Est-ce que la sécurité alimentaire aggrave le gaspillage alimentaire?

Le Gouvernement intensifie la législation de Sécurité Alimentaire. Voici comment cette décision met en danger notre santé et celle de notre environnement!

Récemment j’ai suivi une formation sur la Sécurité Alimentaire et le système HACCP (Hazard Analysis Critical Control Point). En évaluant objectivement ce qui m’avais été appris, j’ai ressenti le besoin de partager mes conclusions choquantes.
La Sécurité Alimentaire est garantie lorsque tout être humain a accès à une alimentation suffisante, saine et nutritive. Le système HACCP est un système de prévention garantissant l’aspect “ santé” de la sécurité alimentaire, en réduisant les risques réels biologiques (bactéries, virus), chimiques (désinfectants ou autres substances chimiques) et physiques (corps étrangers dans les aliments, comme le plastique).
L’intoxication alimentaire fait 5000 morts par année en Europe. Les études autour de l’aspect “ santé” de la sécurité alimentaires sont peu nombreuses, mais divers incidents ont été médiatisés ces dernières années, tels que cet été dans un camp scout à Durbuy en Belgique, en 2015 en Biélorussie lors de la préparation de notre équipe nationale pour un match qualificatif, ou bien en 2014 lors des “ Päerdsdeeg “ à Roeser avec 10 personnes envoyés aux urgences.
0,66 sur 100 000 habitants Luxembourgeois meurent chaque année suite à une intoxication alimentaire. La situation est comparable à celle aux Etats-Unis, et représente un ratio favorable comparé à 2 morts/100 000 habitants en Amérique du Sud, 3 en Chine, et 17 en Afrique du Nord.
Au Luxembourg, nous intensifions encore davantage les contrôles et les standards en termes de sécurité alimentaire. Pourtant, ceci pose problème sur le long terme, pour les raisons suivantes :
1) Le Ministère vise les professionnels, et pas les particuliers

Les actions concrètes du Ministère de la Santé visent majoritairement la sphère professionnelle (Industrie Agro-Alimentaire, Restauration et Catering, Distribution). Il est compréhensible qu’il faille garantir un niveau d’hygiène acceptable dans ces organisations, et les systèmes de contrôle actuels font un bon boulot, comme prouvé par le ratio d’intoxication alimentaire comparativement positif mis en évidence dans la section précédente.
Néanmoins, les initiatives mises en œuvre visent l’utilisation journalière intensive de produits chimiques (tels que les désinfectants) afin de minimiser les bactéries présentes sur les lieux de transformation. Cette démarche a pour objectif la réduction des dangers biologiques dans notre alimentation, mais augmente le risque d’intoxication chimique par les aliments directement et indirectement infectés par ces produits chimiques.

Plutôt que de s’attaquer davantage aux professionnels, il faudra donc tout de même mieux intégrer les personnes privées. Le respect de la chaine du froid, le stockage correct ainsi que l’utilisation et analyse de la sécurité des aliments que nous consommons à la maison peuvent être fort améliorés !
Il serait donc préférable d’aider les gens à déterminer la sécurité de leurs produits alimentaires eux-mêmes, plutôt que forcer les professionnels à jeter ces produits précieux dans la poubelle !
2) Les Législateurs et conseillers HACCP conseillent l’utilisation (et le remplacement régulier) d’outils en plastique

Le plastique est présenté comme solution idéale pour garantir la sécurité alimentaire. Les matériaux en plastique sont faciles à nettoyer, non poreux et à séchage rapide, un matériel avec plein d’avantages, ou du moins c’est ce qu’on nous laisse croire.
En réalité, les matériaux tels que les planches plastiques sont facilement endommageables, et une petite fissure requiert déjà le remplacement du matériel à cause du risque physique lié (corps étrangers en plastique qui pourraient intégrer la nourriture). Le plastique est un matériel décyclable, ce qui signifie que le processus de recyclage nécessite beaucoup d’énergie et le résultat est un produit de qualité inférieure au produit original.

Généralement, le matériel en plastique est donc simplement jeté, soit par l’entreprise, soit par le centre de recyclage. La décomposition naturelle de ce produit chimique peut prendre des milliers d’années. Ceci est la cause notamment de phénomènes telles que “ l’île en plastique “ dans le Pacifique , ainsi que la présence croissante de micro-plastique (matériel plastique partiellement décomposé) dans nos forêts, océans, et dans l’air que nous respirons.

En plus de la mise en danger la santé des humains et de notre environnement, ceci présente également un danger physique pour notre Sécurité Alimentaire, lorsqu’on sait que 90 % des oiseaux et 80 % des poissons ingèrent des morceaux de plastique. Par conséquent, lorsque nous mangeons du poisson, nous consommons donc du plastique avec un risque d’intoxication chimique et physique, et ceci sans parler des 1,5 millions d’animaux tués par an par les déchets plastiques…
3) La redistribution/réutilisation des produits alimentaires expirés devient impossible
Au Luxembourg, les entreprises de restauration et de distribution sont souvent critiquées parce qu’elles jettent leurs produits alimentaires expirés (mais comestibles) au lieu de les distribuer. Parallèlement le nombre d’initiatives lancées afin de réduire le gaspillage alimentaire au niveau professionnel et individuel, tels que l’initiative Gouvernementale Antigaspi (http://antigaspi.lu) ou WasteLess Luxembourg (https://wasteless.biz/), augmentent.
Un problème majeur lié à l’intensification des standards et la mise en vigueur de la législation de sécurité alimentaire au Luxembourg apparaît alors : il est interdit aux entreprises et organisations de commercialiser ou même de DONNER GRATUITEMENT des produits alimentaires expirés (mais toujours consommables) à des tiers (professionnels ou privés). Ceci est aberrant lorsqu’on considère qu’un yaourt peut être consommé quelques jours voir quelques semaines après que la Date Limite de Consommation soit passée. Pour les conserves, cette même période s’allonge à plusieurs années après le dépassement.

Ceci aggrave fortement la problématique du gaspillage alimentaire, car au lieu de servir de nourriture humaine, ces aliments sont jetés, mis en décharge et produisent du méthane, un gaz à effet de serre 20 fois pire que le CO2. De l’autre côté, un grand nombre d’associations Luxembourgeoises qui redistribuent des aliments rejetés à la population (qui ne peut se payer une alimentation nutritive et suffisante) auront besoin de ces produits, mais n’y ont par conséquent pas accès, à cause de cette “ obligation “ de jeter cette nourriture précieuse.
Qu’apprenons nous donc?
En tenant compte que notre performance actuelle est déjà très positive dans le combat contre l’intoxication alimentaire, vaut-il la peine de créer ces nouveaux dangers et obstacles potentiellement superflus qui, en conséquence, réduisent la Sécurité Alimentaire sur le long terme, notre capacité à aider les personnes en difficulté, et ont un impact néfaste sur notre environnement et les êtes vivants qui peuplent notre planète ?
Je pense que non.
Qu’en pensez-vous ??
YM
