The Joker : justicier des temps hypermodernes ?
Ma lecture du film The Joker qui reste à mon sens un chef d’oeuvre à voir absolument (en VOST si possible). Spoil Alerte : Ne pas lire ce billet si vous avez l’intention de voir le film.
Difficile de débiter des mots à propos de ce que l’on a visualisé car le choc des images dans ce film l’emporte sur le poids des mots. D’emblée, le drame est annoncé avec une première persécution et par qui ? Des enfants ou plutôt des ados pour être précis ! Oui même ces petits anges et ces bébés d’amour peuvent être d’une méchanceté et d’une violence inouïes. Réputés être de grands manipulateurs, les enfants et les ados passent aussi au registre de la violence quand il le faut, ce qui n’a pas manqué de traumatiser le héro du film d’entrée de jeu. Habillé en clown, the joker travaille dans la société de spectacle Ha-Ha et son boss est sans pitié, ses collègues, enfin certains d’entre eux, sont impitoyables. Un de ses collègues n’hésite pas à lui filer, après ladite agression, un revolver pour soit disant se protéger. Et c’est parti pour une épopée macabre. Dans le métro, trois jeunes hommes de bonnes familles mais souls de leur état essaient de draguer une fille qui part en courant. Témoin de la scène, The Joker ne contenant pas son tic, annoncé déjà en début de film, éclate de rire, ce qui provoque naturellement les trois poivrots qui se jettent sur lui en lui assenant châtaignes et coups de pieds. Et c’est là ou un grand tournant du drame advient. Le héro persécuté (encore une fois…) sort son flingue et tire à bout portant sur les trois agresseurs. Le crime presque parfait défraye la chronique et enflamme un débat idéologique sur ce meurtre de trois loups de Wall Street. En cavale, The Joker, ne manque pas de ruse pour semer les agents fédéraux et même de les envoyer balader, voire au coma ! L’heure est grave à Gotham City, funèbre théâtre d’insurrections d’hommes et de femmes masqué.e.s, de Riots de clowns déchaînés et d’une lutte de classes renouvelée à chaque instant. Le sauveur, ou plus exactement la sauveuse, n’est autre que la charmante voisine de palier, brune de son état, dans le crade immeuble où The Joker partage un appartement de misère avec sa maman. Mais quelle douceur cette fille par ces temps traitres ! Second rôle Interprété par la belle germano-américaine Zazie Beetz qui, à contre courant d’événements qui se suivent et ne se ressemblent pas et vous prennent par surprise, va vraiment être très gentil avec le Joker avant de le larguer à son sort. Le climax du film à mon sens commence avec la découverte d’une lettre qui va conduire le Joker vers une enquête désespérée à la recherche de son prétendu géniteur, un homme puissant et un énième persécuteur. La rencontre fut, avec en toile de fond les temps modernes de Charlie Chaplin, plaçant le film dans son contexte historique, la modernité, dans toute sa splendeur et toute sa lugubrité. Il s’avère bien par la suite qu’il ne s’agit point de son père ni de sa mère d’ailleurs. Atteinte d’une maladie mentale grave, la “maman” paraissant si gentille en début de film, est subitement mise à nu dans ce qu’on peut considérer comme le grand tournant du scénario. Sans hésiter, il passe à l’acte en éliminant cette “mère” qui selon les rapports médicaux le maltraitait pendant son enfance en lui faisant subir les pires des supplices. The joker élimine par la suite son cher collègue pourvoyeur d’arme à feu dans une scène des plus surréalistes. Une autre scène, celle-là croustillante, à l’hôpital, quand le Joker fait tomber son Revolver en plein spectacle pour enfants. Aucune lassitude, ni ennui, l’intrigue est au sommet. Et comme par providence, le pseudo géniteur est exécuté non par The Joker lui-même mais par un manifestant masqué, lui et sa gracieuse épouse, sous le regard choqué de leur enfant embourgeoisé qui n’est autre que Batman. Faut-il encore que les enfants subissent les pires supplices, encaissent les plus durs des chocs psychologiques et passent de l’innocence en mode monstres en devenir ? C’est en tout cas ce qui transparait de cette scène et bien d’autres de ce film comme messages clés, jetés en guise de bouteilles à la mer. Et c’est avec une deuxième et dernière danse, celle-ci plus aseptisée mais ne manquant pas de traces de sang en guise de violence (symbolique?), que se termine le film. Une deuxième car je ne vais tout de même pas écrire un billet sur ce film en oubliant son cliché central : l’image de son affiche. Cette danse, au milieu du film, ou tout devient clair aux yeux d’un joker vraisemblablement lucide et déterminé, surplombant sa ville. L’heure de son éclosion en tant que justicier des temps modernes. Or sur nos écrans, grands et petits, et nos réseaux sociaux, c’est notre hypermodernité, fille d’une modernité et d’une postmodernité persistantes, que notre Joker nous fait (re)découvrir tout en nous assénant des coups fatals, l’un après l’autre, là ou on les attend le moins, dans une fluidité assassine. Un premier rôle interprété avec brio par un rutilant et troublant Joaquin Pheonix. Quant au scénario, simple mais efficace, et la réalisation, géniale et transportante, ils sont signés Todd Philips. And last but not the least, the guest star, the one and only : Robert De Niro dans le rôle de l’animateur télé, incarnant et endossant à son compte toute la dimension médiatique. Lui aussi va être buté en plein tournage et en live par notre Joker désormais adoré, sauvé et acclamé par les foules déchainés de Gotham City ! La fin est loin d’être happy comme le veut la tradition Hollywoodienne mais intriguante, mystérieuse. Bravo aux artistes qui ont fait de ce film un chef d’oeuvre contemporain et hypermoderne. Lequel risque de cartonner aux prochains oscars et de pulvériser tous les records du Box Office mondial.
