Grass Cockpit : un rallye à travers la France

Chapitre 0: La genèse

Décembre 2015, sur l’aérodrome de Muret.

Depuis le temps qu’on en parle, depuis le temps qu’on y pense, depuis le temps qu’on en rêve...ça y est, le Grass Cockpit est là.

Cette manifestation conviviale et sportive, qui relie différents terrains dépourvus de piste en dur (d’où le nom: Grass Cockpit), a lieu pour la deuxième année. Et cette fois, un équipage de l’Aéroclub Jean Mermoz y participe. Un des objectifs de cette épreuve est la transmission d’expérience entre des pilotes expérimentés et des jeunes pilotes, le critère de sélection étant le nombre d’heures de vol. Lors de la naissance du projet, deux équipages se sont constitués.
L’un composé de Bruno Christiaens, pilote de ligne sur A380, 10.000 heures de vol, instructeur à l’ACJM, ayant déjà participé à ce genre de rallye et notamment au Tour Aérien des Jeunes Pilotes (oui, c’était il y a 20 ans !) associé à Vincent Vouillon, breveté en 2014 à l’ACJM. Cet équipage était déjà constitué l’an dernier, cependant la logistique ne leur avait pas permis de participer.
L’autre équipage était composé de Gérard Février alias Feufeu, ancien pilote de chasse (notamment sur Mirage III), aujourd’hui instructeur sur Airbus et à l’ACJM, 20 000 heures de vol et Antoine Bouyer, jeune pilote du club ayant participé au Tour Aérien des jeunes pilotes en 2000.

Devant l’engouement suscité par le concept du rallye, il a été décidé (dès le mois de Mars) de fusionner nos deux équipages afin de maximiser les chances de voir un équipage de l’ACJM participer. Antoine et Vincent, nos deux PPL (Padawan Pilot Learning) seront de la partie. Feufeu était pressenti pour leur transmettre son expérience durant le rallye, mais un contretemps de dernière minute allait l’en empêcher. Finalement, après quelques ajustements de planning, Bruno sera le Commandant de Bord de cet équipage de l’ACJM.

Reste le choix de l’avion qui les emmènera pour ce tour de France. Si le C172 F-HJCR a été un moment favori pour mieux trouver les photos et les repères de navigation grâce à ses ailes hautes, le choix de l’équipe s’est finalement porté sur le F-GMXS pour plusieurs raisons:

  • Ce DR400 porte une décoration originale
  • Sécurité des vols maximale pour mieux assurer l’anti-abordage, de nombreux avions évoluant sur le même trajet
  • Un petit côté sentimental : Bruno avait participé au Tour Aérien avec le XS en 1996 !
L’appareil de l’aéro-club choisi pour ce rallye
Beta Crucis
La constellation La Croix du Sud, qui s’inscrit dans le logo de l’aéro-club.

Tout semble prêt pour finaliser l’inscription de l’équipe, ou presque : il nous faut un nom de compétition!
Après une séance de brainstorming, le regard de l’équipage s’arrête sur le nouveau logo du club...celui sur lequel est représentée la constellation La Croix du Sud... Croix du Sud, Jean Mermoz… ça se tient... C’est alors qu’Antoine lance: "Beta Crucis, c’est une des étoiles de la constellation La Croix du Sud." OK: nous inscrirons l’équipage de l’ACJM sous ce nom.

Chapitre 1: Presque prêts.

Jeudi 09 juin, 0830 TU, Aéroclub Jean Mermoz, Muret

Pour le moment, Antoine et Vincent sont seuls au club en train de préparer le F-GMXS, de reparler des SUP AIP sur la route, de refaire le bilan de masse et centrage (et oui, nous ne sommes que trois à prendre place à bord du XS, mais pas légers...et avec quelques bagages), et de plier avec soin les cartes.

Avant de commencer le rallye proprement dit, il faut rejoindre le terrain de Berck sur Mer (LFAM), point de départ de l’épreuve cette année.

C’est le Nooord !

Depuis Muret, ça fera déjà une belle balade de 460NM. Afin de ne pas arriver à destination sur le fond du réservoir (anticipant une arrivée de 50 avions dans un créneau réduit et une possible attente), il a été décidé quelques jours plus tôt de couper la route en deux branches. Vincent et Antoine les feront. La pause refuel sera faite à Loudun (LFDL) au nord de Poitiers.

Vous ne viendrez plus chez nous par hasard

Ce terrain a été choisi parce qu’il y a un automate acceptant la carte Total, pratique lorsqu’on n’est pas sûr de l’heure à laquelle nous arriverons à Loudun. En plus, c’est un terrain en herbe, on est tout de suite dans le bain.

Allez, on sort les éponges et les chiffons, le seau et les brosses pour partir avec un avion propre… La route est longue, donc tous les gains de traînée, c’est du pétrole brûlé en moins! Et surtout, la verrière propre assure une meilleure visibilité (l’aspect sécurité est important...)

Entre-temps, un colis arrive au club.

De beaux polos avec le logo Beta Crucis dans le dos, spécialement adapté par Christian Chaix (chargé de la communication de l’aéro-club).

Chapitre 2: Bon, on y va? C’est loin Berck quand même non?

Jeudi 09 juin, 1200 TU, aéro-club Jean Mermoz, Muret

« Allô Antoine?
- Oui Bruno. T’arrives bientôt?
- Oui, je suis en route.
- Y’a pas de soucis, l’avion est prêt, nous aussi, y’a plus qu’à y aller.
-Super! »

Quelques minutes plus tard, nous voilà réunis tous les 3. Rapide briefing sur la route à prendre. Au départ, les deux jeunes comptaient « tirer tout droit » pour aller à Loudun et ensuite à Berck/mer, mais Bruno fait remarquer qu’on ne va pas passer si loin que ça des falaises d’Etretat, et que du coup, c’est dommage de ne pas faire un peu de tourisme. En plus , ça ne nous fera pas perdre trop de temps...

Ok! On va faire un petit détour pour aller prendre de belles photos. 1245 TU, Beta Crucis et le F-GMXS sont fin prêt. Mise en route pour la première branche. Direction Loudun.

Chapitre 3: Entre Muret et Berck/mer.

Jeudi 09 juin, 1253 TU, aligné en piste 30 à LFBR

Ça y est, on roule. Essais moteur, ça tourne rond, réservoir principal plein, réservoir supplémentaire vide (on est 3 costauds à bords, plus nos bagages pour 4 jours, il nous reste 40 kg de marge par rapport à la masse max du F-GMXS. Voici le trajet prévu:

Ces deux premiers vols ont été calmes, plutôt paisibles, avec une météo très bleue et clémente. Nous ne sommes (malheureusement) pas habitués à faire des vols de plus de deux heures, (enfin, deux membres de l’équipe...). Surtout en cumulant deux vols dans la même journée (même si on fait un vol en passager, la fatigue s’accumule).

Du coup, il faut être conscient de cela pendant l’approche, et se concentrer sur l’atterrissage. L’autre difficulté liée aux pistes en herbe, dont Bruno fait part aux deux jeunes pilotes, ce sont les illusions sensorielles: la piste à Loudun est assez courte (800 mètres) mais fait 100m de large... Attention au plan en finale! Cela dit, nous avons pu profiter de beaux paysages, de beaux nuages, on a visité la France en prenant le temps de faire des photos : nous remettons 75 litres dans le réservoir du XS. Allez, nouveau décollage vers Berck. On se rend compte qu’on va loin et sur des terrains pas forcement connus lorsque les contrôleurs des SIV nous demandent de leur donner l’indicatif OACI des terrains de départ et destination. Et ça change d’Auch et de Saint-Girons.

Le vol le long des côtes normandes est magnifique. Les falaises d’Etretat s’offrent à nous sous les ailes du vaillant XS. Nous survolons également le mémorial Nungesser et Coli. C’est à Etretat que leur avion, l’Oiseau Blanc, a été vu pour la dernière fois avant leur disparition au cours de la traversée de l’Atlantique en 1927.

Fréquence chargée

Aujourd’hui, on est équipés de 6 yeux (en fait, c’est comme si il y en avait 10 car on dirait que Bruno a des yeux partout). Et c’est une bonne nouvelle car nous ne sommes pas les premiers! Il y a du monde dans le circuit, et en auto-information.... Ben ça régule pas mal. Mais dans ces cas- là, l’expérience compte. Et on peut dire que les deux jeunes pilotes apprennent à fond!

Enfin arrivés à Berck, l’équipage va pouvoir souffler après 5 heures de vol aujourd’hui. On fait le plein, on parque notre XS près des concurrents Agenais (nom d’équipe: les Pruneaux Volants, ça ne s’invente pas!) et on va manger un peu. Demain, c’est le début des épreuves, essayons de dormir un peu.

Car notre Commandant de bord prévient ses équipiers: "ce qui est dur, dans ce genre de rallye, c’est qu’on ne dort pas beaucoup"

Chapitre 4 : première Nav en mode rallye entre Berck sur Mer et Saint-Hubert (Belgique).

Vendredi 10 juin, 0720 TU, Aérodrome de Berck /mer

Ça y est, on est prêt. Tous les équipages entassés sur les tables pour préparer la nav attendent impatiemment les feuilles énigmes. L’idée, c’est de la recevoir à tour de rôle afin de tous avoir un temps équivalent pour préparer le vol. Ca y est, voilà notre feuille. Les points tournants sont définis par quelques énigmes: " le point 3 est l’endroit où la voie ferrée coupe la côte! " Au début, c’est un peu incompréhensible. Disons que ça ne saute pas aux yeux. Mais en cherchant un peu, en regroupant les connaissances de chacun (et notamment de Bruno qui égrène la liste de ses cousins habitant tout au long du parcours), on commence à voir se dessiner une nav plutôt sympa.

Pendant ce temps, l’heure tourne… allez, va falloir aller préparer l’avion. Cette première Nav va nous faire aller visiter le nord de la France. On monte jusqu’à l’entrée du tunnel sous la Manche, puis on redescend vers Arras et Vitry avant de prendre un cap Nord-Est vers notre destination finale. Au cours de cette étape, on devra faire deux « présentations » (une intégration standard sur ces terrains non contrôlés suivie d’une remise de gaz) sur deux terrains en herbe (Arras et Vitry ; c’est pour voir si vous suivez).

En effet, les conditions météo des semaines passées ont gorgé les terres d’eau, et le passage de 42 avions en si peu de temps risque d’endommager les pistes. Et les machines!

Suivi de trajectoire

Mais au fait: Comment les organisateurs savent-ils que les concurrents respectent bien les circuits d’aérodrome? Ben tout simplement en mettant à bord des avions un petit enregistreur GPS, qui permet de récupérer la trace du vol après l’arrivée... A tester lors du rallye de l’ACJM! Au fur et à mesure des points tournants, on vérifie que l’on identifie bien les photos (ou pas, parfois certaines photos de points tournants sont volontairement erronées). Il faut avoir les yeux partout.

C’est la première fois en rallye pour Vincent et Antoine. C’est la première fois en équipage pour Bruno, Vincent et Antoine . Du coup, le besoin de roder l’équipe est manifeste. Mais les marques sont vite trouvées : les deux devant pilotent et assurent à la fois un bon suivi de trajectoire. Celui qui dort derrière, enfin est derrière, s’assure qu’on reporte bien tous les points tournants (à identifier avec une photo), il tient à jour le log de rallye et regarde en bas voir s’il trouve les photos "en route".
On se prend vite au jeu, et l’ambiance est à la « compète » qui reste bon enfant dans l’habitacle du XS. Toujours en assurant la sécurité à l’extérieur.

« le prochain point, c’est un pont métallique avec une route à côté
- euh… fais voir la photo ?
- alors à côté du pont, on voit un bouquet d’arbres.
- là, je l’ai… c’est sûr, c’est celui-là ! vous en pensez quoi ?
- euh… ouais, c’est ça. Bien joué ».

Les nautiques passent les uns après les autres sous nos ailes, et malgré le rallye, nous avons le temps de visiter des coins de France que nous n’avons pas la chance de voir d’habitude. En quelques heures de vol, on voit vraiment plein de choses variées. Tiens, d’ailleurs, c’est la première fois qu’Antoine passe la frontière en avion léger.

Ça se fêtera à l’escale du soir! Nous voilà en Belgique. Cette année, le grass cockpit pose ses roues à Saint-Hubert (EBSH). Bruno a, de par sa profession, la compétence nécessaire en Anglais reportée sur la licence ! Cependant, les organisateurs ont négocié une autorisation collective pour le rallye.

Arrivée au plat pays

Ce terrain comprend 8 pistes en herbe (4 bandes sécantes) dans un cadre magnifique. Des planeurs en bois et toile tirés par un antique Piper Cub décollent pendant que les avions du rallye se posent les uns après les autres. Il est temps pour nous d’intégrer le circuit d’aérodrome, avec une fréquence chargée, et nous poser. Posés après 2h40 de vol, allez, on va refaire le plein. Enfin, on va faire la queue pour faire le plein après avoir rendu notre fiche de notation aux juges.

Chapitre 5 : On rentre en France

Vendredi 10 juin, 1400 TU, Aérodrome de Saint-Hubert en Belgique

Les estomacs sont creux après ce vol du matin. A l’heure du goûter, on se met à table. Mais déjà, les officiels nous appellent pour récupérer notre deuxième intitulé de nav. On dirait que le planning de la journée est dur à tenir pour les organisateurs! Mais bon, on est là pour s’amuser, et on est prêts à repartir. Alors on se jette dans la préparation de la seconde nav. Pliage, dépliage, repliage de cartes. On utilise rarement la carte OACI 1/500000 Nord-est. C’est l’occasion ou jamais. Et rapidement, il est l’heure pour nous de décoller pour rentrer en France. Cette fois, la navigation nous fait survoler Longuyon, puis les aérodromes de Villerupt et Doncourt où nous faisons là aussi des remises de gaz, puis nous allons survoler les Vosges (le Haut Koenigsbourg et le Ballon d’Alsace) avant de rejoindre Belfort.
Sur cette dernière branche montagneuse, la météo se dégrade. Franchement, seuls face à ces conditions météo (visibilité horizontale qui se dégrade, grain, présence des reliefs), les jeunes auraient rapidement fait demi-tour.

Mais là, l’expérience de Bruno nous permet de continuer à avancer avec l’explication sur la stratégie à adopter qui va bien.
« Regardez à gauche, on a toujours une porte de sortie vers la plaine d’Alsace
- Ah oui, on voit bien la plaine, c’est bien plus dégagé de ce côté-là
- Si vous vous retrouvez dans une situation qui se dégrade comme ça, ne perdez jamais de vue une trajectoire de sortie, et si vous vous commencez à vous poser la question sur la pertinence de continuer, c’est qu’il ne faut pas continuer. ».

Finalement, la météo ne s’est pas trop dégradée, et nous avons pu voir le ballon des Vosges, dernier point tournant du tracé, et arriver à Belfort, après 2h40 de vol. Deux vols intenses dans la journée, c’est fatigant, mais on est heureux et content de vivre ça.

Le grass cockpit, et plus généralement voler avec des pilotes plus expérimentés, c’est aussi ça : apprendre en sécurité, découvrir des situations jamais encore rencontrées dans notre vie de jeune pilote, et donc progresser.

Allez, on envoie quelques photos sur Facebook et Twitter pour tenir nos amis, restés à Toulouse, au courant de nos aventures.

L’accueil à Belfort a été vraiment agréable, deux grandes tables ont été installées dans le hangar pour partager un repas de plus de 150 personnes.

Ça fait une grande salle des fêtes un hangar à planeurs et avions! Et la bonne nouvelle, c’est qu’à l’issue de la première journée de Rallye, notre équipe se classe 11ème sur 42 équipages. Ça nous donne juste envie de faire encore mieux le lendemain.

Chapitre 6 : Seconde journée d’épreuves: c’est pas gagné

Samedi 11 juin, 0700 TU, Aérodrome de Belfort

Hier soir, l’équipe de France de Football a bien commencé l’Euro 2016... Les Klaxons ont retenti jusqu’à tard dans la nuit, ne favorisant pas le repos... Mais il a plu en deuxième moitié de nuit. Les rues de Belfort sont humides, les avions qui ont passé la nuit dehors doivent l’être aussi! Et le matin encore…c’est pas terrible terrible. C’est gris, nuageux. Il va falloir regarder de près les informations météo pour se faire une idée des conditions de vol du jour.

On arrive au terrain, et rapidement, on comprend que le Grass Cockpit va peut-être s’arrêter plus tôt que prévu. Le directeur des vols et les organisateurs sont enfermés dans le club, et même de l’extérieur, on sent que ça discute ferme.
Il faut dire que le terrain de Belfort est entouré de montagnes, et que la trajectoire initialement prévue doit nous faire passer près des reliefs. Sauf qu’avec les conditions météo du jour, et sachant que si la compétition est lancée, 42 avions vont se suivre de près, il ne paraît pas raisonnable de démarrer cette nouvelle journée de rallye. Le menu du jour nous est quand même distribué, au cas où la météo s’améliore. Nous avons donc le temps de préparer une nouvelle nav.

Fin de compétition

Mais vers 13h, la décision tombe. Compte tenu des conditions météos, le rallye s’arrête là. On change donc d’objectif. Maintenant, une seule question se pose : « est-il possible de rentrer à Muret avec le XS ? ». Une analyse fine de la météo et des trajectoires possibles nous fait comprendre qu’il ne faut pas perdre de temps si on veut pouvoir sortir de Belfort.
Plus loin, la météo s’améliore, et on devrait pouvoir descendre la vallée du Rhône pour ensuite prendre un cap ouest vers Toulouse. Dixit Bruno... Les jeunes, là encore, auraient certainement décidé de rester par terre. Bruno leur explique alors que leur décision est certainement la meilleure compte tenu de leur expérience et, en tant que Président, il les engageait à adopter cette maxime: "le doute doit profiter à la sécurité".

Scramble

Cependant, Bruno fait une analyse météo qui convainc ses deux acolytes. Scramble donc ! Une nouvelle fois, on répartit les tâches. Bruno affine la météo, Vincent prépare la nav (on passera par Besançon, puis Mâcon, puis Lyon), et Antoine va à l’avion commencer à débâcher et enlever les ancrages que nous avions installés pour la nuit.
En passant, on attrape une bouteille d’eau et une saucisse dans du pain histoire de ne pas partir le ventre vide. « F-GMXS, on s’aligne et on décolle en piste 18 à Belfort ». Nous voilà partis pour le 5ème vol de notre aventure grass cockpit.

Après le décollage de Belfort, on se faufile entre des grains. On entend à la radio que nous ne sommes pas les seuls à procéder ainsi. Nos deux Padawans confirment qu’ils n’auraient pas décollé, et Bruno les conforte dans ce choix car cette décision allait dans le sens de la sécurité en regard de leur expérience.

-Bon, j’en ai assez de tourner entre la pluie et le relief. On va aller tourner autour des nuages.
-Comment ça?
-"F-XS, Nous souhaitons monter au FL85 pour la croisière.
-F-XS, autorisé à monter au FL85."

FL85 : niveau de vol 85, soit 8500 pieds au-dessus du niveau de la mer en réglage altimétrique standard

Et Bruno d’expliquer à grand renfort de cartes et d’observations en temps réel que les cumulus congestus (Towering CUmulus, ou TCU en langage météo aéronautique) sont isolés. Ce qui nous permettra de les contourner à vue, avec une bonne visibilité. En plus, ça sera favorable pour la conso, avec le vent prévu là-haut. Et c’est donc ce que nous avons fait.

Une fois les grains et les TCU derrière nous, nous pouvons affiner notre stratégie pour rejoindre Muret. Notre plan initial était de rejoindre la vallée du Rhône, la quitter en approchant Avignon, passer à Montpellier, puis remonter par Carcassonne vers la maison. Mais les conditions météo s’améliorent, et du coup, on décide de raccourcir et d’aller faire le plein à Alès.

Entrée des gorges de l’Ardèche

On profite de notre passage en Ardèche pour prendre en photo le Pont d’Arc. Ce pont naturel sous lequel coule l’Ardèche vaut vraiment le détour. On arrive à Alès, intégration puis atterrissage en prenant soin de ne pas survoler le joli petit village juste à côté de la finale.

Ce terrain est pourvu d’une longue piste en dur avec une légère pente. On fait le plein, on prend un soda au club (merci pour l’accueil) et de nouveau, on prépare une nav pour rentrer à Muret.

Cette fois-ci, on passera par Millau (tant qu’à être là, on va voir le viaduc), puis direct Toulouse, en faisant un transit CTR par la verticale de Blagnac.

« Muret du F-XS bonjour »
« Bonjour F-XS »

Epilogue

Samedi 11 juin, 1700 TU, Parking Mermoz à Muret

Et voilà, nous sommes de retour à la maison. Après presque 15 heures de vol en 6 étapes, nous avons parcouru environ 1300NM. L’air de rien, nous avons presque fait le tour de la France, parfois en mode « tourisme », parfois en mode « compet », mais toujours avec plaisir.

Partager une aventure comme ça, à trois dans un cockpit, permet d’apprendre beaucoup, de partager, de s’améliorer. Espérons que l’année prochaine, d’autres pilotes tenteront l’aventure des grands voyages, que ça soit en participant au Grass Cockpit ou autres.

Vraiment, ça en vaut la peine.

Donnons la parole à Antoine, récemment revenu à l’aviation et moteur dans l’engagement dans ce rallye :

De mon côté, cette aventure a confirmé mon envie d’aller explorer les régions qui nous entourent. Alors si vous voulez partager ça avec moi, n’hésitez pas. Nos petits avions, lorsqu’on prend la peine de les pousser un peu plus loin que le « Local Sud », nous permettent de découvrir le monde qui nous entoure. Profitons-en !!

Antoine, Bruno et Vincent, l’équipe Beta Crucis

Un récit de l’Aéroclub Jean Mermoz

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