#24 — It’s a new dawn, it’s a new day*, it’s a new aaargh.

An 5, hiver

C’est Nanard, mon nouveau supérieur qui m’accueille, enthousiaste :

- On t’attendait avec impatience. On va gagner en fraîcheur. Et toi, tu vas devenir une référence dans le métier ! 
Ça, c’est ton bureau. Merde, ton ordinateur n’est pas encore prêt. Il se fout d’la gueule du monde, l’autre, j’lui avais dit que c’était pour c’matin.

En saluant “L’autre”, je comprends mieux le retard : graphiste, il gère en plus le parc informatique. Nanard l’engueule généreusement en présence de ses collègues. Je patiente, croisant les doigts pour que, de rage, il ne pisse pas sur mon ordi. Jusqu’ici, tout va bien.

- Bon, maintenant, on va voir le président. Il part en juin, mais en attendant, il faut aller lui serrer la pince chaque matin dans son bureau en arrivant.

Nous gravissons les marches qui grincent, comme pour mieux nous annoncer. La porte ouverte contraste violemment avec le visage fermé du type assis dans la pièce. Qu’importe, je pense à mon salaire et souris avec toute la joie de vivre du monde.

Le type me tend la main sans un regard et lâche un « bonjour » tout en s’adressant à Nanard. Je tends la mienne… Pour qu’il me broie sans vergogne métacarpes et phalanges. Vêtu d’un pull orange moche qu’il portera régulièrement par la suite, il gagne instantanément le surnom de « vieux crabe ». Jusqu’ici, tout va bien.

Sur le chemin vers l’open space, Nanard m’annonce, avec un air complice : 
- Ce midi, on va manger avec Gégé, qui fait le même métier que toi. Je te préviens, il est homo, c’est une vraie danseuse.

Gégé doit être sacrément beau gosse pour que Nanard ait besoin de décourager les éventuelles prétendantes. Espérons qu’il nous gratifiera ce midi de quelques entrechats. Ou d’un numéro de claquettes. Jusqu’ici, tout…

*Feeling good — I put a spell on you, Nina Simone.