#Merzouga: Les dunes, les fennecs et TripAdvisor

Je me délecte encore des images d’oasis et de randonnées désertiques restées gravées dans ma mémoire à tout jamais. Mais avant tout, ce voyage formateur était pour moi un moment d’émotions intenses, de joie, de colère, de nostalgie et que sais je encore.

Sur les traces de Saint Exupéry, j’ai rencontré un renard du désert hélas en captivité. Si l’Homme est loup pour l’Homme, que serait-il pour les autres espèces ? Une question au passage. Ce fennec est complètement sublime. En tout cas, pour l’avoir tenu et caressé, il m’avait l’air tout à fait inquiet, pour lui, pour nous, je ne saurais vous dire car voyez vous, son regard sincère était plus profond que n’importe lequel des gestes de notre quotidien. Et c’est en ce moment de vérité que j’avais eu une hésitation qui risque d’être longue à raconter, comment dire : existentielle.

J’ai donc laissé le fennec, aux enfants qui l’avaient capturé pour gagner du bakchich avec des touristes qui dans leur business plan allaient se prendre en photo avec l’animal. J’avais, impuissant, juré de le venger bien que la revanche est un plat qui se mange froid. La réponse ne se fera pas trop attendre et bientôt une initiative sera lancée. Le voyage pouvait continuer autour d’une medfouna, pastilla locale, ou encore un café épicée comme on les aime bien dans ces contrées arides.

A la faveur de la nuit, après le crépuscule légendaire des dunes de Merzouga, le spectacle des constellations étoilées pouvait commencer. La grande ourse ou encore la scorpion étaient limpides, on dirait la guerre des étoiles version astrologique ! Le feu de camp fut et je me trouve à court de mots pour décrire cette sensation d’être au beau milieu du desert, la nuit. Puis j’ai eu cette idée de sortir ma guitare pour accompagner tout cela de quelques cordes pincées. J’étais en train de caresser subtilement mon instrument quand une voix s’élevant de nulle part m’arrêta net dans mes élans lyriques : “Pourriez-vous arrêter de jouer s’il vous plait, j’ai des clients qui dorment dans les bivouacs”. J’ai tout d’abord fait semblant de ne pas entendre bien que le message était clair. Le message revint mais avec insistance et fermeté, assorti cette fois-ci d’un étrange argumentaire pour la circonstance. “Voyez-vous cher Monsieur, j’ai des américains ici et les américains ca rigole pas. Si vous me les réveillez, il vont aller me foutre une mauvaise note sur TripAdvisor !” Je n’en croyais pas mes oreilles : TripAdvisor en plein desert ! Oui Messieurs Dames, la révolution 2.0 et les sites d’avis ont conquis tous les recoins du monde, même les plus égarés. Les marques n’ont qu’à bien se tenir. Mon plaidoyer selon lequel je jouais justement des berceuses était vain et j’ai fini par céder aux injonctions répétitives et de plus en plus agressives de mon hôte.

C’est fini pour mon histoire avec les dunes, les fennecs et TripAdvisor. Rendez-vous bientôt avec de nouveaux voyages et de nouvelles histoires car comme disait Nicolas Bouvier dans son usage du monde : “Nous croyons faire des voyages mais ce sont les voyages qui nous font”.

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