Sciences po Lyon : le débat politique dans l’impasse ?

« Apéro des jeunes juppéistes » : la proposition apparaît, suscite les railleries et les canulars pendant quelques heures, récolte une vingtaine d’avis positifs puis se perd dans le fil d’actualité. Vie et mort ordinaires d’un événement Facebook sur la page de Sciences po Lyon, semble-t-il. Pourtant, son émergence étonne au sein de la population de l’institut d’études politiques : l’école a la réputation d’être marquée très à gauche.

En septembre de l’année passée, la création d’une association Les Républicains à Sciences po Lyon a été freinée par un accueil d’un enthousiasme tout relatif. Son initiateur de deuxième année, Lucas, identifie à l’origine de cet échec l’erreur d’avoir voulu étiqueter d’emblée le mouvement. « Les gens se sont braqués, ont associé le parti à Nicolas Sarkozy, alors que je voulais surtout créer une dynamique », explique-t-il.

Les collectifs de gauche — UNEF, MEG (Mobilisation des étudiants de gauche) — sont très présents à l’IEP. Cependant, aucun n’est en effet explicitement affilié à un parti politique en particulier, à l’inverse par exemple des IEP de Paris ou de Bordeaux, où le large éventail d’associations politiques proposé renvoie nommément à des partis.

« Honnêtement, quand je dois choisir entre la MEG et l’UNEF pour voter, ça me fait de la peine pour la diversité des opinions. »

L’absence d’une association ou même d’une communauté structurée s’identifiant comme de droite est flagrante. Selon Tom, un étudiant qui se dit également de droite, le débat n’est réellement libre qu’à l’échelle de son groupe d’amis, où toutes les tendances sont représentées. Il déplore qu’ « une minorité qui se prend pour la majorité refuse l’ouverture du débat politique au-delà d’un certain “centre-gauche”. »

Un avis que rejoint Lucas : « En voulant créer Les Républicains, j’ai vu que le débat politique n’avait pas encore sa place à Sciences po Lyon. » Que l’identité majoritaire de l’école soit à gauche ne lui semble pas problématique, mais il dit avoir « du mal à comprendre ceux qui abordent la politique avec un prisme agressif, en cataloguant les gens. » « Qui a envie de s’engager dans ce contexte d’agressions constantes ? », demande quant à lui Tom, qui va jusqu’à dénoncer « une forme de pensée unique et de non-débat. »

Sciences po garde selon eux une couleur politique inhérente, notamment du fait de l’enseignement des sciences sociales mais également des angles sous lesquels sont présentées d’autres matières comme l’économie : marxisme, démondialisation, économies solidaires… Lucas souligne en tous cas le paradoxe d’une gauche qui met souvent en avant les valeurs de tolérance et de débat, et voit dans le même temps la politique « plus comme fracture que comme débat d’idées. »

Ni l’UNEF ni la MEG ne semblent avoir de projet hégémonique sur la vie politique de l’IEP. Si l’agression perçue ne relève pas de ces organisations, une ambiance diffuse, nettement renforcée par la culture du troll et du like sur les réseaux sociaux, semble bloquer le débat en amont. A observer le paysage politique de l’IEP, il semble que celui-ci gagnerait peut-être à accueillir de nouvelles tendances, y compris d’extrême-droite, comme c’est le cas à Sciences po Paris. Ne serait-ce que parce qu’un mouvement qui se cache n’est pas forcément moins puissant qu’à la lumière, mais est en revanche plus difficile à combattre.

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