Etre une fille dans un aéroclub

L’aviation au féminin, vue par une femme pilote

Note au lecteur/trice : aucune femme pilote n’a été blessée pendant la rédaction de cet article au second ou troisième degré, pas même celle qui a écrit ces lignes. Des instructrices à la pilote qui accueille tout(e) nouveau(elle) arrivant(e), en passant par la voix féminine au coeur des dirigeants de l’aéroclub, l’ACJM est fier de la présence d’autant de femmes dans ses rangs et de les mettre à l’honneur pour cette Journée (Internationale des droits) de la Femme.

Piloter n’a pas de sexe. Ça ne demande pas (trop) de force physique, d’avoir de grandes paluches ou de faire 1m80, 90kgs et avoir une barbe de 3 jours et des ray-ban (quoique pour les Ray-Ban, je ne sais pas…). Dans les airs, fille ou garçon ça ne fait pas de différence ; à part, un côté parfois plus « arrangeant » de la part de certains contrôleurs, paraît-il.

Là où cela se voit vraiment, c’est au sol.

Etre une fille dans un environnement principalement masculin, et il faut le dire, pas spécialement jeune (45 ans de moyenne, mais en baisse), ça fait de suite une différence. Si la demoiselle est mignonne c’est encore plus flagrant.

Et cela commence dès le jour de l’accueil.

Alors que certains jeunes futurs pilotes errent dans les locaux de l’aéroclub, en attendant que quelqu’un se rende compte de leur présence, une demoiselle verra comme par magie la porte principale s’ouvrir d’elle-même et une haie d’honneur d’instructeurs et membres du CA se formera.

Vincent “Kevin” Vega (Pulp Fiction)

(la légende dit qu’un certain Kévin, 17 ans, est resté plus de 5h au milieu de l’accueil avant que quelqu’un ne lui demande « vous voulez des renseignements peut-être ? »)

Le formateur

S’en suit l’attribution d’un instructeur (parce que les instructrices, même si elles sont présentes au club, elles aussi, se font rares). C’est un secret bien gardé, mais il semble que de sanglantes batailles se livrent. Le vainqueur, un œil au beurre noir et suivi par le regard envieux de ses collègues peut alors prendre la demoiselle sous son aile. Il gagne ainsi, à vie, le droit d’utiliser la phrase « tu vois cette fille là-bas ? C’était MON élève ! ». Respect garanti. Sifflement d’admiration des collègues. Regard fier et un brin humide. Poignée de cacahuètes bien méritées lors de l’apéritif de fin de journée.

D’autres petits miracles de la vie quotidienne sont à noter aussi : une aide presque systématique pour le nettoyage des avions, en général sous la forme d’un jeune pilote qui apparaît le produit lave-vitres à la main et qui se met à frotter la verrière en prenant bien soin de remonter la manche pour montrer son biceps à la représentante de la gent féminine (au pire si elle n’est pas intéressée, elle a peut-être des copines ?).

Ou encore une concentration particulière de gentlemen à la pompe qui ne laisseraient jamais, au grand jamais, une si délicate créature se salir avec de [l’essence] 100LL. Sauf pour la prendre en photo ?

Bon en contrepartie, il ne faut pas rêver, on retrouve au milieu de tout ceci un petit paquet des bonnes vielles blagues d’un autre temps. Car oui, on peut être traitées comme des princesses parfois MAIS on n’échappera pas à la classique question « tu nous apportes un café ? » (au moins une fois par an, c’est comme le renouvellement de la licence, il faut rester à un certain niveau de pratique) ou à quelques regards furtifs vers les gambettes si par malheur une jupette est entrée dans le club (je dis regard furtif, mais en fait pas assez furtifs pour ne pas être remarqués… c’est qu’ils ne sont plus tout jeunes). Ou dans le pire des cas : le décrochage. La goutte de sueur sur le front et les joues qui virent d’un coup vers le rouge (MAYDAY MAYDAY + interruption immédiate du circuit visuel).

Mais tout ceci ne dure qu’un temps. Et passé l’effet de nouveauté, la curiosité fait place à la politesse habituelle. Et c’est reparti pour un tour le jour où une jeune oiselle passe à son tour la porte d’entrée pour « apprendre à voler ». Et ils sont tous là à sourire bêtement.

Non mais c’est vrai quoi, c’est qui celle là ? Elle se prend pour une princesse un peu non ? …. vous ne trouvez pas ?
Emilie

Chaque année, Yveline, qui tient une place de choix au sein de l’équipe d’accueil du club («Vincent Vega» est bel et bien fictif) le premier visage de l’aéro-club, organise le “rallye des filles”, par et pour les femmes pilotes. Cette épreuve, mixte et bon enfant, est une occasion de rappeler la place qu’elles tiennent toute l’année au cœur de l’association.

Like what you read? Give Aéroclub Jean Mermoz a round of applause.

From a quick cheer to a standing ovation, clap to show how much you enjoyed this story.