ou a toutes les personnes travaillant sur un problème ou a toutes les personnes du système. Il existait également un système de privilège permettant à certaines personnes d’envoyer un courrier a un destinataire même si l’espace disque qui lui était alloué était dépassé. En 1969, Tom Van Vleck portera la commande mail sur MULTICS, le système de temps partagé qui succède à CTSS. Le principe est le même à cette différence près que du fait de la construction de MULTICS, les mails ne peuvent pas être privés.

En fait, tous les systèmes de temps partagé avaient une forme de messagerie. .SAVED (dot saved) était par exemple une sorte de messagerie instantannée utilisé sur MULTICS tandis que CONTINUUM, écrit par Pat Doherty dans les années 1970 était un bulletin board préfigurant les forums de USENET.

Si Tomlinson n’a pas inventé stricto sensu le courrier électronique, on lui doit la syntaxe de nos messages électroniques. Tomlinson avait besoin d’un séparateur entre le nom de la personne et celui de la machine. Il lui faut un signe que l’on ne puisse pas confondre avec les caractères qui précédent et ceux qui suivent, un signe qui soit rapidement identifiable et qui n’ait pas de fonction. L’arobase lui semble être un bon candidat. Il est peu utilisé et sur les TENEX il n’a pas de signification. Le signe @ trouve là un nouvel usage. Il était utilisé en latin pour dire la préposition « ad » et serait une ligature des lettres « a » et « d » de la même manière que l’esperluette est une ligature des lettres « e » et t ». On le retrouve ensuite dans les livres de comptes anglais sous le nom de « a commercial » et était l’équivalent de la préposition « at » devant l’indication d’un prix unitaire : 10 items @ $ 5 se lisait : 10 items à 5 dollars l’unité.

Si le mail est bien une « killer application », le signe @ est une jolie trouvaille linguistique. L’adresse Tomlinson@BBN se lit comme Tomlison at BBN : elle dit tout à la fois que l’on peut trouver un Tomlinson chez BBN. Ce que l’arobase ligature, c’est un sujet et une machine. Un utilisateur devient l’invité d’une l’hôte d’une machine et son identité est définie par ce rapport. En un signe, Tomlinson dit élégament les rêve de symbiose homme-machine de Licklider

Le mail de Tomlinson sera un tel succès qu’on lui donnera le nom de « killer application ». En 1972, la nouvelle version de TENEX incorpore SNDMSG. Le mail se répand alors au travers de l’Internet comme une trainée de poudre en produisant des effets surprenants. Il va devenir selon la belle expression de Emilie Ogez “la mère de tous les réseaux”.