Pourquoi j’ai quitté mon école de commerce

J’ai passé les 3 dernières années de ma vie à suivre le pas de près de 80% des étudiants français : de grandes études faciles, à mi-chemin entre la nonchalance et l’absentéisme, entrecoupées de périodes clairement passées à hocher la tête sur de la techno-minimale en serrant les dents.

Soirée alcoolisée en école de commerce. Photo crédit : Paul Castera

J’ai erré entre petits jobs et stages à responsabilités réduites, persuadée de la véracité des promesses de la société, persuadée que je trouverai ma voie. Au pire, au moins retirer de mes études onéreuses un job à la con avec un statut sublime genre « Responsable grands comptes stratégiques », qui te promet un travail que personne ne comprend, mais sur lequel personne ne pose de question parce que le nom à lui seul est déjà pompeux.

Mais finalement, sur la planète du grand esprit corporate, on doit faire face à des choses difficilement soutenables : Je pense à ces réunions vides de substances, aux blagues de culs du manager. Je pense à ces gens refusant de saluer leur subordonné. Je pense à ces cadres oubliant le prénom de « la stagiaire » tous les matins pendant 6 mois. Je pense à ces stagiaires sans foi ni loi qui vendraient père et mère pour une alternance médiocre. Je pense à ces gens qui s’investissent corps et âmes dans le yaourt fermenté, la télévente, les capsules de bière. Ceux qui baignent dans la délicieuse illusion d’être indispensable, trouvant en cela une raison d’exister. Je pense à ceux qui survivent sous Xanax à la merci de la hiérarchie. Ceux qui sortent boire une bière le soir avec les collègues, dorment avec les collègues, baisent avec les collègues. Ceux qui se lèvent le matin avec un hypocrite sourire commercial vissé sur la gueule.

Comme vous, j’ai cru pouvoir tenir, m’adapter, m’intégrer. Je pensais que je pourrais prendre sur moi, ou à défaut d’y arriver noyer mon dégout pour l’humanité dans l’alcool. Mais c’est impossible. Impossible de supporter se faire prendre de haut par des fils de pute frustrés par leur propre vie qui, humainement ne m’arrivent pas à la cheville. Subséquemment, ce seront les objectifs intrinsèques du département commercial qui auront raison de ce qui restait de ma motivation. La gestion documentaire, les contrôles techniques, c’est cool ? Ok mon pote, mais fais pas semblant d’y croire. T’es comme nous tous, esclave en cravate chemise, un maillon du système. Un système qui nous remplacera dès qu’un robot sera capable de faire ce que tu faisais, 35 heures par semaine pendant 10 ans.

J’ai vivement cru en l’humain. C’est juste qu’entre mes collègues, mes supérieurs, leurs clients et leurs vision de la vie, je crois que travailler dans une grosse boite m’a rendue misanthrope. Je n’ai pas pu m’intégrer dans leur monde, je ne le pourrai jamais.

En fait, je crois qu’on est beaucoup a être aussi candides, jusqu’à ce que la moitié soit dévoyée par le big fat check qui tombe tous les mois sur leur compte palladium à la JPMorgan Chase. Les autres, ils acceptent les concessions par rationalité ou se reposent sur des concepts comme l’anti-ambition. Bref, ils baissent les bras.

Mais parfois, il faut savoir se battre. Là ou je veux en venir, c’est qu’on ne peut pas faire à moitié partie du système. Si le matérialisme et l’individualisme te bloquent, si tu refuses de perdre la moitié de ta vie pour pouvoir la gagner, ne te résume pas à la passivité toute ta vie. Les gens qui ont changé le système ont d’abord du le quitter, s’en affranchir pour ne plus en dépendre. Cultive l’ambition dans un environnement qui te correspond, fais fi de ce que l’on attend de toi. Le monde a besoin de personnes lasses de la bassesse du capitalisme.

Je connais vos objections. Pourquoi choisir l’autre voie, celle de la galère et des hobbies de fin de CV pour manger des pâtes ? Parce que tous les matins, quand tu te regarderas dans le miroir, tu y verras quelqu’un de meilleur.

Allez, bonne chance.

“la crème de la crème”