Le vapotage est il sans danger pour les adolescents ?

Zoé Pinet

Moyen d’arrêter de fumer pour les uns, porte d’entrée vers le tabagisme pour les plus jeunes : la cigarette électronique montre depuis quelques années une face plus sombre.

Il est 18h, devant le lycée Hélène Boucher (20e arrondissement à Paris). Pour la trentaine d’élèves réunis devant la porte de l’établissement, la sonnerie qui retentit marque la fin des cours, l’heure de se dire au revoir, une cigarette allumée à la bouche. Serena, en première S se démarque : elle a une cigarette électronique à la main. « C’était la mode au collège, tout le monde en avait alors j’ai voulu essayer » raconte l’adolescente, en faisant essayer sa cigarette à ses camarades.

La loi est très ferme quant à l’achat de cigarettes électroniques par des mineurs. Tout comme les cigarettes classiques, elles leur sont interdites à la vente. « On fait très attention à ça ! Quand on a un doute, on demande toujours la carte d’identité », assure Lionel, vendeur dans une des VapoStore de Paris. Pourtant, Lily, une autre lycéenne nous raconte qu’il « suffit d’y aller avec un copain qui a un peu de barbe, et ça passe ». Certains n’ont même pas besoin de passer par la case magasin : il suffit de se rendre sur Internet pour s’en procurer, ou alors d’acheter ses cigarettes et recharges à d’autres lycéens, parfois à des prix très bas.

Plus que ça, les fabricants de cigarette électronique visent tout particulièrement les plus jeunes.

« Ça a un côté ludique. On peut faire des ronds de fumée, il y a des concours, des vidéos sur YouTube. C’est aussi devenu un phénomène de mode : on trouve des cigarettes très colorées, des embouts interchangeables, c’est de la customisation. » explique Lionel.

Les risques de transition vers le tabagisme

Avec tout ça, le vapotage, à priori sans danger sur la santé présente un risque : celui de l’addiction, due à la présence de nicotine dans les liquides. Les jeunes, attirés par son côté ludique risquent donc de devenir accros, voire de tomber dans le tabagisme. C’est ce que montre une étude publiée dans le Journal of the American Medical Association (JAMA) en janvier 2018, qui mettait en évidence le fait que les adolescents américains non-fumeurs qui vapotent ont deux à trois fois plus de risques de commencer à fumer que ceux qui n’ont jamais essayé la cigarette électronique.

Pourtant, selon Lionel, le risque de basculement est minime. « On doit avoir entre 200 et 300 goûts différents. Les plus jeunes sont surtout attirés par des goûts très sucrés, un peu comme des bonbons ! Quelqu’un qui essaye ce genre de goûts n’aura jamais envie de fumer de cigarettes : il ne trouvera ça pas bon. »

Le Dr Pierre François Dancoine, tabacologue dans une clinique privée de Lille revient également sur une étude qu’il avait mené en France en 2017 et qui montrait que sur 600 jeunes, 8% avaient déjà testé la cigarette électronique alors qu’ils n’avaient jamais fumé. « Aujourd’hui, on n’a pas assez de données pour savoir si cette pratique comporte un risque ou non. Je pense qu’on en aura jamais suffisamment. Tout ce qu’il faut retenir, c’est que pour un jeune, il vaut mieux vapoter que fumer ! » Même si cette pratique paraît être sans danger pour les jeunes, il faudra encore surveiller ses effets de très près pendant les années à venir.

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