Like sur Facebook: Addiction ou Nécessité?

Avant de t’expliquer pourquoi on veut tellement du Like, pourquoi le Like nous rend fou, pourquoi il fait la pluie et le beau temps sur Facebook, laisse-moi te faire une petite proposition.

Si je te disais que j’avais un boulot pour toi! Une offre que tu ne pourras pas refuser comme dirait Brando dans le Parrain. C’est très simple: tu vas être animateur. Ça te plaît? Attends la suite: tu vas travailler tous les jours de la semaine. Tu peux aussi prendre ton travail avec toi partout ou tu iras: au resto, à la plage, en soirée et même dans ton lit. Tant que tu continues l’animation. Tu te demandes sûrement combien gagne un tel animateur avec de telles horaires: $0. Petite devinette: quel est le chiffre d’affaires de l’entreprise qui t’engage pour faire l’animateur? 8,032 milliards de dollars. Petit secret: pendant que toi tu animes, d’autres donnent des sous à ton “employeur” pour glisser leur offre entre deux animations. “Entre deux animations? Mais on est combien à faire ce métier au juste?” 1,23 milliard. Un être humain sur sept quoi.

Ce boulot, tu l’as déjà accepté. En signant ce contrat que tu n’as jamais lu, tu as accepté que toutes tes animations soient gardées et analysées et notées. Oui oui comme dans Incroyable Talent. Tu as accepté également que des renseignements sur tes amis et ta famille soient collectés. Aller une petite dernière: tu as même accepté que tes coordonnées bancaires soient collectées et gardées. Tu ne me crois pas?

Confidentialité de tes données sur Facebook

“Nous collectons le contenu et les autres informations que vous fournissez lorsque vous utilisez nos Services, y compris lorsque vous vous inscrivez à un compte, créez ou partagez, et envoyez un message ou communiquez avec d’autres personnes. Cela peut inclure des informations dans ou sur le contenu que vous fournissez, telles que l’emplacement d’une photo ou la date à laquelle un fichier a été créé. Nous collectons également des informations sur la manière dont vous utilisez nos Services, tels que les types de contenu que vous consultez ou avec lesquels vous collaborez ou la fréquence et la durée de vos activités. Nous recueillons également du contenu et des informations que d’autres personnes fournissent lorsqu’ils utilisent nos Services, y compris des informations vous concernant, par exemple lorsqu’ils partagent une photo de vous, vous envoient un message, ou téléchargent, synchronisent ou importent vos informations de contact. Nous collectons des informations sur les personnes et les groupes auxquels vous êtes connecté et sur la manière dont vous interagissez avec eux, par exemple les personnes avec lesquelles vous communiquez le plus ou les groupes avec lesquels vous souhaitez partager. Nous collectons également les informations de contact que vous fournissez si vous téléchargez, synchronisez ou importez ces informations (comme un carnet d’adresses) à partir d’un appareil. Si vous utilisez nos Services pour des achats ou des transactions financières (comme lorsque vous achetez quelque chose sur Facebook, faites un achat dans un jeu, ou faites un don), nous recueillons des informations sur l’achat ou la transaction. Cela inclut vos informations de paiement, telles que votre numéro de carte de crédit ou de débit et d’autres informations de carte, ainsi que d’autres informations de compte et d’authentification, ainsi que les informations de facturation, d’expédition et de contact”. Voir le texte en entier

Voilà pour la petite mise au point. Le but de cet article n’est pas de tirer les sonnettes d’alarme sur ce réseau social qui a changé notre manière de vivre, de parler, de rire, de manger et même d’aimer (avec le Like justement).

Facebook Like: Comprendre la base

Mon objectif ici est de te faire comprendre la chose suivante: entre Facebook et toi ça n’est ni un combat, ni de l’amitié. Facebook te donne, c’est normal que tu lui donnes en retour. Pour faire simple, tu passes tes journées et une partie de tes nuits à faire du business avec un mastodonte Californien (et un peu Irlandais d’ailleurs). Tu veux du Like? Tu feras ce que Facebook te demande de faire.

Récapitulons: tu donnes du temps, de l’attention, des données personnelles, ton carnet d’adresses etc. à Facebook. Et tu reçois quoi? De quoi tuer le temps et ta place dans un système affectif 2.0.

Eh oui, Facebook a brillamment comprit la pyramide de Maslow. À priori, si on fait un peu de géopolitique/psychologie de comptoir, on peut en déduire la chose suivante: les pays avec un fort taux de pénétration de l’internet sur mobile (1,5 milliard/1,23 milliard des utilisateurs actifs Facebook sont sur mobile) sont à priori des pays où les besoins physiologiques et les sécuritaires sont remplis. Les prochains besoins à combler sont les besoins d’appartenance et d’estime (à coup de… like évidemment). Et Facebook créa les pages de Fans et les Likes (déclinés d’ailleurs en plusieurs emojis).

L’arrivée des réseaux sociaux et du bouton Like nous a fait goûter au fruit défendu. Son propre créateur Justin Rosenstein prêche maintenant contre l’addiction aux réseaux sociaux.
 Le Like nous a fait entrer dans un nouveau paradigme jusqu’alors réservé aux journaux et aux tabloïds. Nous sommes rédacteurs en chef de notre propre Journal, nous faisons une story à partir de rien. À force de tout filmer et photographier, c’est à se demander s’il y a une vie avant la mort…

Facebook : les likes et les commentaires rendent totalement accro. #EditoEco @BFMTV pic.twitter.com/51jbhjVove

— Pierre Kupferman (@PierreKupferman) December 14, 2017

Le Like c’est pulsionnel. Il rend fous. Il nous fait plaisir. On en a honte. Il fait tristement penser au “ÇA” de Freud. On sait au fond de nous que ça ne signifie rien. Il suffit de réfléchir à la dernière fois où l’on a fait Like sur une publication… avachi sur notre canapé un oeil sur l’ordinateur, l’autre sur le téléphone. Et pourtant le Like ou les différents Like, c’est une richesse inestimable. Ils permettent de classer en temps réel le contenu pour savoir ce qui mérite d’être diffusé sur les News Feeds et quand. Comme à la télévision, la publicité ne sera diffusée qu’entre deux bonnes publications. Tes publications ne sont que l’enrobage qui permet à Facebook de réaliser plus de 7,5 milliards de chiffre d’affaires provenant des annonceurs uniquement.

Vu que Facebook connaît en temps réel ton style de contenu, Facebook te fait une petite sélection et ne te montrera que ce qui te plaît au moment propice. Petit coup de mou de dimanche soir? Une vidéo mignonne de bébé panda. Une excitation de début de Week End? Des vidéos festives ou de jeunes gens ivres. Et ainsi de suite. Facebook nous donne ce qu’on veut. Ce qui nous touche. Ce qui nous pique. Ce qui nous fait réagir. Facebook, c’est cet ex petit ami que vous détestez mais qui vous fait bondir quand vous voyez son nom apparaître sur votre téléphone.

“Les gens ne veulent pas changer de vision du monde. Ils aiment celle qu’ils ont, ils y croient et veulent qu’on la renforce” Seth Godin, Le StoryTelling en Marketing

La bonne dose de la bonne drogue au bon moment pour qu’une fois “shooté” tu prennes de la pub en intraveineuse.

Comment avoir des LIKES sur Facebook?

Le meilleur moyen de tirer un maximum d’une transaction est de comprendre ce que veut le camp d’en face. Et dans un monde parfait, Facebook voudrait que ses utilisateurs ne quittent jamais leur écran. Facebook agit comme un videur à l’entrée d’une boîte de nuit avec votre contenu: ‘toi tu passes, toi tu passes pas”. Vous ne décidez pas d’être vu. C’est Facebook qui décide. Et cet ensemble de décisions, Facebook les a dicté à son algorithme Edgerank (maintenant News Feed Algorithme). C’est Edgerank ton patron quand tu recherches le succès, la visibilité et les likes sur Facebook. C’est cet ensemble de règles qui fait la loi et qui décide de ce que tu verras et du nombre de likes que tu récolteras (en grande partie).

Edgerank pour les nuls

L’algorithme Facebook est extrêmement complexe et tu ne l’auras jamais entre les mains, comme la recette du coca cola. Mais si l’on devait le résumer de manière extrêmement simple, si l’on devait prédire “like ou pas like” ça donnerait la chose suivante:

V=IPCTR

Visibilité= Intérêt x Publication x Créateur x Type x Récence

Ta visibilité sur Facebook est égale à la puissance de ta relation avec tes followers x les premiers likes donnés par le premier échantillon d’amis la première fois que Facebook a testé ta publication x Tes “performances” passées x A quel point ta publication est récente.

En clair, tu auras plus de likes et de visibilité si tu as l’habitude de créer du contenu que tes followers aiment et partagent. Pas une fois, pas deux fois mais tout le temps.

Aussi, si tu as une page pro, Facebook fera absolument tout pour e que tu lui donnes des sous. Pas question que tu te fasses 1$ sur le dos de Facebook. Il y a d’ailleurs une guerre sanglante entre les Growth Hackers et Facebook. Le Growth Hacking (ou piratage de croissance) désigne l’ensemble des techniques légales (parfois “borderline”) qui permet d’atteindre d’immenses objectifs de croissance sans mettre la main à la poche. Je te propose d’ailleurs de jeter un oeil au décollage de Airbnb ou même de Hotmail grâce au Growth Hacking. Même s’ils n’ont pas utilisé Facebook pour le Growth Hack, tu pigeras vite l’état d’esprit.

“Elle m’a pas followback quand je l’ai follow” Niska

Sagesse quand tu nous tiens…

Comme je dis souvent, il y a trois choses qui ne mentent jamais: un enfant, un legging et Google.

Et en jetant un oeil à ce que les gens recherchent sur Google, je suis tombé sur ça:

facebook like
facebook like

Instagram Followers” a été cherché un million et demi de fois le mois dernier et “buy Instagram followers” cent dix mille fois (en anglais seulement, je précise).

Certes, il y a sûrement là-dedans de pauvres stagiaires en marketing à qui un patron préhistorique (pas besoin d’être vieux pour appartenir au passé d’ailleurs) a demandé de “créer une communauté” autour d’un produit. Ces patrons se disent “puisque c’est techniquement possible à créer et qu’ils passent leurs journées sur les réseaux sociaux, ils savent forcément le faire”.

Ouai ouai, garde la pêche.

Ce qui me questionne en revanche, c’est pourquoi chercher à ce que des gens nous suivent? Qu’avons-nous à apporter? Qu’avons-nous produit et qui mérite d’être diffuser? Est-ce que Maslow avait raison et qu’on est assez idiots pour être décrit par une simple pyramide? “Buy Instragram Followers” a été cherché 110 000 fois par les anglophones le mois dernier. Amour contre argent, vous appelez ça comme vous voulez…

Il y a deux options:

Est-ce que j’ai une idée ou un produit sur lequel j’ai envie de communiquer? Si oui, je vous explique tout dans le prochain paragraphe.

  1. Est-ce que je veux du Like et des Followers juste parce que ça me donne un gros shoot d’adrénaline ou que j’ai la sensation de sécréter des endorphines? Et bien là, on a un petit problème: ça s’appelle une drogue.

Je ne traiterai que l’option 1, pour la 2 prends tes responsabilités et pose toi les bonnes questions.

Pour Facebook, tu n’es qu’un produit et un moyen de faire acheter de la pub. Il faut l’accepter ou se désabonner. Les réseaux sociaux n’existent pas sans toi. Et justement pour cette raison, il n’est plus questions pour Facebook de montrer ton contenu s’il n’y a pas de “demande” de la part des autres utilisateurs. Pas de Like, pas de chocolat. C’est pas Facebook qui est méchant. C’est toi qui est “nul” dans le “Facebook game”, ou tes potes qui ne sont pas cools (c’est beaucoup moins probable).

Il y a trois situations possibles:

  1. Tu plais naturellement: Facebook est aussi injuste que la vie. Sexy? Musclé? Tu colles aux critères de beauté de ta génération, ta vie est la définition moderne du succès, tu es déjà célèbre. Like et Followers assurés.
  2. Rester nature et espérer plaire, n’appartenant pas au groupe 1): Tu seras “liké” ou “follow” par ta propre famille, real followers certes, tes meilleurs amis et une poignée de gens à la compassion à toute épreuve. Tu choperas même une centaine de likes sur ta photo de profil en mode coucher de soleil ou robe de soirée/costar et tu te sentiras la “star d’un soir”. C’est une voie sans issue si tu cherches le succès sur la toile. Pour une boîte c’est pareil: le premier logo est liké par tous tes potes (Facebook détecte bien que c’est un Milestone dans ta vie et que tes amis aiment les Milestones). Le reste de tes publications ne seront pas liké, ou beaucoup moins, et par les mêmes. Tu sais pourquoi? Parce que c’est nul et que ça n’a aucune valeur pour Facebook.
  3. Être pragmatique à la limite du cynisme: un produit doit trouver son marché. Il y a une demande et tu dois offrir ce que les gens demandent: rire, fashion, trash, motivation, info, sexy, chat qui joue du piano etc. Souviens-toi: tu n’es qu’un animateur. Facebook te demande deux choses: divertir les gens et consommer de la pub. Un selfie flou à 14h17 n’a jamais diverti personne. Tout le monde se moque de ta photo d’un monument, ou de ton café du matin (aucun jugement, je le fais parfois avec plaisir). Le seul moyen de gagner des followers c’est de créer de la valeur: ça peut être de l’humour, de l’info peu importe. Quelque chose de court avec de l’émotion. Où vos followers vous vireront d’un coup de pouce. Si vous n’assumez pas de vivre en calculant mais vous espérez quand même que Facebook sera gentil avec vous, supprimez votre compte.

Marc Andressen parle de Product/Market Fit: être dans un bon marché et avoir un produit qui peut satisfaire ce marché”. Fais de ton marché une quête. Fais un MVP sous forme d’histoire et cherches tes innovateurs et tes adopteurs précoces. Ramène les un par un, manuellement. Un MVP signifie ici un début d’histoire à raconter aux gens qui vous suivent. Quelque chose de cohérent, d’esthétique qui nous donnera l’air intéressant au moment d’en parler aux copains.

facebook like
facebook like

Ça, c’est la courbe de diffusion de l’innovation de Roger

Comprends bien que l’on attaque jamais une masse. On ne peut pas plaire à tout le monde. Mais on peut plaire à beaucoup si l’on s’y prend de manière stratégique.

Si vous n’avez rien à dire, pas d’histoire, pas envie de faire d’effort, pas le temps, pas de boîte… ne faites RIEN. Envie de poster une photo pourrie et de mauvaise qualité à un moment qui n’a rien de spécial dans un endroit qui n’a rien d’unique? Envie de poster une annonce bourrée d’émojis avec aucun autre message que “acheter X produit”? Envie de mettre une citation de pre-pubert sur fond noir? Respire fort… Range ce téléphone… Maintenant passe à autre chose.

Si tu es arrivé jusqu’ici, déjà bravo et merci. Je te laisse avec ces quelques questions à se poser sous la douche uniquement:

Après quoi je cours?

Où tout cela me mènera dans le meilleur des cas?

Qui ai-je envie de devenir?

Où ai-je envie d’arriver?

Pourquoi je fais tout ça?

Ai-je abandonné le cogito de ce cher Descartes par:

Je poste donc je suis.
Je suis donc je pense.
On me suit donc je suis.

Originally published at www.yoelzirah.com on December 8, 2017.