Une virée par le Rif

Le sentiment de partir est toujours plus pesant que celui d’arriver, l’émotion plus vive, plus intense. À chaque fois que nous venons ici, aux terres de nos racines, ces montagnes majestueuses du Rif, nous éprouvons cette sensation de retour aux sources. Et qu’avons nous trouvé cette fois ci si ce n’est un Rif triste malgré toute la beauté qu’il dégage et toute sa puissance, sa biodiversité et cette culture farouchement gardée malgré le choc des civilisations. Chaque fois de nouvelles découvertes et de nouvelles explorations mais cette fois-ci reste de loin celle des grandes émotions.

Dardara : le quartier général

Cela fait 14 ans que j’ai découvert cette auberge et le coin m’attire toujours. Il faut dire que cet havre de paix vaut vraiment le détour ne serait ce que pour déguster une salade potager suivie d’un lapin au four et du légendaire yaourt de chèvre. Le lieu est entouré de forêt et jouit d’une biodiversité remarquable : insectes, oiseaux, rapaces, lapins sauvages, arbres endémiques et fruitiers, arbustes, fleurs et herbes de toutes sortes. Amateurs de club Med s’abstenir ! C’est le paradis des observateurs, ornithologues, écologistes, naturalistes et randonneurs cherchant à renforcer leurs liens avec mère nature. Envie d’une balade rapide dans la forêt mitoyenne ? Chiva, le Labrador sera votre guide et sera aux petits soins quant à votre sécurité. Si les journées sont parfois caniculaires, les nuits sont très douces. Et si vous avez chaud, un plongeon dans la piscine ou encore un jus naturel (mon préféré est à base d’orange, figue et figue de barbarie) et le tour est joué. L’un des faits marquants de cette virée aura été incontestablement le milan noir qui rodait tous les jours au-dessus de nos têtes mais aussi le merle qui chaque petit matin piquait dans le figuier les fruits les plus mûres avant que nous puissions les déguster : un pur bonheur !

Dardara, Province de Chefchaouen — Photo Yasser Monkachi Juillet 2016 — Tous droits réservés

Au village de mes aïeuls

C’est la première fois après des années d’attente que je franchisse le pas. Chaque chose en son temps dirait l’autre et tout est bien qui finit bien dirait Voltaire… mais cette montée vers le village de mes aïeuls qui m’a fait passé par Souk El had (ancienne frontière et douane Franco-espagnole), Mouqrissat, Zoumi et que sais-je encore pour arriver enfin au village (qui n’est en fait qu’un lieu-dit) de Dhar Monkach. Un lieu où tout le monde porte mon nom. Si mon patronyme paraît bizarre et parfois difficilement prononçable pour certains, ici c’est l’évidence même ! Il fait quand même bizarre d’être au beau milieu d’un village ou tout le monde porte le même nom que soi et qu’elle était notre émoi une fois chez l’habitant. Modestie se conjugue ici avec fierté. Dans ces montagnes escarpées du nord du Maroc, les gens sont restées entiers malgré (ou grâce à) la rudesse de leur environnement, leurs conditions de vie,… Malgré le kif et la peur qui s’y rattache. Malgré l’âge et le temps qui érode tout sur son passage. Malgré l’oubli, la marginalisation et cet ostracisme historique. C’est avec un pincement au cœur que nous avons quitté cette famille, socle indomptable et incontournable qui reste fort heureusement un rempart infranchissable, en direction de la Zaouiya.

Montée vers la Zaouiya de My Amrane — Photo Yasser Monkachi Juillet 2016 — Tous droits réservés

A la zaouiya de Moulay Amrane

Avez-vous entendu parler du saint Moulay Amrane ? La légende raconte que l’ancêtre de tous les Amrani du Maroc élevait un lion de l’Atlas qu’il avait dompté et pris pour animal de compagnie. Il s’en servait aussi pour labourer ses champs. Pour invraisemblable qu’elle peut sembler, cette histoire est racontée non sans fierté par les habitants du dchar (village de montagne) entourant le mausolée du Chrif. La montée était rude, normal car il s’agit de l’un des endroits les plus reculés de la région où un saint pouvait alors se réfugier et se recueillir en toute quiétude et sérénité. Il a pu ainsi monter une zaouiya puissante qui persiste au fil des siècles. Peu de littérature et de recherche ont été faites au sujet de Moulay Amrane qui aux côtés de Moulay Abdeslam Ben Mchich, Rabbi Amrane Ben Diwane et My Abdellah Chrif fait figure de proue dans l’histoire de la région et du Maroc. Appel aux historiens !

Montée vers la Zaouiya de My Amrane — Photo Yasser Monkachi Juillet 2016 — Tous droits réservés

Une randonnée sensationnelle à Talasemtane

Les mordus de randos se reconnaîtront car ce circuit mérite le détour. Pour l’avoir tenté par pluie battante en 2012 mais sans succès, j’ai enfin pu le faire par une chaleur torride. À refaire sans hésitation par temps de neige car la sapinière de Talasemtane est tout simplement splendide. Située dans une région qui revendique la plus importante pluviométrie d’Afrique du nord, le circuit est d’une densité florale et d’une verdure remarquables. Le sapin endémique offre au randonneur des paysages magnifiques et des sensations fortes : avis aux amateurs !

Parc National de Talasemtane — Juillet 2016 — Tous droits réservés

Je n’ai jamais su et ne saurais peut être jamais la recette du bonheur mais la source du malheur me paraît évidente : ne jamais voyager, arrêter de découvrir, d’écouter, d’explorer et de s’étonner. Arrêter d’apprendre et de rire de soi-même. Le plus grand voyage est certainement vers la découverte de soi.

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