Il ne suffit pas de se lancer.


Au moment où j’écris ceci, j’ai 21 ans, je suis étudiant en deuxième année à la Web School Factory et je suis à trois jours du lancement de ma troisième aventure entrepreneuriale. Je précise car les choses bougent très vite quand on a décidé de se lancer.

Il y a plein de manières de se lancer. La promesse de cet article n’est pas de vous dire comment “bien” se lancer. J’arrive à un moment ou j’ai plus travaillé sur des projets qui n’ont pas marché ou pas abouti que sur de franches réussites. C’est pourquoi je vous ferai plutôt un détail de ce qu’il ne faut pas faire et surtout de ce qu’il ne faut pas croire.

La première fois que j’ai décidé de m’investir dans une aventure entrepreneurial j’avais 18 ans. J’ai eu beaucoup de chance. J’ai eu la chance de pouvoir faire toutes les erreurs possibles et inimaginables quand on monte une boite sans qu’il m’en retombe trop sur la tête. Point positif: je débordais d’énergie et d’audace.

La liste des points négatifs est beaucoup plus longue…

LES CLICHÉS D’ALPHONSE

  • La boite s’appelait « Les Clichés d’Alphonse ». Ce nom est très difficile à prononcer (même pour les français). Long à écrire. Absolument pas international. Et pourtant je trouvais ça cool. Tellement cool que je n’ai pas hésité une seconde avant de payer plusieurs centaines d’euros pour déposer la marque auprès de l’INPI. La première fois que j’ai utilisé Adobe illustrator c’était pour créer ce logo.
  • Le concept de la boite était de vendre des coques d’iPhone sur lesquelles étaient imprimées des œuvres d’arts d’artistes en séries limitées, numérotées et authentifiées.
  • J’ai fait tout ce qu’il fallait faire sauf l’essentiel: créer un produit ou un service avec une réelle valeur ajoutée. J’ai trouvé un imprimeur de coques sur Grenoble, je me suis inscrit au régime de l’auto-entrepreneur, j’ai créé un site, j’ai ouvert un compte bancaire professionnel. Je me voyais déjà être une multinationale florissante. Avec du recule, je me rends compte que mon produit sonnait plus comme une excuse pour jouer à l’entrepreneur.
  • Je les vendais 40€ pièce (quand une coque coûtait 10€ partout ailleurs sauf chez Colette) en disant qu’il fallait les considérer comme des mini œuvres d’art. Une mini œuvre d’art ? Sur un support conçu pour prendre des coups ? Sur une coque d’iPhone dont on se débarrasse le jour où on change de téléphone ? Rien ne tenait debout.

Pourtant, j’ai convaincu huit jeunes artistes de signer un contrat que j’avais écrit pour qu’ils me cèdent les droits d’exploitation de certaines de leurs œuvres sur des coques. Il faut dire que j’étais convainquant. J’en ai tout de même vendu quelques unes de ces coques. Et en mettant fin à cette aventure entrepreneuriale j’ai tenu à verser à tous les artistes leurs modestes royalties. À base de chèque entre 8€ et 22€.

Par la suite je me suis rendu compte qu’il fallait que je pivote et surtout que je mette fin à toute cette mascarade.

Point important: j’avais fait payer à mon père plusieurs milliers d’euros d’hologrammes pour « authentifier » les dites « mini œuvres d’art ». Comment les réutiliser ? J’ai décidé de passer de petites coques pour iPhone à grands tirages de luxe. Un peu comme ceux que l’on trouve chez Yellow Korner.

  • Je n’ai pas su faire table rase d’un projet qui n’avait aucun avenir. Une fois de plus j’ai fait signer des contrats avec de nouveaux artistes. J’ai trouvé un nouvel imprimeur. Cette fois les tirages étaient beaucoup plus chers à produire et plus encombrants à déplacer. J’en ai quand même imprimé sept. Pour les vendre j’ai décidé d’organiser une vente dans une boutique éphémère en plein noël. Pendant deux jours, j’ai regardé les autres exposants vendre leurs produits alors que les miens n’attiraient personne. Résultat des ventes: zéro. La dure réalité.

Décider de lancer sa boite ce n’est pas avoir un bon projet.

3 leçons que j’ai tiré ce jour là:

Ne jamais être convaincu que les gens vont…

Les gens n’ont pas d’argent ou de temps à perdre. Ils passent à côté de tellement de choses cool tous les jours, que s’ils ne voient pas tout de suite que vous méritez leur attention, vous êtes mort. Donc les gens ne vont pas faire ce que vous dites parce que vous l’avez dit.

Éviter de confondre le moyen et la fin. Vous n’impressionnez que vous. Par exemple: faire une application, ce n’est pas une idée.

Arrêtez de baver devant la forme que votre produit va avoir. Oui c’est cool. Mais c’est accessoire. Concentrez-vous plutôt sur votre valeur ajoutée et le problème que vous essayez de résoudre.

Entreprendre c’est être optimiste et pragmatique.

Entreprendre ce n’est pas être un rêveur qui se croit aux commandes d’une grosse société. Il faut absolument accepter l’incertain et le fait d’être insignifiant. En tout cas au début. C’est aussi accepter le fait qu’il n’y pas de place et qu’il va falloir se la faire soi-même. C’est dans cet état d’esprit très pragmatique qu’il faut aussi être optimiste. Sinon on cède sous la pression et les ascenseurs émotionnels. Mais être optimiste, ce n’est pas se mentir. Être optimiste c’est voir le positif dans la situation en tout objectivité. C’est voir que ce qu’il y a de négatif et identifier ce qui peut être arrangé avec différents degrés de facilité et différents délais. Et devant tout ça, se dire qu’avec beaucoup de travail, c’est jouable.

Curriculuum

Depuis la fin des Clichés d’Alphonse j’ai lancé une seconde boite: Curriculuum. J’ai beaucoup gagné en compétences depuis ma première fois sur Illustrator, notamment en UI design et en développement. Place au pragmatisme. Cette fois, j’ai pris les choses par le bon bout.

Le concept: permettre à des gens incompétents en design d’avoir un CV irréprochable pour mieux se mettre en avant.

Le site est encore en ligne.

J’ai produit le site en un week end. J’ai créer des templates et fait un peu de com sur des groupes d’étudiants sur facebook. J’ai investi seulement 15€ dans l’hébergement. Au bout d’un mois et demi, l’activité a généré à peu près 1000 € de CA. Curriculuum est un bon business pour un étudiant. Mais je ne m’en occupe plus depuis plusieurs mois parce qu’il ne nourrit pas ma soif de changer vraiment les choses…

KRAWD

Ce qui nous amène à ma dernière aventure que je lance jeudi prochain (le 18 Juin 2015): Krawd

J’ai commencé à travailler sur Krawd en décembre 2014. Krawd existait avant que ne m’y investisse. C’était un projet porté par mon super associé Arthur Hagiage. À l’époque c’était une pâle copie de Genero TV. J’ai plus rejoint le projet parce que j’étais convaincu qu’avec Arthur on pouvait réaliser quelque chose de grand. Et je peux affirmer aujourd’hui qu’il est toujours mieux de rejoindre un projet pour les personnes qui travaillent dessus plutôt que pour “l’idée”.

Pour ce projet aussi la liste des erreurs fut longue…

  • La première version de Krawd était un genre de 9gag sur lequel on pouvait poster des images ou des gifs faisant référence à des slogans de marques.
Red Bull donne des aiiiiles

On trouvait ça marrant mais qui a vraiment besoin de ce genre de truc ? 9gag existe déjà.

  • Ensuite nous nous sommes dit qu’il valait mieux faire un blog qui allait devenir la référence en matière de buzz. En attendant d’avoir une bonne idée, cela allait nous permettre d’avoir une bonne base de lecteurs. Cela a duré deux semaines. Nous n’étions pas de bons blogueurs. Nous ne faisions pas ça par passion mais par pur intérêt.
  • Puis vient le jour où nous avons imaginé un site qui permettrait à des community managers freelance de vendre du contenu pour les réseaux sociaux à des marques de manière spontanée. Intéressant.

À ce moment là, nous avons cessé de faire une erreur récurrente: passer en production avant d’avoir sondé un maximum les personnes que nous ciblions. Comme dirait mon associé Arthur, nous avons arrêté de “faire des plans sur la comète”.

“On va pas faire des plans sur la comète”

Cela nous a permis de nous ouvrir et de délimiter un vrai problème. Un solution imaginée seule ne correspond à rien. En fait imaginer une solution prend très peu de temps une fois que l’on a bien délimité la forme du problème.

Et cette fois nous avons un vrai problème dont nous allons révéler la solution jeudi prochain à une vingtaine de créatifs déjà informés et enthousiastes vis-a-vis de notre démarche. C’est l’avantages lorsque vous sondez votre idée sur un auditoire. Cet auditoire peut constituer votre base d’early adopters.

Nous allons également révéler notre solution à notre premier client étant une agence connue du groupe Publicis.

Il ne suffit pas de se lancer les yeux fermés

En France, se lancer n’est pas aussi naturel que dans d’autres pays. Ce comportement nous pousse à considérer la démarche d’entreprendre comme quelque chose de très personnel. Cela nous pousse à nous enfermer dans notre manière de voir les choses. Et c’est justement la pire chose à faire.

Donc lancez-vous en étant ouverts. Ne vous leurrez pas. Discutez avec les autres, testez très vite votre discours et rebondissez.