Voyager avec une sardine*

Si le prix du saumon au Maroc est prohibitif, si on ne trouve sur le marché que du poisson d’élevage, j’ai dû alors prendre des résolutions sérieuses en commençant par arrêter les sushis, du moins ceux composés de ce poisson à la chair orange et zébrée.

Une résolution très dure à assumer dans la vraie vie mais à vocation, pour le moins électoraliste car j’ai la ferme intention de me lancer dans la politique politicienne par la grande porte du populisme. Vous m’avez cru? Certainement dans un roman prochain, mon premier, une sorte de téléréalité comptant pour rien.

Back to the basics ! La sardine est dans l’inconscient collectif marocain ce que le saumon est pour la mémoire collective scandinave. A noter que le saumon n’est pas adulé que par les descendants des vikings, il est aussi et surtout adoré par les Japs et par d’autres êtres vivants, les grizzlis en l’occurrence en sont particulièrement friands et revendiquent une bien curieuse manière de le pêcher, surtout quand il nage à contre courant.

En effet, qui nage contre le courant fait rire les crocodiles, nous enseigne le proverbe africain. Entre nous, j’ai une admiration particulière à l’endroit de l’art africain mais aussi des adages pleins de sagesse venant de Mama Africa. Ainsi, par extrapolation, nager contre le courant ferait le bonheur des grizzlis, caresser a rebrousse poil aussi, à bon entendeur !

Pour revenir à la sardine, qui dans la mémoire et l’imaginaire des marocains fait figure de proue. Finie l’ère de l’abondance où vraisemblablement on en pêchait des quantités incommensurables au port de Safi et ailleurs. Le poisson était alors vendu à moins de 2 sous (2 vrais francs) et distribué gratuitement aux démunis. La sardine est aujourd’hui menacée, pas encore en voie de disparition, ce qui ne tardera pas à venir, mais menacée nous apprennent les milieux écolos.

La sardine grillé (Chouaya), tout comme la poêle du port de Casablanca (MQILA) avec option vache qui rit (Frimija) se trouvent tout aussi menacées avec l’avènement de Casa City Center et de la Marina. L’histoire se répète, la post modernité qui chasse la sardine du port de Casa comme la pollution inhérente à la modernité l’avait chassé des ports de Safi et de Mohammedia.

J’ai donc eu l’idée inspirée de qui vous savez de voyager avec comme unique compagnon une sardine. Sympathique, ce voyage initiatique me mènera sur les plages de Dakhla, de Sidi Ifni et d’Alhoceima, de Thessalonique et d’Antalia pour ne citer que ces contrées plus ou moins proches et célèbres pour leurs sardines grillées. Je prendrai avec moi des boîtes de sardines en guise de munitions (au cas où) ; et c’est bien dommage que je ne me tatoue pas le corps bien que ce soit tendance car j’aurais mis une petite sardine sur le bras gauche, juste au dessus de la trace de mon vaccin qui fait de moi un marocain authentique.

* Confession : Clin d’oeil et hommage à feu Umberto Eco, mon inspirateur en sémiotique et en décryptage des signes.

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