#DY2 — Bye bye, mon idéal !

Quand j’ai commencé à fouiller dans les raisons profondes de mes actions et de mes émotions (telle que mon hyperactivité, ma peur de l’échec, ma honte de mes limites, etc.), j’ai vu rapidement émergé un moteur profond de mon style de vie : mon idéal.

Finalement, il est fort possible que je revienne jamais de cette pause !

Mon idéal

Voici donc les principes que je m’étais inconsciemment fixé depuis des années avant que ma dépression vienne me stopper net :

  • Je dois réussir tout de suite ce que j’entreprend. Que ce soit à l’école, dans mon investissement dans les scouts, dans le domaine artistique ou dans la vie quotidienne. Seuls les gens faibles n’arrivent pas du premier coup.
  • Je dois donc en toute logique être rapide et efficace dans tout ce que je fais. Particulièrement quand il s’agit de guérir d’une dépression et d’arrêter des anti-dépresseurs.
  • Je dois atteindre tous les (nombreux) objectifs que je me suis fixé et toujours tenir les engagements que j’ai pris envers les autres et envers moi-même. Ne pas aller à un évènement que j’ai co-organisé alors que je suis malade n’est pas négociable.
  • Je dois toujours faire passer les autres avant moi. Comme Jésus, je dois toujours sacrifier mon confort personnel pour les autres.
  • Je dois être complètement autonome. En tant que féministe, je n’ai besoin de personne et surtout pas d’un homme. Je peux porter des choses lourdes, toute seule. Finir ce projet dans les temps, toute seule. Je n’ai pas besoin qu’on me console, j’arrive très bien à m’auto-rassuré, toute seule. Merci bien.
  • Je dois être intelligente et excellente en tout. Mon cerveau est illimité et je pourrais avoir un doctorat sans difficultés, si je le voulais.
  • Je dois toujours être de bonne compagnie. Je dois toujours être présentable, voir bien apprêtée. Idem pour mon chez moi. Mais surtout je dois être disponible et accueillante quelque soit ce que je vis intérieurement ou tout simplement ma fatigue du moment.
  • Je dois en totue logique être toujours maître de mes émotions. Ne jamais me mettre en colère ou avoir une parole déplacée, voir méchante.

Bref je dois être parfaite.

D’où vient mon idéal

Voici à mon sens, les causes principales de mon idéal :

  • La mentalité alsacienne (proche de la mentalité allemande) forme une population de personnes travailleuses, organisées, efficaces et avec une grande conscience de ce qui doit être propre dans notre environnement quotidien et convenable de faire. Les alsaciens sont rarement malades. Où s’ils t’en parlent, c’est surement qu’ils sont déjà guéris. J’ai enseigné un an à Strasbourg et j’ai du dire à mes élèves de travailler moins pour ne pas mettre leur santé en danger. À Blois, je dois plutôt apprendre à mes élèves à se mettre au travail. Quand on passe prendre le café chez une alsacienne, on trouvera normalement sa maison bien rangée, la table mise avec un gâteau fraichement cuit au milieu. Si ce n’est pas le cas, elle s’excusera plusieurs fois de ce “manque” de savoir vivre.

Je ne dis pas que la mentalité alsacienne est mieux ou moins bien qu’une autre. Je cherche juste à prendre conscience de la marmite dans laquelle j’ai baigné petite. Aujourd’hui, je suis reconnaissante et fière de venir d’une région qui m’a encouragé à être organisée et bonne cuisinière. Mais je ne culpabilise plus de ne pas faire mon ménage toute les semaines !

  • Ma culture familiale. J’ai grandit en voyant mes parents être hyper-investies dans les scouts et des associations de jeunesses. En voyant mes trois frères réussir brillamment leurs études scientifiques. Et dans un amour exprimé plus par des actes que par des mots. Sans vraiment me poser des questions, j’ai suivie le mouvement.

Sans savoir que si mes parents étaient aussi investis, c’étaient parce qu’ils avaient énormément reçu à travers l’investissement d’autres et que ça leur tenait à coeur de rendre la pareil à la génération suivante. J’avais adhéré à leurs actions, sans forcément en partager la motivation. (À l’époque, du moins :)) Sans savoir que mes frangins avaient une fibre scientifique et logique. Et que moi, même si je partageais la fibre logique, avait plus une fibre expressive et artistique. Sans savoir que ma famille gagnerait à exprimer plus ses émotions et que ma dépression contribuerait en partie à faire évoluer notre culture familiale.

  • Ces deux grandes causes de mon idéal ont surtout été cimentées par une mauvaise logique générale : c’est-à-dire une grande loyauté aveugle à mes origines et une auto-mise sous pression pour être toujours parfaite. Mes parents n’avaient pas vraiment besoin de me gronder trop fort … je me flagellais déjà assez moi-même pour avoir casser une assiette !

Ça suffit !

Vous vous en doutez qu’avec une telle pression sur les épaules, on ne tiens pas longtemps. Ou du moins, on ne tiens pas toute une vie. Comme le chante si bien Ben Mazué : “Tu peux pas. Tu peux pas. Tu peux pas !” Parmi les nombreux bienfaits de ma dépression, l’une d’elle a été de montrer les limites d’un tel idéal.

Je tiens à finir cet article en revenant sur les différents principes de mon idéal pour en expliquer les limites. Des fois que certains lecteurs trouveraient que ce serait une bonne idée d’y adhérer… Ou qu’ils se sont rendus compte qu’ils adhéraient déjà à certains points. Ou qu’ils ne voient pas le problème de se fixer de tels objectifs.

  • “Je dois réussir tout de suite ce que j’entreprend.” & “Je dois être rapide & efficace”

Et non, réussir prend du temps. Et c’est notamment, le cheminement qui rend la réussite plus profonde. Pour reprendre l’exemple de ma dépression, il m’a fallut du temps pour encaisser les différentes vérités que je découvrait et accepter le changement. J’espérait arrêter les anti-dépresseurs au bout d’un mois, mais finalement il m’a fallut environ 3 ans pour les arrêter.

  • “Je dois atteindre tous mes objectifs et toujours tenir mes engagement.”

Je dois surtout arrêter de me mettre autant d’objectifs et de dire oui à tout ! :) Depuis des mois, mon fond d’écran est “Do less with more focus.” pour m’encourager à ne pas retomber dans certains de mes travers. J’essaye de gagner en équilibre de vie (notamment en laissant la place au vide dans mon agenda). Et si je me sens submergée (ce qui passe souvent par une migraine carabinée), j’apprend à lâcher du lest et à ne plus m’excuser d’être humaine. (Sans oublier de remercier ceux qui pallient à mon absence si nécessaire.)

  • “Je dois toujours faire passer les autres avant moi. Comme Jésus, je dois toujours sacrifier mon confort personnel pour les autres.”

Si je ne m’étais pas concentré que sur le sacrifice de Jésus à la croix, j’aurais vu que la Bible montre aussi que Jésus prenait régulièrement des temps à l’écart pour être seul ou en petit comité afin de prier ou d’enseigner plus en profondeurs ses disciples (voir par exemple : Luc 5:15–16, Luc 22:39 par exemple). Ses temps d’actions étaient nourris par de réguliers moments de ressourcement.

  • “Je dois être complètement autonome.”

Un jour, j’ai entendu un pasteur expliquer que derrière le “Il n’est pas bon que l’homme soit seul” qui justifie la création d’Ève, il n’y a pas que la notion de compagnie maritale mais la notion de compagnie … en général. Quand Dieu crée Ève, il crée certes le premier couple. Mais il crée aussi l’humanité. Un pluriel au mot “humain”. Il n’est pas bon que l’homme soit seul, parce que l’homme est un être sociale, il a besoin de contact humain pour se développer correctement. De personnes autour de lui qui vont pleurer quand il pleure et rire quand il rit. L’autonomie totale est une chimère. Et en fait, c’est juste bête de vouloir faire tout toute seule alors que d’autres sont peu être plus qualifiés sur certains points. Alors que ça leur fait plaisir d’aider. Alors que cela peut permettre de passer un bon moment ensemble à travailler au même objectif.

  • “Je dois être intelligente et excellente en tout.”

Tout comme l’autonomie totale est une illusion, l’intelligence totale en est une autre. Je suis humaine, je ne saurais jamais tout dans tous les domaines. Et même, dans les domaines que j’étudie le plus, j’en saisirais jamais toutes les connaissances et leurs nuances. (L’Histoire de l’Art par excellence me semble chaque jour plus insaisissable.) Et alors, je reconnaitrais enfin comme Socrate que “Je ne sais qu’un chose, c’est que je ne sais rien.

  • “Je dois toujours être de bonne compagnie.”

Pas sûr que Jésus ait été considéré de “bonne compagnie” quand il s’est mis à chasser les vendeurs dans le temple et à tout renverser … Être toujours de bonne humeur et affable ce n’est possible que si on s’appelle Siri. Mais si on est une personne faite de chair et d’os, alors naturellement on ressent de la tristesse et de la colère. Et on a plus envie de sourire. Quand j’étais ado, j’ai un jour écrit à une amie que j’étais frustrée de ne pas être toujours joyeuse. Elle m’a répondu que c’était impossible et que c’était normal d’être triste parfois. Et elle avait raison, j’ai juste mis des années à la croire.

  • “Je dois donc être toujours maître de mes émotions.”

Là encore, cet objectif trahie un manque d’acceptation de mon humanité, de mon imperfection et de mes limites. Je ne vais pas plus m’étendre sur le sujet ici, vu que les articles suivants vont y être consacrés.

Maintenant, je suis au stade où quand mon idéal veut s’exprimer, je lui répond “Noooope !” parce que je sais où l’écouter m’a emmené et que je veux pas y retourner.

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