#DY3 – Ma joie est un singe

De mes quatre émotions primaires, la joie a été celle que j’ai pu le plus rapidement cerner et expliquer. Normal, c’est celle que je n’ai jamais réellement brimer.

Pourquoi un singe ?

Parce que c’est un animal dynamique, qui aime rire, faire rire et qui est profondément social. Et comme moi, il se réjouit pour un rien : un bout de bois peut l’occuper pendant des heures. Il saute partout, fait le zouave, fait le fou, cherche l’attention. C’est un animal qui aime partager (ses poux) avec les autres et les aider (à enlever leur poux). Et surtout, il semble avoir une énergie sans fin.

De base, je suis une personne enjouée et positive. Et depuis que je suis enfant, j’aime partager ma joie. J’aime faire rire pour le plaisir de voir des sourires naîtrent sur le visage d’autres personnes. C’est donc pour cela que ma joie me fait penser à un singe pour son caractère rieur et social. Ou du moins l’image clichée qu’on se fait de lui.

Comme un singe, ma joie est mon énergie, mon carburant.
J’ai besoin d’être globalement enthousiaste de ce que je vis.

Et c’est pour cela que j’ai besoin de faire un boulot qui me passionne. Préparer des cours d’Histoire de l’Art me rend impatiente de les partager avec mes élèves. Voir mes élèves avoir des idées géniales me rend fière et heureuse. Les voir s’épanouir au fur et à mesure de l’année scolaire me fait sourire quand je me rend compte du chemin parcouru.

Voir de choses belles, me rend d’humeur joyeuse. J’ai choisi mon appartement actuel quasiment que pour ses poutres apparentes. J’aime assortir mon assiette à ce que je mets dedans. J’aime me balader dans la nature pour m’émerveiller de la beauté de sa variété. J’aime faire des musées et me demander quelle oeuvre je volerait, si je pouvais en voler une. J’aime aller dans une librairie pour y perdre la notion du temps en feuillant et snifant des livres neufs …

Ma joie passe aussi par mon estomac. Dans ma liste quotidienne de kiffes, il y a souvent un ou plusieurs qui est en lien avec ce que j’ai mangé dans la journée. Avoir envie de manger quelque chose, lister les ingrédients nécessaires, faire les courses, cuisiner, manger, se souvenir du repas ingéré … Toute les étapes du processus me réjouissent au plus haut point.

Il y a plein d’autres choses qui rendent mon singe euphorique comme un nouvel épisode de ma série préférée du moment , l’instant créateur quelque soit le support, l’odeur du linge propre … Mais je pense que j’ai assez donné d’exemples pour que vous compreniez le principe !

Et quand quelque chose me rend heureuse, j’ai envie de le partager. Ce qui passe généralement par un post Instagram ou par des restes de mon plat préféré dans un tupp.

Mon singe avant ma dépression.

Concrètement mon singe a toujours été l’expression du plaisir que me donnent les petites joies de la vie. Il est en général particulièrement actif quand je suis avec des amis, quand je suis en train de passer un moment de détente avec eux. Un instant de déconnades. Dans ses meilleurs moments, il m’aidait déjà à oublier mon idéal et à alléger le poids que je m’étais mis sur les épaules. Au point de rire parfois à gorge déployée, sans me soucier que mon rire soit trop bruyant.

Mais souvent hélas, il permettait de masquer mes autres émotions. Pour étouffer des émotions dont j’avais honte, j’avais tendance à en faire trop.

Il y a eu des soirées entre amis où j’ai été très drôle,
parce qu’en fait j’étais très mal.

Alors forcément quand ma dépression est arrivée, mon singe était un peu fatigué. C’était le seul vraiment autorisé sur le devant de la scène de mon cirque et parfois il était même forcé d’y rester même si l’envie lui manquait. Parce que j’étais persuadé que je devais toujours être forte et de bonne compagnie et que la joie était la seule émotion acceptable : je forçais souvent mon singe à faire le show.

Mon singe au naturel

En découvrant mon fonctionnement émotionnel et mon singe, j’ai progressivement appris à équilibrer notre relation :

À présent mon amour des petits plaisirs de la vie s’est associé à une joie plus profonde et plus globale. Il m’arrive de sourire et de soupirer de contentement juste parce que je suis en paix avec qui je suis aujourd’hui et où je suis aujourd’hui. Ce que je fais aujourd’hui. Et alors, je m’endors, un sourire sur les lèvres après une journée … tout à fait ordinaire. Ou je soupire sur les rives de la Loire en regardant le soleil se coucher sur Blois. Juste en prenant conscience que je suis là. Ici et maintenant. Et que ça me va.

Je continue bien sûr de rire à gorge déployée aux bonnes blagues. Mais la différence avec avant c’est que j’ai arrête de m’excuser de le faire ! J’ose lâcher prise, j’ose être imparfaite. Et ça me fait du bien … De parfois lâcher la pression de la vie. Alors pour un court instant, j’oublie le ménage à faire, les cours à préparer, les rendus à corriger, les to-do listes post-itées sur mon bureau … et je ris un bon coup.

Maintenant que j’apprend à laisser aussi mes autres compagnons de route s’exprimer, mon singe est devenu moins hyperactif, excentrique et égocentrique. Le fait que ma joie soit devenue plus profonde m’entraine à moins ressentir le besoin de parler beaucoup et de dire toutes les blagues et anecdotes que je pense. (Et Dieu sait que j’en pense beaucoup !) J’aime laisser plus de place aux autres. Je ne ressent plus le besoin de faire rire dès que je peux. Je sais ma valeur et je n’ai plus besoin de me la prouver en provocant le rire de tout le monde autour de moi.

Cependant, il m’arrive maintenant, quand je sens que l’atmosphère est tendue ou juste penchant un peu trop vers le pessimisme à mon goût, de faire un trait d’humour volontaire. Et alors, je suis heureuse. Non plus d’avoir prouvé que j’étais utile au groupe mais d’avoir alléger un peu la pression de la vie sur les épaules de quelqu’un d’autre.

Depuis quelques mois, mon singe va mieux. Il se sent plus obligé de rien. Il est toujours aussi heureux des petits plaisir de la vie. Souvent euphorique de voir, de manger, d’aider, d’aimer, de vivre. Et il aussi devenu serein de la tournure actuelle des choses.

Désormais, je reconnais ma joie a sa juste valeur. Plus comme la seule “bonne” émotion qui existe, mais comme l’énergie première de ma vie qui m’aide à avancer et à garder courage même face aux difficultés. Et ce qui est le plus merveilleux, c’est quand elle me permet d’aider d’autres à garder aussi courage.

Et c’est ce à quoi, j’aimerais toujours tendre : à un singe serein, profondément heureux. Un singe plein de foi et d’espérance, qui en se nourrissant des petits plaisirs de la vie, alimente ma motivation à vivre pleinement et égaye la vie des gens qui m’entourent.

Et toi, à quoi ressemble ta joie ?

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