#30 — Trêve

En m’écoutant avec une bienveillance immense et en m’octroyant un arrêt de travail, ma généraliste m’a donné accès au bouton « pause » de ces semaines absurdes.

Dans cette existence désormais rythmée par le sommeil, la douche et de petits repas, j’ai tout de même trouvé la force, aidée par une association de défense des salariés, de rédiger un courrier à l’attention du patron, pour demander la cessation immédiate des attaques psychologiques perpétrées par mon manager.

Le recommandé est parti l’avant-veille, quand mon téléphone sonne, affichant justement le nom de Nanard. Pelotonnée au fond de mon lit, je me sais suffisamment en sécurité pour répondre :
« - Oui ?
- Bonjour, geint Nanard.
- Bonjour.
- Tu sais, depuis que ton courrier est arrivé à l’agence, je ne dors plus, lâche-il.
- J’ai posté la lettre avant-hier. J’en déduis que tu ne dors plus depuis la nuit dernière, dis-je, assommée de fatigue. »

Il sanglote. M’explique que c’est un malentendu, qu’il n’a jamais voulu me blesser. Qu’il a hâte que je revienne à l’agence.

À la fin de l’appel, je m’enfouis sous la couette et m’endors presque immédiatement.