I got a sister

Source: http://blog.amightywind.com/

Par une après-midi, nous étions autour de la table à manger du salon, mes deux sœurs, mon demi-frère et moi. Nous étions en train de colorer des pages d’un livre prévu à cet effet. Ma mémoire ne me ramène pas pourquoi mes sœurs étaient à table avec nous deux. Ce qui m’est resté de cet épisode c’est une discussion animée entre mes sœurs à mon sujet qui se résume à ceci : “Antoine est plutôt tendre. Yannick il est intelligent mais un peu brutal des fois”. Je ne savais pas ce que “tendre” voulait dire à l’époque (croyez-moi, j’ai appris depuis) mais j’ai compris que je n’avais ce quelque chose que Brigitte semblait aimer. C’est ce jour-là, je pense, que ma sœur est devenue la personne la plus influente de ma vie.

Brigitte c’est ma sœur. J’aime dire, comme un fayot ma “grande” sœur parce qu’en dépit de sa petite taille, aucun autre épithète dans mon esprit ne se mêle aussi délicieusement, aussi naturellement à ce nom de sœur pour moi. Elle est grande, si vous saviez… Elle sait tout, elle voit tout, elle comprend tout. Brigitte sait répondre aux questions que je n’ai pas encore posées. Elle se connaît et vit en paix avec ses insuffisances. Elle se trouve bien pour elle-même, et sans afficher ce contentement prétentieux que beaucoup affichent quand ils ont réussi quelque pas en direction de ce à quoi ils aspirent, elle n’est pas pour autant mécontente de la femme qu’elle est devenue.

Bibi c’est la cheffe (elle m’aurait tué de ne pas avoir mis chef au féminin pour me référer à elle). Elle ne se préoccupe pas de diriger la vie d’autrui, elle a déjà fort à faire pour maintenir le cap de sa propre barque. Vous ne verrez pas ma sœur se réclamer d’un quelconque féminisme, elle est juste capable de faire un scandale quand tu n’écris pas “elle” avant “il” dans une phrase et s’horripiler quand tu mets les indicateurs du féminin dans des parenthèses abandonnées à côté du masculin écrit pour sa part complètement. Elle n’a pas besoin d’imposer, Brigitte, elle sait créer cet enthousiasme qui emporte les réticences, les amenuisent à mesure qu’elle déroule son argumentation implacable et sans faille.

Ma sœur à moi est une magicienne. Elle a enjambé les onze années qui séparent nos naissances pour devenir une petite mère pour moi. Elle est partout à la fois sans jamais être envahissante. Malgré qu’elle m’ait fait, elle sait s’accommoder de mes “non” bougons, et ne pas s’exaspérer de mes silences. Bibi sait ce qu’il me faut avant que je n’ai conscience d’avoir besoin. Elle ne connaît pas les problèmes, elle ne sait qu’inventer les solutions. Même si être si parfaite doit lui peser, vous ne la verrez jamais ployer sous le poids de l’effort. Pleure-t-elle la nuit ? Je ne le sais pas…

Brigitte est une artiste. Elle navigue dans des flots constants de création où le pinceau apporte la couleur de la vie, où les mots disent le voyage au pays lointain de la fantasmagorie. Bibi n’a pas fini le deuil de Cesaria Evora qu’elle s’enthousiasme déjà du génie de Stromae. Dans son appartement l’Orient dialogue avec l’Occident pendant que l’Afrique boude délicieusement dans son coin. Ma sœur est une enfant. Elle s’émerveille encore de ces petits riens auxquels plus personne ne prête attention et se révolte contre les convenances qui ont corrompu notre pureté à nous autres depuis longtemps.

Bibi est formidable. Elle possède un pouvoir rare. Il n’y a que quand ma sœur est là que je m’autorise à redevenir un petit garçon. Il n’y a que quand elle est là que je me permets de poser quelques jours, toujours trop courts, le fardeau que cela représente de devenir un homme. Quand ma sœur est là, plus rien ne peut m’arriver, je suis apaisé. Ma sœur et moi contre le monde entier, plus rien ne compte.

Brigitte, c’est la seule personne que je suivrais au bout du monde les yeux fermés parce que je lui fais confiance plus que je n’ai fait jamais confiance à aucun autre être humain sur cette terre. Elle a été pendant longtemps ma seule mesure du bien ou du mal. Elle a forgé toutes ces années durant, mes conceptions morales, philosophiques, politiques. Elle m’a regardé devenir un homme sans jamais me contredire ou me juger, me tenant patiemment par la main, s’arrêtant sur le sentier avec moi quand j’hésitais, jusqu’à ce que je prenne une décision.

J’aurai pu aujourd’hui en particulier lui écrire une longue lettre pour lui dire toutes ces choses qu’elle ne m’a jamais entendu dire, comme autant de baisers dont je rêve de la couvrir sans jamais avoir le courage de franchir l’espace de ses bras, parce que dans ce cas j’aurais été trop près de son cœur et elle trop près du mien. Nous sommes les enfants de Jules, chez nous on ne fait pas des choses comme celles-là, on ne dit pas ces choses là. Je ne sais juste pas dire à Brigitte à quel point je l’aime et l’admire. Alors je vais écrire sur un blog pour que des dizaines d’yeux étrangers viennent assister à cette démonstration indécente d’amour fraternel. Ce qui est rassurant, c’est que je sais qu’elle le lira. Elle lit toujours chacun de mes posts même si elle ne commente pas. J’avoue qu’il m’arrive de me réveiller en pleine nuit pour voir dans mon application, de quels pays viennent mes lecteurs. Très souvent, tout en bas de la liste je vois le drapeau du pays où elle habite. Trois consultations. Je me dis “L’Allemagne a lu.” Et puis je me rendors.

J’ai dû faire à nouveau le tri, me censurer pour ne pas écrire tout ce que je voulais dans ce billet parce que les gens regardent et que je suis très gêné d’avance de ce qu’ils penseront. Mais je voudrais que tu saches je t’aime plus que tout. C’est bête, je me sens libéré de l’avoir écrit. Voilà, j’ai les larmes aux yeux. C’est ballot… Je veux que tu saches que ton bonheur m’importe plus que tout, qu’il ne s’écoule aucune journée où je n’ai pas une pensée, une prière pour toi, que ça me fait chier que tu sois si loin de moi. Mais en même temps je me connais, tu aurais été à côté que je ne t’aurais pas dit toutes ces choses que j’écris là.

A la base, je voulais juste te souhaiter un joyeux anniversaire. Il est 14h00. Tu te demandes sans doute si j’ai oublié de t’envoyer un SMS ou de t’appeler. Ça fait juste dix jours que je me demande ce que je peux te formuler comme vœux , à toi qui ne possède rien et ne veut de toute façon rien avoir. Je me suis dit qu’un peu d’amour de ma part ne te ferait pas de mal…

Sois juste heureuse.

Bonne fête.

Yann.

PS: Ne m’appelle pas pour parler de ce billet. Je ne suis pas prêt à en discuter. Je sais que tu ne t’achèteras jamais une télé mais paie toi au moins un smartphone. Ce n’est pas si mal, tu sais… ;-)